par Kerlens Tilus
Samedi 29 décembre 2018 ((rezonodwes.com))– Au cours de ce mois, nous avons vu l’audace de ceux qui sont complices directement ou indirectement dans le détournement des fonds Petrocaribe. Comme nous l’avons demandé aux petrochallengers, il est nécessaire de prendre une pause durant les fêtes de fin d’année pour retourner en flèche en Janvier 2019. Certains Haïtiens ont du mal à appréhender l’ampleur de la corruption en Haïti et son impact négatif sur leur quotidien.
L’Organisation des Nations Unies ainsi que le Transparency International ont publié des études montrant comment la corruption peut être néfaste pour un pays et empêche son développement. Voilà pourquoi un pays qui veut faire des bonds en avant doit combattre la corruption sous toutes ses formes.
Nous ne croyons pas que le jugement Petrocaribe peut être tenu à la hâte. Il faut des préparations, il faut mener des enquêtes en profondeur pour s’assurer que ceux dont la clameur publique accuse et ceux qui sont indexés dans les deux rapports des deux commissions sénatoriales soient les véritables petrodilapidateurs. Ensuite, il va falloir retracer l’argent détourné. Il faut remonter jusqu’à 2006-2007 ; ce ne sera pas un travail facile.
Les jeunes qui ont entamé la mobilisation pour la tenue du procès Petrocaribe sont déterminés à aller jusqu’au bout. Même quand la mobilisation semble être essoufflée, mais nous savons que les jeunes étudient toutes les possibilités pour mener à bien cette lutte. Il ne faut pas sous-estimer les jeunes. Ils ont fait le mouvement de 1946 avec l’appui des ainés ; nombre ont laissé leur peau sous la dictature des Duvalier, mais ils ont fini par avoir gain de cause. Depuis 1986, les jeunes sont utilisés à des fins politiques, mais ils ne sont jamais arrivés à faire entendre leur voix.
Aujourd’hui, nous comprenons bien que la précarité rend les mobilisations difficiles pour arriver à un changement. Les jeunes ont pour modèles des renégats, des corrompus et des assassins qui sont dans les couloirs ; qu’il s’agit d’ecclésial, d’économique, de politique et société civile. Nous devons rester vigilants et nous devons prendre au mot les responsables au pouvoir. Le Premier Ministre Jean Henry Céant avait annoncé en grande pompe la tenue de Jeudi Petro pour informer le grand public sur les dispositions qui sont prises par les autorités pour faciliter les enquêtes. Jusqu’à présent, nous n’avons pas remarqué de suivi sur cette annonce.
Les acteurs politiques n’arrivent pas à avoir une lecture claire et rationnelle des émeutes du 6, 7 et 8 Juillet. Ils pensent réellement que ces évènements ont été spontanés. Ce qui est clair aujourd’hui est que le peuple est imbu de ce qui se passe dans les couloirs du pouvoir et ne veut plus continuer à être le dindon de la farce. Nous le répétons à qui veut l’entendre : le pays finira par éclater, ce n’est qu’une question de temps.
Tous les indicateurs macroéconomiques sont au rouge et rien n’indique que les acteurs en présence sont conscients que les choses vont mal. L’année 2018 a été une année très mouvementée et le peuple a eu son lot. L’année 2019 ne sera pas meilleure. Il y a des élections à réaliser pour renouveler un tiers du Sénat et des élections pour les collectivités territoriales et pour renouveler la chambre des députés. Si les turbulences politiques persistent, rien n’indique que ces élections auront lieu.
Avec la dégringolade de la gourde par rapport au dollar et l’inflation qui grimpe, les Haïtiens continueront à faire face avec la cherté de la vie. Avec un budget chanpwèl présenté deux mois après l’ouverture de l’année fiscale, les petits contribuables verront leur bourse s’amenuiser.
Tous Ceux qui sont lucides comprennent bien qu’il y a une crise dans le pays. Certains demandent bien le dialogue pour élaborer un pacte de gouvernabilité. Comme nous l’avons écrit il y a de cela trois semaines, les acteurs en présence, surtout les politiciens ne sont pas sincères. Les ressources du pays ne sont pas exploitées ou du plus, il faut créer des richesses ; ce qui n’est pas le cas en Haïti et dans la priorité de nos dirigeants. Avec l’inégalité criante que l’on ne veut pas tacler, il est impossible d’avoir un pacte de gouvernabilité dans les conditions que nous évoluons à l’heure actuelle.
Pour remettre les pendules à l’heure, il faut à tout prix que le pouvoir en place envoie un signal clair qu’il veut combattre la corruption. Comme nous l’avons déjà démontré, il n’est pas dans l’intérêt des ténors du pouvoir en place de mener la lutte contre la corruption puisque celle-ci est à leur avantage. Qu’il s’agit du premier ministre qui a élaboré les actes constitutifs de plusieurs entreprises liées dans la surfacturation ou du Président de la République qui est lui-même inculpé, personne n’a la volonté politique d’organiser le procès Petrocaribe qui est une condition sine qua non pour mettre fin à ce système et permettre à Haïti d’arpenter la voie du progrès.
Nous ne pouvons pas vivre comme des résignés. Comme dit l’adage : tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir. Nous croyons toujours qu’un miracle est possible. Les Haïtiens ne doivent pas rester inactifs. Nous devons agir. La semaine dernière, avec l’incendie qui a ravagé la Radio Kiskeya, nous avons vu comment l’Etat était moribond. Il n’y pas de service de pompiers en Haïti. Même quand il y a des camions, il n’y pas d’eau et d’autres matériels permettant d’étendre le feu. Tout ceci est dû à la corruption qui est endémique. Si les petrovoleurs n’avaient pas dilapidé les fonds Petrocaribe et les responsables d’Etat avaient utilisé ces fonds à bon escient, aujourd’hui il aurait des camions, des bouches d’incendie, un peu partout dans le pays, ce qui aurait permis d’éviter ces sinistres.
Ce serait de l’hypocrisie de notre part si nous souhaitons bonne année au peuple haïtien sachant déjà que toutes les conditions sont réunies pour que l’année ne soit ni bonne ni heureuse. Un pays ne change pas du jour au lendemain sans de la planification et sans des actions orientées dans la bonne direction. Nous aurons à faire une projection sur les trente ans à venir pour expliquer à nos compatriotes ce qui attend Haïti si rien n’est fait pour redresser les choses. Nous ne pouvons terminer ce texte sans poser la question pertinente : kot kòb Petrocaribe a ? Nous souhaitons du courage aux petrochallengers ; qu’ils continuent la mobilisation pour la reddition des comptes. Somme toute, la nouvelle année ne sera ni bonne ni heureuse sans un signal clair que le procès Petrocaribe se tiendra.
Kerlens Tilus 12/29/2018
Futurologue/ Templier de Dieu/ Ecrivain
Tel : 631-639-0844