OAA-Ile de la Tortue en chantier, un modèle de développement communautaire. Les natifs s’impliquent

Lundi 16 décembre 2019 ((rezonodwes.com))– Depuis plus de deux ans, l’Île de la Tortue, notamment Haut Palmiste, est en chantier.

Après des promesses non tenues par le gouvernement de Laurent Lamothe et par certains hommes politiques en campagne électorale, les fils et filles décident de l’avenir de l’île. Plusieurs kilomètres de route en béton ont été construits dans la commune située entre l’Océan atlantique et le canal de la Tortue, au nord de Port-de-Paix. Étant laissée pour compte par l’État central, comment les routes principales de Haut Palmiste, sont en phase de tourner le dos à la terre battue.

Quid du financement ? Quelles conséquences peut avoir cette initiative communautaire sur l’ensemble de l’Île, sur les autres communes du département et autres coins de la République en pareille situation ?

Ce
premier pas vers le développement de cette parcelle insulaire est
l’initiative de la diaspora tortugaise, en majorité aux USA, en
collaboration avec jeunes et vieux vivant à la Tortue. Les gens se
regroupent en association, et par la magie de la technologie, les
idées sont discutées et les décisions sont prises. Sous le nom de
Opalmis Ann Ale (OAA), (Haut-Palmiste, on y va), ils s’arrangent pour
développer l’Île délaissée au fond du gouffre de la misère.

Ils
cotisent de USA étant. Ils se réunissent de visu ou par téléphone
interposé. Les idées sont débattues entre les acteurs locaux et
internationaux. Les décisions sont prises démocratiquement. Ils
nient le modèle de l’État central qui donne des ordres à des
exécutants locaux sans se sourciller de leur avis. Ils croient que
le modèle participatif est plutôt porteur d’adhésions et de
résultats bénéfiques pour l’avancement des travaux. Ils coopèrent
pour un seul objectif, le développement de Haut-Palmiste, et celui
de l’Île de la Tortue.

Très
loin de pouvoir parler de miracle développementiste, mais toute
initiative de ce genre peut être dupliquée.

Primo,
la méthode peut être copiée, malgré les difficultés
intrinsèques. Parce que ce modèle priorise le brainstorming (Alex
Osborn), qui demande de l’ouverture d’esprit d’équipe et de
tolérance. Toutes les idées sont bienvenues car l’asymétrie
d’informations entre les acteurs locaux et internationaux peut être
néfaste pour le projet.

Secundo,
toutes les provinces ont des fils et filles qui vivent à l’extérieur
et à l’étranger notamment. Se regrouper en association vers un
objectif commun de développement de sa commune natale serait
bienvenue.

En
exemple, les diasporas d’autres localités de l’Île de la Tortue,
particulièrement, Jacquot, Ossé, Tendron, Haut Plaine, ont déjà
adopté le modèle de Opalmis Ann Ale (OAA), en construisant des
routes en béton en vue de soulager la situation de leurs frères et
sœurs ou de leurs grands-parents qui y demeurent encore. L’ensemble
de ces associations vont arriver à mettre l’île sur les rails de
développement. Après les routes, rien ne leur interdit de passer
par autre chose, la construction d’une entreprise communautaire,
une usine, plusieurs hôtels de plage pour attire les touristes. Je
le souhaite vivement.

En
ce qui a trait au financement des autorités étatiques,
l’organisation OAA n’en a rien reçu d’elles. Tout se fait par les
tortugais soucieux de leur terre natale. S’ils sont à l’extérieur,
non pas parce qu’ils le veulent, mais parce que l’État ne leur offre
pas la possibilité de vivre mieux chez eux. Ils travaillent
ailleurs, ils construisent leur communauté avec l’espoir d’y
retourner un jour.

Si
les gens ont pris leur responsabilité, c’est aussi parce qu’ils
veulent envoyer un signal fort aux candidats éventuels et aux futurs
dirigeants. Épargnez La Tortue des promesses fallacieuses sans
concrétisation. Epargnez les gens de l’île de vos milles gourdes.
Si vous n’investissez pas, ne viendrez pas. La Tortue a pris son
destin au sérieux à force d’être toujours reléguée aux
oubliettes. 

Cependant, l’aide externe, individuelle, étatique ou toute autre organisation n’est pas exclue. Si l’Etat veut répondre à ces obligations les plus élémentaires face à la Tortue, il peut toujours emboîter le pas. D’ailleurs, il n’est pas de la responsabilité des tortugais de construire des routes, mais à force que leur île n’est pas rentrée dans un plan global de développement de l’État, ils sont forcés de mettre leur maigre argent à contribution d’un cadre vital beaucoup plus confortable donnant un sentiment de fierté et suscite l’envie de vivre chez soi.

A cet effet, la volonté des tortugais tortugaises de donner une autre image à leur île doit être éternelle. Cette gêne de développement communautaire doit être transmise de génération en génération. Si l’État c’est nous, en cas de faillite à sa mission, la Tortue se lève et en assure pour son développement.

Me Endy Frédéric, Av.,
Barreau de P-au-P,
Spécialiste en Management des Institutions publiques de L’Université de Liège,
Île de la Tortue, Haïti, West Indies. –
endyfdse08@gmail.com
16/12/2019