Les constitutionalistes de 1987 ont établi un bon système pour faire émerger un Etat socialement juste et démocratiquement stable, mais ils n’ont pas établi une classe d’hommes pour voter librement des leaders politiques qui iraient honnêtement gérer et administrer ce système.

Résultat ; une pauvreté aiguë, un gouvernement sans discipline fiscale, des fonctionnaires publics corrompus au plus haut degré, une opposition sans plan d’action, une population sans assistance gouvernementale, des manifestations sans projections et une opinion publique orientée par une minorité d’élite égoïste et hypocrite. 

Nulle part dans la législation haïtienne il est stipulé ou insinué que les fonctionnaires publics doivent être corrompus. En fait, la législation haïtienne punit la corruption. Elle assigne des responsabilités personnelles aux gérants des fonds publics. Elle institue le principe de la séparation des pouvoirs pour qu’un pouvoir arrête un autre pouvoir. Elle prévoit une plateforme pour la distribution équitable des ressources du pays. Elle a même institué un pouvoir et des institutions publiques pour juger et investiguer les avoirs de ceux accusés ou susceptibles de corruption. Néanmoins, malgré les balises établies par la législation pour la prévenir, la corruption est institutionnalisée pour devenir un héritage passé aux futures classes de leaders.

Ce n’est pas le système qui n’est pas bon, mais ceux-là que le peuple a votés qui ne sont pas bons. Sans surprise aucune, même le portier d’un bureau local reçoit des pots de vin pour mettre quelqu’un dans le calendrier du responsable de ce bureau. Le système donne aux élus l’autorité de gérer et d’administrer les deniers publics, pas l’autorité de les dilapider et s’ils les dilapident ou s’il y a un soupçon qu’ils les ont dilapidés, ils doivent être jugés et punis conformément aux lois établies par le système. Période.

Les constitutionalistes de 1987 ont été trop rapide à organiser des élections sans que les prochains candidats aient su ce que le système allait ou devrait être. Ils ont anticipé les résultats avant même qu’ils ont élaboré les règles de droit pour permettre au système de commencer son chemin. Le résultat qu’ils ont obtenu était un Etat voté par un peuple sans culture politique et un gouvernement sans maturité politique et sans discipline fiscale pour gérer les politiques publiques.

Ils ont orienté les actions gouvernementales, mais ils n’ont pas fait de projections effectives sur ceux qui allaient être en charge de ce système puisqu’au tréfonds de leur cœur, ils voulaient voter la constitution pour que l’un deux soit le prochain président. Ce qu’ils n’ont pas compris c’était que le peuple n’était pas politiquement maniéré pour faire un choix libre et c’est pour cela que le peuple a toujours voté le gouvernement qui lui ressemble.

Les cadreurs de la constitution de 1987 ont créé la corruption à travers des illettrés politiques qu’ils ont mis en charge du système. Ils ont visé des résultats, mais ils n’ont pas visé les procédures pour aboutir à ces résultats. Ils n’ont pas prévu que les futurs leaders n’auraient aucune compétence en gouvernance, administration et politique publique pour qu’ils soient familiers avec les principes de démocratie participative, de respect de droits humains et de justice sociale ainsi stipulée dès le préambule de la constitution.

Ils n’ont pas aussi prévu qu’un programme d’éducation ou d’actions civiques serait nécessaire pour enseigner aux électeurs que le droit de voter ne leur donne pas la responsabilité de voter ou qu’ils ne devraient voter tant qu’ils n’aient pas reçu la formation nécessaire l’habilitant à voter librement.

Le système est bien conçu et bien en place, sauf qu’il n’y a pas d’hommes valables pour exécuter ou faire exécuter les principes légaux pour que ce système produise les retombées politiques, économiques et diplomatiques élaborées par la législation. Pour plus d’un, le système corrompt le politicien.

C’est archifaux, le système ne corrompt personne parce que ce système est juste, morale, légitime et constitutionnel, sauf que la population n’a pas la tradition de voir comment la justice marche et parce qu’elle est jusqu’ici sous l’emprise de la dictature duvaliériste qui ne l’a pas permis de questionner ou de se mobiliser avec consistance contre les autorités.

Ainsi, il n’est pas question de changer le système puisque ce système n’a jamais eu l’opportunité de fonctionner librement et n’a jamais été géré et administré par des personnes dotées d’intelligence patriotique. Il est plutôt question de réaliser les intentions des constitutionalistes en permettant à la population d’élire des hommes responsables qui vont appliquer et commencer à faire appliquer les règles de droit listées dans la législation haïtienne.

Bobb Rousseau RJJF, PhD
Administration et Politique Publique
Gestion et Management de Gouvernement Local