par Jordan Verdule
Lundi 11 novembre 2019 ((rezonodwes.com))– Depuis sa fondation en 1644, ce coin de terre était toujours une zone paisible, mis à part ses positions de courage durant certaines luttes du temps colonial et pendant l’occupation américaine de 1915. Exclu de la table nationale depuis la mort de Capois Lamort, Port-de-paix n’a jamais eu un destin de grand contributeur au devenir de la République. De la vallée des délices à la cité de paix, ce changement semble détenir un pouvoir magique sur le chef-lieu du département du Nord-ouest. Son nom actuel s’harmonise bien avec la réalité, pourtant l’ancien s’oppose totalement, c’est toujours une vallée mais, je dirais, où un mariage malheureux tente de se maintenir entre l’hospitalité et l’environnement malsain depuis l’ère démocratique.
Cette ville à forte vocation commerciale et particulièrement aux activités portuaires a été depuis la nuit des temps un carrefour obligé du phénomène « Boat People ». Et coupé du reste du pays elle a été plus ouverte sur Miami, les Bahamas etc. Que la République de Port-au-Prince elle-même. Avec sa diaspora, ses commerçants, une paysannerie active, une communauté intellectuelle majoritairement basée à Port-au-Prince la ville même si oubliée par l’Etat, elle s’est préservée de la pauvreté extrême, de la politique destructrice, de la violence systématique. Cette ville non dépendante de l’Etat n’a jamais été une zone prioritaire pour l’Etat Haïtien, ni à capacité de nuire à la centralisation du pays et à la politique d’exclusion des provinces. Avec ses potentiels, c’est René Préval qui va initié son déclin avec sa décision en faveur de la bourgeoisie de Port-au-Prince de fermer le port de la ville.
Depuis cette zone qui a vu la rencontre du monde occidentale et des premières nations d’Haïti; qui historiquement, avait joué son rôle déterminant dans la lutte pour l’indépendance est en agonie. La politique destructrice a eu raison de la politique se faisait toujours avec un minimum de décence et d’élitisme. Les politiciens actifs de cette ville étaient toujours des professeurs d’écoles, des pères de famille, des avocats et des professionnels. Même si leurs résultats sont ce qu’est la ville aujourd’hui, mais leurs pratiques politiques n’ont pas été entachées d’autant de médiocrité et de mesquinerie qui caractérisent en grande majorité les apprentis politiciens de notre espace social d’aujourd’hui.
La crise qui s’est ouverte les 6,7 juillet 2018 nous a trouvé dans une situation particulière par rapport aux frustrations contre un Président qui connaît nos douleurs; la déficience d’acteur politique majeur capable de porter les causes de la ville et l’absence d’une conscience de l’opportunité qui est nôtre en ces moments. Ainsi au lieu d’être des sujets de l’histoire cette fois; nous sommes en train de la subir de la manière la plus triste: La perte de l’identité locale au profit du défaitisme portauprincien. C’est le règne de la médiocrité qui se hisse au sommet de l’administration publique locale; des apprentis politicailleurs dépourvus de toute humanité qui divisent et déchirent; qui transgressent la loi fondamentale de notre vivre ensemble. Et les événements du 5 Novembre ( me nèg Gonayiv debake nan vil, pou vin tiye ti moun ak paran ki voye pitit yo lekòl) pour une ville déjà à genoux, en est une preuve vivante.
Je suis choqué de voir des acteurs politiques prennent plaisir à créer des événements pour perturber le fonctionnement des activités des gens qui vivent en marge de l’État. Ils montrent des pièces de théâtre pour tirer leurs épingles du jeux dans cette crise assez complexe pour laquelle, on cherche banalement des solutions via des diversions d’un côté ou dans la rue d’un autre côté.
Je ne doute pas, cette rumeur a été bien calculé. Ça fait plus d’une semaine, depuis qu’un compatriote masqué et bien armé, s’identifie comme Gonaïvien dans une vidéo circulant à travers les réseaux sociaux disait » m tande nan tout Peyi a pa gen lekòl, men moun Podepè ap fè lekòl, nap antre pou yo. Anpil lòt menas te rive fèt nan video sa a.
Ce mardi 5 novembre, que je qualifie de « Mardi de la terreur » ; la confirmation de l’arrivée de ces gens venant des Gonaïves se répand en si peu de temps dans tous les coins de la ville par des gens conscients de leurs actes. Panique totale! Les élèves, les parents, les automobiles, les commerçants et autres courent désespérément dans tous les sens, soit pour chercher à récupérer leurs enfants qui ont été à l’école ou pour trouver un abris sûr. Si les impacts ne sont pas trop considérables physiquement, psychologiquement c’est une population réellement troublée et socialement, c’est une commune qui vient d’être divisée plus comme avant.
Il faut se rappeler pour mieux comprendre l’ampleur d’une telle rumeur. En 2004, après le départ de Jean Bertrand Aristide, un commando venait des Gonaïves laisse jusqu’à présent un souvenir triste pour Port-de-Paix. C’était un moment terrifiant, c’était une ville qui passait plusieurs jours sur fond de guerre. Des tirs nourris, des cadavres et des cas de pillages ont été enregistrés. Si la génération 80 doit parler d’une époque où la peur était plus grande que nous, ce fût bien ce moment qui nous hante toujours. Donc, faites penser seulement à ce moment douloureux, était suffisant pour déstabiliser tout le monde voire quand ils tentent de faire croire qu’on était en train de revivre ce même enfer.
C’est bien dommage une mauvaise note en plus vient de remplir le carnet de tous ceux qui auront à demander à une population déjà hostile à la politique de faire des choix politiques. Pourtant, une implication politique demeure une arme obligée pour faire tourner la roue du développement dans cet espace. Maintenant: comment peut-on compenser tout ça; que faire une nouvelle génération politique pour maintenir cette culture de paix, cet esprit du vivre ensemble sapés par des pratiques malsaines; quel choix, posture ou discours à tenir pour faire oublier ces terreurs à la population?
Tout ce que je peux dire, non au nom d’un espoir naïf, mais au nom d’un pragmatisme port-de-paisien; pourvu que les grains du néoprogressisme ont été semé dans toutes les communes du département; le moment pour ma ville chérie de renaître de ses cendres est arrivé. A la faveur de cette vision du monde, nous nous imposons une forme de réflexion sur quelle serait la meilleure conclusion pour port-de-paix à la fin de cette période révolutionnaire? Voyant en chaque port-de-paisien non un victime comme à l’ accoutumée, mais un atout; la réflexion néoprogressiste doit imposer, pour que la ville n’ait pas à imploser, une stratégie disposée à garantir le progrès pour tous, ainsi qu’une profonde transformation des structures politiques et sociales permettra une amélioration des conditions de vie et une plus grande justice sociale.
Jordan H.Verdule
jordanverdule@yahoo.fr