Proposition de sortie de crise de l’Observatoire de la Jeunesse Haïtienne

Samedi 24 novembre 2018 ((rezonodwes.com))– « Pour un Pacte National Extra Constitutionnel « 

L’Observatoire de la Jeunesse Haïtienne salue la population haïtienne dans son ensemble et les jeunes en particulier pour leur engagement. Face à cette conjoncture, l’OJH qui est un groupement de la société civile impliqué activement dans ce combat contre la corruption ne saurait rester indifférent.


En près de deux ans de gouvernance caractérisée par des situations économiques précaires, des tumultes politiques chroniques et des conditions sociales difficiles, l’Observatoire attire l’attention des décideurs politiques sur la situation alarmante de la République d’Haïti. En 21 mois d’administration de l’actuel Président de la République, la situation s’est empirée :

  • La dépréciation étourdissante de la monnaie nationale face au dollar persiste. Elle est passée de 65 gourdes en septembre 2016 à 73 gourdes en novembre 2018 pour 1 dollar américain, selon les taux de référence de la Banque de la République d’Haïti (BRH).
  • L’inflation demeure encore à deux chiffres. De 12.5 % en septembre 2016, elle est passée à 14.6% en septembre 2018, selon la BRH.
  • Le recul en matière de compétitivité, Haïti est passée de la 128ème place sur 137 en 2017 à la 138ème place sur 140, selon le rapport du Forum Economique Mondial en 2018, sur l’Indice Global de Compétitivité. Presqu’à la dernière place.
  • Le pays se situe toujours comme le plus corrompu de la Caraïbes, le second de l’Amérique et parmi les 10 plus corrompus au monde. 131ème sur 140 sur la Perception de l’Indice de Corruption, selon le rapport Forum Economique Mondial en 2018.
  • La fuite des cerveaux continue. En 2017, 104 782 haïtiens sont entrés au Chili selon le rapport de la Police d’Investigation Chilienne. Pourtant, en 2018 des milliers de jeunes haïtiens connaissent la désillusion au Chili et au Brésil sans le soutien substantiel de l’Etat haïtien.
  • Le PIB avait touché son plus bas niveau depuis 6 ans. De 1.5% en 2016 à 1.2 en 2017. Au terme de 2018, tenant compte de la conjoncture socioéconomique et politique rien n’augure de note rassurante.
  • L’Indice de Développement Humain a reculé. Il est passé de la 163ème place en 2017 à la 168ème place en 2018, selon le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD).
  • Le coût du panier de la ménagère a augmenté de 8% au deuxième trimestre de l’année 2018, par rapport au deuxième trimestre de l’année 2017 selon la CNSA. Preuve de la Cherté de la vie.
  • Les frais scolaires ont connu une hausse annuelle de 10.8 %, en 2018, selon le rapport de l’Indice de Prix à la Consommation de l’Institut Haïtien de Statistique et d’Informatique (IHSI).
  • La régression en matière de liberté d’expression, particulièrement la liberté de la presse, Haïti est passée de 53ème en 2017 à 60ème en 2018, selon le classement mondial de Reporter sans Frontière. Ce qui constitue une menace pour la démocratie.
  • La Caravane du changement sur laquelle se base toute la gouvernance du Pouvoir Exécutif a échoué. Aujourd’hui encore le budget et le programme de celle-ci demeurent inconnus.
  • Des zones échappent petit à petit au contrôle de l’Etat pour tomber dans l’escarcelle des bandits armés terrorisant des franges importantes de la population.
  • Les promesses non tenues du Président affectent considérablement sa légitimité : l’Electricité 24/24, la baisse de la cherté de la vie, l’austérité dans les dépenses publiques.
  • Depuis 1986, Haïti a connu, les 6 et 7 juillet 2018, sa plus grande émeute pour des questions socioéconomiques, n’ayant pas comme principal mobile des raisons politiques.
  • L’intensification des manifestations a donné lieu le 17 octobre 2018 à la plus importante journée de mobilisations, depuis les mouvements de GNB, à travers les 10 départements du pays pour dénoncer la corruption.
  • De juillet à novembre 2018, environ quarante jeunes sont tombés dans les quartiers populaires et les manifestations sous le coup de balles de bandits armés, des forces de l’ordre et d’inconnus impunément.
  • La légitimité du Président de la République, déjà fragile lors des élections de 2016, est selon les micros trottoirs à un niveau alarmant.
  • Les opposants au pouvoir encore divisés et en panne d’alternative précise et arrêtée, ne garantissent pas un avenir serein en cas de départ du Président de la République.
  • L’augmentation du nombre d’armes à feu et la tendance à la légitimation de la violence comme forme de contestation pendant que des zones échappent aux contrôle de l’Etat sont inquiétantes.


Depuis le 18 novembre 2018 et les deux journées de grèves qui ont suivi, le départ de l’actuel Président de la République Jovenel Moïse devient la revendication première des manifestants.

Considérant que le climat de tension conditionnant la vie des habitants de la République, depuis ces derniers mois, nuise considérablement à toute construction d’une société juste, équitable et pleinement émancipée ;

Considérant que les foyers de tensions demeurent latents à travers les 10 départements, donc même si l’on constate un retour au normal,  un réveil violent peut engendrer à tout moment des pertes en vies humaines énormes et des dégâts matériels inestimables ;

Considérant que le Président ne peut plus faire la sourde oreille et l’opposition ne peut plus se confiner dans le radicalisme ;

Considérant qu’il est impérieux de sauver les acquis démocratiques, ainsi que le présent et le devenir d’Haïti ;

Considérant que seul un dépassement des acteurs politiques et de la société civile comme ce fut le cas en République Dominicaine en 1994 où le Président Joaquin Balaguer et les autres protagonistes avaient décidé, pour sauver cette République en proie à d’importantes crises socioéconomiques et politiques, d’ouvrir un canal de discussion autour du mandat du Président,  sur le système électoral, et le modèle de société, sous le leadership de l’Église,, peut sortir Haïti de ce gouffre ;

 Considérant que seul un « Pacte National Extra Constitutionnel » peut éviter le pire à ce pays qui devra connaître des élections législatives, souvent source de conflits, en 2019 et une éventuelle publication du rapport de l’enquête de la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif  (CSCCA) sur la gestion du fonds PetroCaribe ;

 Considérant que la jeunesse et certaines structures de la société civile, non impliquées dans la crise constituent l’une des rares forces pouvant inviter et initier un dialogue franc entre les principaux protagonistes ;


L’Observatoire de la Jeunesse Haïtienne présente cette proposition de sortie de crise :

  • L’ouverture immédiate de discussions entre le Pouvoir Exécutif, le Pouvoir Législatif, le Pouvoir Judiciaire, les structures de la Société Civile et les Partis de l’opposition, autour du mandat du Président de la République. Et ce, sous le leadership d’organismes de la société civile qui devront inviter et servir de médiateurs entre les différents protagonistes. 
  • La formation d’un Think Tank au niveau de la société civile pour la planification de la Conférence Nationale et d’un projet de société pour les 30 prochaines années. 
  • L’accélérations et l’installation d’une atmosphère de confiance sur l’enquête PetroCaribe et tout autre dossier de corruption en cours. 
  • L’ouverture des discussions entre les décideurs politiques et les organisations de la société civile autour de la loi électorale, la loi sur les Partis politiques et la formation du prochain Conseil Électoral. 
  • La constitution d’une plateforme au sein de la société civile pour discuter et proposer pour référendum une nouvelle Constitution. 
  • L’ouverture d’une enquête sur le massacre de La Saline et la clarification sur le statut membres des forces de l’ordre opérant dans les corps sécurisant le Président de la République et le Palais National et la provenance des équipements à leur disposition.

 

Pour l’Observatoire de la Jeunesse Haïtienne :

                                    

Stanley E. Augustin
Secrétaire Général