Mercredi 9 octobre 2019 ((rezonodwes.com))– Ce texte est l’acte d’un Président du Sénat, d’une pierre qui amasse de la mousse à force d’être inactif et voulait se secouer le corps pour se dépoussiérer un peu. Ce message à la nation bourrée de littérature ( Au sens vulgaire du terme), du blabla, est du bluff.
Le discours est dit dans un moment où l’auteur veut se faire remarquer à force de ne rien faire, à force d’être invisible dans la conjoncture actuelle où le sénat est oublié comme rempart. L’auteur veut se démarquer du lot ou se frayer une place dans l’actualité socio-politique mais ne fera pas long feu.
L’auteur trébuche, vacille et tremblote sur sa position. Au moment où nous sommes, le peuple ne veut plus des discours vides de sens, de contenu laissant à désirer et sans fondement. Le peuple a besoin des décisions. Le peuple veut voir que ce qui sont à ses côtés refusent et rejettent les privilèges, les voir prendre des initiatives de correction, de compensation et de rentabilisation des dépenses publiques.
Il souhaite voir le Président du Sénat dire ce qu’il fera pour réduire ou rentabiliser les dépenses publiques effectuées par ce parlement budgétivore. Il souhaite voir que les parlementaires arrêtent de faire des pressions à outrance sur les dirigeants des institutions publiques pour nommer des personnes non qualifiées en marge de la loi au même titre qu’ils font nommer des incompétents ( généralement des militants sans soubassements académiques adéquats) aux postes administratifs du parlement, considéré comme boutique de famille.
Le peuple souhaite voir de préférence l’ajustement du salaire des parlementaires au lieu de les laisser patauger dans la corruption. Le peuple aimerait que le sénat ne pousse plus les dirigeants des institutions publiques dans la corruption, parce qu’ eux aussi, ils le sont aussi aux termes de la convention interamericaine sur la prévention de la corruption. Le peuple souhaite voir que le sénat offre la possibilité à la justice d’amarrer les corrupteurs et corrompus qu’ils protègent à tout bout de champs.
Le peuple aimerait que l’administration publique soit compétitive et attrayante. Que le système de rémunération soit révisé. Un fonctionnaire impayé ou sous-payé est démotivé ( Facteurs de motivation de Frédérick Herzberg et pyramide des besoins de Abraham Maslow) et peut se livrer dans la corruption quand les institutions sont faibles.
Les mandats des juges de la CSC/CA ne sont pas politiques une fois en poste. Les mandats à mettre sur la table sont ceux des parlementaires et celui du Président de la République. S’ils sont outillés et ne sont pas corrompus, les juges des institutions indépendantes doivent permettre d’apporter les correctifs nécessaires au mauvais fonctionnement de l’administration publique.
Le consensus national et général que nécessite le pays ne doit pas s’arrêter à un simple changement du personnel politique. Pour changer le système, il faut changer le fonctionnement de l’administration publique, instrument favorisant la corruption dont la grande majorité se fait par les hauts fonctionnaires de l’État et cadres administratifs, complices des hommes politiques. D’ailleurs, l’économiste américain William Niscanen a montré que les fonctionnaires sont de connivence avec les hommes politiques. Les deux ne font que chercher leurs interêts de commun accord.
Si aujourd’hui, aucun procès sur la corruption ne peut avoir lieu, le problème est simplement que les hommes politiques et les fonctionnaires corrompus ne le veulent pas. A titre d’exemple, la CSCCA est allée se plaindre auprès du PM d’alors parce que les cadres administratifs corrompus et partisans refusent de fournir les pièces justificatives des dépenses publiques relatives aux fonds Petro Caribe. Cela passait comme une lettre à la poste.
Et personne n’a osé imaginer, voir penser à ce que cela veut dire. Obstruction à la justice et faiblesse de nos institutions. Combien de fonctionnaires qui accordent une importance aux audits de la cour des comptes, de l’ULCC et autres? Aucun. Parce qu’ils disent ceux qui ont une velléité de donner du sens à la lutte contre la corruption, la politique les évincera sous peu parce que les politiciens sont aussi corrompus. Si les fonctionnaires sont tombés, ils le seront aussi. En ce sens, aucune action contre la corruption ne sera réelle tant que ces actions ne sont pas engagées.
Aucun système ne changera tant que les hommes politiques sont de connivence avec les fonctionnaires; tant que la CSC/CA ne peut jouer réellement son rôle; tant qu’ils n’arrêtent pas de faire nommer les incompétents aux postes de l’administration publique, pour mener leurs actions de corruption et les protéger contre toutes poursuites.
Oui les privilèges de la bourgeoisie doivent être coupés mais quels sont les actes pratico-pratiques posés par le parlement en ce sens? Combien de résolutions ou de pressions politiques exercées pour faire couper ces privilèges? Qui n’en aime pas d’ailleurs? Pas les bourgeois bien sûr. La solution est de les couper, la manière la plus élégante ou brutale qu’elle soit dépendamment du momentum. Aujourd’hui, le moment est favorable. Mais quelles sont les actions du parlement?
Le pays veut que ses filles et fils peuvent débarquer dans les limites de la loi des marchandises au même titre que tout le monde sans demander la permission à un nanti. La possibilité d’entreprendre ne doit pas être réservée exclusivement à la bourgeoisie. La lutte contre la corruption ou le nouveau système doit pallier à ces anomalies.
Ces discours vides de sens et de solutions pratiques, le peuple en a assez venant de chacun de vous. Il veut des actions révolutionnaires et porteuses d’avenirs.
Comme je l’avais dit en Mai 2019, l’administration publique haïtienne peut connaitre des jours meilleurs si le Président de la République, les Présidents des deux chambres et les parlementaires, le Premier Ministre et son gouvernement, les Directeurs généraux et les fonctionnaires le veulent simultanément. Bien sûr, avec la justice en support neutre.
Me Endy Frédéric
Av.Spécialiste en management des institutions publiques de l’Université de Liège.Île de la Tortue, Haïti, West Indies,08/10/2019
