Par : Vitalème ACCÈUS
Mercredi 1er avril 2020 ((rezonodwes.com))– L’avenir en Haïti au temps du Covid-19 fait peur. En regardant la pandémie qui secoue le monde actuellement le modèle de gestion de la crise adopté par le gouvernement nous donne raison d’avoir peur. Nous devons revoir notre manière de fonctionner, pour être maître de notre destin dans le contexte actuel.
En tant que pays le plus pauvre du continent américain , le nouveau coronavirus poursuit sa progression au sein de la population haïtienne .Le Covid -19 précipite le peuple haïtien dans le gouffre, sans point de chute précis . Et lorsque nous jetons un coup d’œil à l’horizon, nous ne voyons que des nuages de désespoir et de misère. Notre pays, dans le palmarès des nations, est malheureusement logé dans le tableau des pays à difficultés. On a beau le dire aux premiers aux membres du gouvernement defacto , ils feindront de ne pas l’entendre.
Nous l’avons plusieurs fois dit et répété : on ne gère pas un pays avec de l’amateurisme. Depuis sa prise de pouvoir le 7 février 2017 , quelle décision importante et de grande envergure que le président Jovenel Moise a pris sans hésitation ? Même quand le pays était dans la situation de pays lock, c’était le cas. Et voici encore une situation où les tâtonnements nous ont conduits dans des moments terribles. Un proverbe créole dit ceci : «Ou kite krabrit fin pase wap rele fèmen baryè».
Depuis le début de la crise liée au coronavirus, le gouvernement a voulu jouer à cache-cache avec le peuple. Il a même négligé la gestion de la crise, tout en oubliant que la maladie se propage à une vitesse inédite. Prenons par exemple le cas de la République Dominicaine où, dès le premier cas de Covid-19, les autorités ont réagi promptement en interdisant les regroupements de plus de quinze personnes.
Dans la gestion de cette crise, il y a des décisions qui entraînent la psychose chez les populations. La communication liée au Covid-19 connaît d’énormes difficultés. Certaines décisions des autorités ne sont pas souvent bien expliquées, ce qui crée des confusions.
Dans tout ça , c’est le fait que le président n’apparaît que lorsqu’il s’agit d’un discours à l’adresse de la nation. Et de quelle manière ? Ce qu’il oublie, c’est que le discours d’un président fait avec conviction donne confiance au peuple. Mais si on continue de tâtonner avec des « mesurettes », on risque le pire. Pendant ce temps, certains pays, dans la même situation, prennent des mesures draconiennes parce que leurs responsables ont pris la pleine mesure du danger de ce virus.
Par exemple, quand le président Dominicain ,Danilo Medina Sánchez, qui est plus près de nous s’adressait à ses concitoyens dans la soirée du 18 mars dernier, il a, comme un père, tenu un langage de fermeté après avoir remarqué que les premières mesures prises pour stopper la propagation du virus n’étaient pas respectées. De même, à New York , les autorités sont passées à une autre étape parce qu’elles ont pris au sérieux la maladie.
Le développement repose sur la confiance. Pourtant, en Haïti , il y a une rupture de confiance. Les populations ne semblent plus avoir confiance à leurs dirigeants, au regard de la manière dont certains évènements ont été gérés.
Les conditions ne sont pas réunies pour pouvoir porter secours aux malades, même dans les hôpitaux de la capitale, Port-au-Prince, voire dans les zones les plus reculées du pays. La santé représente seulement 4.3% dans le budget 2017-2018 reconduit , voté par les deux chambres. Avec la diminution accélérée du budget alloué à la Santé, tout porte à croire que celle-ci n’est pas une priorité pour le gouvernement PHTK II. Le budget de la Santé est passé de 16,6% en 2004 à 4,4% en 2017.
Le pays a une insuffisance en capacité d’accueil pour la prise en charge des maladies critiques comme le Coronavirus ,mais fait face aussi à un manque de ressources adéquates à être au chevet des patients. Les hôpitaux connus pour des services de soins intensifs fonctionnels sont : l’hôpital de Mirebalais, l’Hôpital de Milot, l’Hôpital Bernard Mevs, l’hôpital St-Luc, et peut-être le service de médecine interne de l’Hôpital Justinien .
« Gouverner, c’est prévoir ; et ne rien prévoir, c’est courir à sa perte », a dit Emile de Girardin dans son ouvrage « La Politique Universelle » . Et voilà la situation dans laquelle ce manque de prévision nous a conduit. Dans la gestion d’un pays, il faut du réalisme pour donner une certaine confiance à son peuple. Nous sommes toujours surpris par les évènements et, le comble, on constate aussi des tâtonnements dans les prises de décisions pour sauver le pays.
Sur le plan individuel, ils sont nombreux, les haïtiens à ne pas comprendre que leur Etat ne soit pas à mesure de gérer la situation actuelle. Dans l’histoire, aucune nation ne s’est développée grâce à l’aide. Mais dans notre pays, cette habitude de tendre la main est toujours ancrée dans les mentalités. Mais ce qu’on oublie, c’est que tendre la main, c’est tendre la main à la misère. Et c’est pourquoi nous devons revoir la gestion du pays.
Parmi les pays plongés dans cette crise, Haïti semble être à la traine avec des déclarations. Dans la gestion de cette crise, comparativement à d’autres pays, nous continuons à être ouverts à tous les vents. Soyons pragmatiques au moins une fois. Dans un pays où une grande majorité de la population baigne dans la misère, où l’insécurité alimentaire tourmente des millions de citoyens, il faut éviter que les conséquences des solutions proposées ne soient plus cruelles que le mal. Et les grincements de dents se font de plus en plus sentir chez les populations.
Notons que ce pouvoir defacto et ses collaborateurs étaient de plain-pied dans la pré-campagne électorale.Les lignes dans les bureaux de l’ONI dans la zone métropolitaine de Port- au-Prince et les villes de provinces peuvent en témoigner. Et maintenant que le pays est plongé dans une crise sanitaire, on manque de moyens pour accompagner les décisions. Mais il n’est pas tard pour se ressaisir afin de sauver le peu qui reste.
Vitalème ACCÈUS
acceus2009@gmail.com