par Camille Loty Malebranche

Lundi 25 février 2019 ((rezonodwes.com))– Les guerres intercapitalistes du 20ème siècle ayant pris fin entre les puissances occidentales, aujourd’hui la guerre d’envergure que l’on peut désigner comme la troisième guerre mondiale, est nord-sud, celle que mène crapuleusement et criminellement  le nord économique en déclin – nord constitué des puissances occidentales pour la plupart ex coloniales – contre les pays du sud. Une guerre féroce avec un double aspect économique et géopolitique.

 
A) Économique, la guerre de ce 21ème
siècle engage essentiellement les puissances ex colonialistes contre les pays
de leur giron politico-économique, où les riches ex métropoles en déclin,
veulent anéantir la moindre capacité d’émancipation des pays des différentes
strates du sud des geôles de l’asservissement économique et du manque
structurel.

B)  Géopolitique,
elle se tient dans un contexte de compétition pour la prépondérance planétaire
entre les pays leaders de pôles économiques et civilisationnels en lice dans le
monde selon le multipôle qui a remplacé l’unipôle étasunien ayant régné à
la fin du bipôle lors de l’effondrement de l’union soviétique. 

Venezuela, tourmente économique et géopolitique.

Il est d’abord essentiel de nommer ce qui se passe au Venezuela : il s’agit de l’impérialisme agressant, de la crapulerie d’État des Usa et de leurs alliés. Impérialisme où la rage prédatrice d’un certain nord économique présidé par les Usa à la tête d’un ordre occidental en crise et en déclin. Cet ordre du monde qui se voit restreint par les nouveaux ordres des puissances non occidentales telles la Chine et la Russie. Un occident donc nostalgique de sa mainmise à partir du 16ème siècle lorsque l’Europe envoya ses colons conquérir des terres quitte à exterminer les indigènes des différentes régions de l’écoumène pour dévorer les ressources desdits indigènes et de leur patrie millénaire. Il est évident même à l’entendement le plus moyen qui soit, que l’occident ne défend jamais la démocratie nulle part, et qu’il ne propulse jamais que ses intérêts de dominateur, son hégémonie plurale dans ses différents aspects. Les pays égrugés du Moyen Orient par le terrorisme occidental, l’Irak, l’Afghanistan, la Libye, la Syrie en sont le plus probant témoignage. Et quand on considère l’amitié des États occidentaux pour certaines pétromonarchies, la thèse occidentale de démocratie intervenante tombe d’elle-même. Un occident monstrueux qui ne tergiverse jamais quand il le juge nécessaire, de réduire les nations et les autres civilisations à la ruine par le colonialisme esclavagiste, l’usage du bellicisme le plus agressant, la fomentation des pires génocides. L’occident est le champion politique macabre de l’instrumentalisation criminelle des peuples par la paupérisation et la misère sciemment provoquée via les modalités financières et commerciales du colonialisme et de l’impérialisme.

Et c’est cet impérialisme de la clique des establishments voyous de l’occident qui, aujourd’hui, fait du peuple vénézuélien, avec la complicité de quelques oligarques locaux, la proie d’un chaos créé de toute pièce par les Usa et leurs alliés serviles de cette sorte de pègre autorisée des anciens colons reconvertis démocrates interventionnistes et destructeurs d’États et de Nations. Une destruction qui a fait ravage au Moyen-Orient depuis le début du 21ème siècle où les « démocraties occidentales » ont rasé des pays entiers de la carte tout en amoncelant des centaines de milliers sinon des millions de cadavres, d’estropiés et de réfugiés que ces mêmes soi disant démocraties occidentales – ce nord économique en déclin – rejettent avec haine et indigne irresponsabilité devant leur propre abomination politique.

La démocratie au sud dont conviennent et à quoi contribuent les occidentaux, c’est la razzia de l’État rendu fantôme pour n’être qu’ombre gesticulante de l’idéologie du nord, cet occident riche de toutes prédations et déprédations séculaires ayant réduit le sud à la misère et à la dépendance. Pour revenir au Venezuela, comme toute l’Amérique latine et la Caraïbe, ce pays est un stigmaté de la prédation historique occidentale. Toute crise hypermédiatisée du Venezuela n’est que manigance de la géopolitique occidentale de persécution de tout pouvoir d’un pays du sud non contrôlé par le leader de l’occident, les Usa et leurs alliés sur le pétrole et les autres mines des pays ciblés par leur prédation.

Il n’y a que du prétexte démocratique et humanitaire
de prédateurs dans les accusations d’un occident qui couche allègrement avec
l’Arabie saoudite, extermine des syriens, les libyens, les irakiens mais accuse
Maduro de tyrannie au Venezuela! La seule cause avérée est celle orchestrée par
le blocus hégémonique politique et économique sur ce pays qui a échappé à
l’étau étasunien avec la révolution chaviste. 

Le Venezuela est aujourd’hui, en l’occurrence de cette crise créée de toute pièce par des puissances occidentales à travers leur sceptre financier et commercial, transformé en une sorte de prison pour son peuple par le blocus étasunien et de leurs alliés. La révolte du peuple et l’appel à la rébellion de l’armée contre Maduro sont les seuls buts de ce crime d’État desdites puissances manifestant leur lugubre projection de réappropriation et de recolonisation impérialiste de la terre de Simon Bolivar. L’occident, les Usa et leurs alliés, prouve qu’il n’a pas de limite dans son impassible mépris de la misère humaine provoquée, misère qu’il adore instrumentaliser sans le moindre souci de ceux qui en souffrent ou qui en meurent. Le Venezuela est donc devenu la scène horrifiante de cet art macabre de l’occident à imposer, à utiliser, à instrumentaliser la misère qu’il façonne de ses vœux et actes par sa politique comme un levier d’écrasement des majorités souffrantes des nations. Autre fait avéré, l’occident est toujours allié aux oligarchies de la prédation des majorités.

La misère, le chaos, ces terreaux propices à toutes sortes de germinations morbides en politique, sont pour lui les armes de pulvérisation des administrations non alignées aux desiderata occidentaux  Les Usa et leurs alliés anciens colonialistes n’ont qu’un but, broyer les sud et dans le contexte vénézuélien, les Amériques déjà paupérisées, vampirisées au cours des cinq derniers siècles de l’histoire par le nord, pour s’en repaître encore aujourd’hui!

C’est pourquoi tout ce qui peut ou pourrait aider un État souverain non nord américain ou européen – à l’exceptions de quelques rares États alliés de l’occident tel l’Australie et le Japon – à émerger, est empêché, freiné par ces vautours de l’hégémonie, ces hyènes voraces l’impérialisme. La guerre, la troisième guerre mondiale est celle que mène l’occident, ce nord économique, contre les sud – impossible d’être un Sud, parce que très divisés – face à un Nord qui sait dépasser ses propres dissensions pour s’ériger en bloc monolithique dans ses attaques destructrices desdits sud.

Multipolarité du monde et frénésie violente de
l’occident.

Face à la double attaque du Venezuela par l’occident
classique – le même qui dévore et parasite allègrement et sans vergogne le sud
– attaque autant factuelle parce que politico-économique que symbolique puisque
produit en message occidental de mise en garde pour dissuader tout État des sud
voulant échapper à l’étreinte mortelle des establishments occidentaux,
véritables hégémons de l’asservissement des majorités, l’on sent l’agitation
fébrile, la frénésie agressive d’un vieil occident valétudinaire et hargneux
qui se sait désormais limité et relativisé dans son empan de décideur mondial,
d’ex dominateur planétaire sans force limitative. Car d’autres grandes
puissances, leader de pôles non occidentaux, la Russie, la Chine et plusieurs
grands pays émergents, l’Iran, la Turquie, l’Afrique du sud, et aussi de petits
États nettement du sud mais dignes dans leur assumation d’appartenance (ici,
nous saluons le courage et la dignité des gouvernements de
Saint-Vincent-et-les-Grenadines et de la Dominique) s’élèvent contre la vorace
vermine occidentale.

Nous avons désormais des forces politiques,
économiques et diplomatiques onusiennes face au quarteron d’États prédateurs
essentiellement occidentaux ex puissances coloniales, aujourd’hui cyniquement
néocolonialistes s’autoproclamant comme par ironie lexicale nominale «
Communauté internationale ». Ce bloc de pays qui s’érige matrice politique de
la dévoration des alterhumanités, ces humanités qui ne relèvent point de leur
ethnie et de leur idéologie. L’occident, groupuscule de puissances mondiales
comme une horde d’États barbares, un conglomérat brigand et criminel, se donne
pour mission l’égrugeage global des pays étrangers qu’il broie par les
sanctions financières et commerciales, bloque par le freinage politique de
toute sorte tout en orchestrant le chaos par la corruption de partis politiques
soudoyés afin de dénigrer comme antidémocratique tout gouvernement du sud non
aligné à ses menées hégémoniques visant à transformer des pays-cibles du
néocolonialisme éhonté en plein 21ème siècle. La persécution pour déformer la
nature des révolutions ou résistances nationales d’État refusant d’être les
poubelles décorées et inavouées de l’occident. Persécution pour effacer les
symboles et diluer les modèles afin de dissuader d’autres peuples et pays
opprimés qui voudraient emboîter le pas aux insoumis.

Atavisme colonialiste occidental  

La crapulerie invasive des envahisseurs colonialistes occidentaux prend la forme d’un atavisme que ces establishments européens et nord-américains cultivent sinistrement, telle une effigie. Il s’agit en fait du réflexe de voracité grossière et inhumaine d’aller envahir et exterminer des peuples entiers pour leur voler leurs terres et leur pays avec tout ce que le sol et le sous-sol peut contenir sans manquer de réifier les hommes comme esclave ou main d’œuvre au travail forcé! L’on  comprend donc ce genre d’obsession hégémonique colonialiste! Des monstres serviles de leurs propres défauts et abominations d’esclaves pulsionnels de la convoitise, incapables de changer ou de se curer, qui voudraient changer voire moraliser le monde! 
 
Un aspect de ce que l’on peut désigner la problématique vénézuélienne vu sa pluridimensionalité tenant de la politique, de l’économie, de la géopolitique et de la diplomatie, est que ce qui s’y passe, excède de très loin les personnalités directement impliquées tels Maduro, vrai président et Guaido, pantin des Usa.

Il s’agit d’un champ de jeu d’influence en Amérique latine où le cas vénézuélien devient une focalisation des luttes de pouvoir entre le vieil empire d’Amérique du nord dont les impacts hégémoniques haïssables sont là dans l’évidence de l’héritage de paupérisation même des pays riches du continent et les nouvelles puissances non plus simplement régionales comme jadis dans la conjoncture post-soviétique mais désormais mondiales comme la Chine et la Russie qui sauront jouer de la configuration que nous pouvons appeler socio-électorales c’est-à-dire  idéologique des partis politiques non seulement du Venezuela mais aussi de tout le reste des Amériques ainsi que le font les étasuniens sur les continents éloignés, dans le giron géographique de ces autres puissances comme en Ukraine, en Syrie, à Taiwan, pour affirmer leur intérêt de puissances sur l’échiquier planétaire.

Ainsi, même une défaite de Maduro dans cet épisode vil d’orchestration de chaos et de persécution qu’y jouent les Usa et leurs sinistres alliés néocoloniaux, ne garantira pour longtemps la victoire de l’occident puisque le mouvement bolivarien et d’autres tendances anti-impérialistes, nationalistes vont quand même demeurer une force qui pourra en tout temps surgir aux urnes et forcer à rebattre les cartes des pôles d’adhésion ou de prépondérance.

Épilogue

Avec des puissances géopolitiques contraires et
concurrentes tellement présentes dans leur possible, avec des moyens non
négligeables en termes de pouvoir diplomatique (onusien) et d’influence
idéologique et démographique sur le terrain, ce, sans oublier la parité
militaire desdites forces qui font équilibre de terreur, l’étau d’une d’elles
sur une conjoncture particulière ne suffira jamais à déterminer définitivement
l’issue du combat pour la prépondérance… Nous sommes loin des hégémonies du
temps de l’unipôle étasunien ou du bipôle qui l’avait précédé en les Usa et
l’Urss; désormais le multipôle en vogue fragilise les prépondérances qu’il rend
conjoncturelles vu la dynamique des mouvances politiques internes aux pays des
différents sud. Nous avons donc une dynamique
qui tend à provoquer de grands ballottements politiques et électoraux avec un
tangage permanent sur les mers de l’influence géopolitique quand les problèmes
récurrents en économie et les conséquences politiques de ladite économie sur
les conditions sociales des masses du sud, une dynamique qui ne manquera pas de
s’exprimer aux urnes… Ainsi, chaque puissance ou conglomérat de
puissances de pôle peut se mettre à s’allier et à interagir avec des forces de
terrain pour conjoncturellement asseoir sa préséance sur les autres.

Décidément, la multipolarité nous offre un spectacle
nouveau de volatilité et de vicissitude des champs de pouvoir au niveau de la
nouvelle géopolitique planétaire…

En attendant, alors que Maduro ferme les frontières
contre l’aide qui sert d’alibi à l’invasion étasunienne en vue pour ce 23
février 2019 derrière son jouet politique Guaido, il est certain que la fin du
match sur le terrain vénézuélien fera des ondes de choc géopolitiques sur toute
la planète, quel que soit le vainqueur! Quelle que soit l’issue de cette
épreuve de force, les masses vénézuéliennes qui ont goûté aux années de
changement de la révolution qui, au moins, les a placées au centre des
décisions à la différence des pouvoirs précédents, ne se feront plus jamais
duper par les monstres de la droite traditionnelle pour longtemps sans réagir
et exiger leurs dus!

Quant à nous, refusant le subterfuge indigne de la
neutralité, nous ne pouvons que souhaiter la victoire de l’influence saine
contre celle toxique et prédatrice de tout agresseur archaïque et vorace,
voleur séculaire des richesses de l’Amérique latine et caribéenne. 

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE