Mardi 2 février 2021 ((rezonodwes.com))–
Mon pays meurt à petit feu. Il est en coma. Les rues de Port-au-Prince tout comme celles des provinces sont tâchées de sang et de cris désespérés. Personne n’est épargné. Ici, chaque nouvelle journée est une galère à vivre. Tout est incertain. Tout est obscur. Et nous avons peur de tout et de rien. Nos yeux sont rougis de larmes, de chagrins et de solitude. Chaque son de tir me donne l’impression de voir les mêmes cauchemars.
Mon pays que voici, c’est la loi de la jungle ; la raison du plus fort est toujours la meilleure. Plus le temps s’écoule, plus on s’entretue. Pourtant, il y a cette peur bleue qui nous rend tous coupable. La peur de se révolter, d’indexer les criminels qui circulent en toute quiétude dans la ville.
Je suis moi fatigué, à bout de souffle. Je suis maladif depuis ma naissance, et j’ai bien peur que je ne puisse voir un vent de changement souffle sur ma patrie Haïti, que j’ai tant aimé. Je suis également un enfant maladif de son pays. Un enfant gâté de ses traditions, de sa culture.
Bien sûr, je ne saurais exister sans ces socles fondamentaux. Mais, les bourreaux ont réduit mon doux pays à feu et à sang. Les cris du tremblement de terre de 2010 me perturbent encore l’esprit. Et à chaque fois que je m’ouvre les yeux, ce sont les mêmes cadavres allongés sous les débris que je vois. On dirait qu’on est à fonds dans un film d’horreur, ou ce sont les victimes, les pauvres victimes, ceux qui ont donné leurs vies en holocauste pour une autre Haïti qui nous hantent. Ces morts-là, ces minables morts devraient avoir honte de nous.
Dis-moi que je peux encore rêver ! Dis-moi que les pinceaux du soleil nous peindront un arc-en-ciel rempli de joies ! Dis-moi quelque chose, je t’en prie ! Ne vois-tu pas que je suis désespéré ? Parce que j’ai envie d’y croire à quelque chose. Parce que j’ai envie de m’accrocher à je ne sais quoi ! J’ai envie de m’accrocher à quelque chose qui peut me donner l’envie de vivre. Car ici, tout est parti en flammes. Nos rêves les plus soulés ne donnent aucun signe de vie. J’entends les hurlements de ma mère, cherchant un brin d’espoir. Pourrais-tu aller lui dire que je l’entends aussi, mais je ne peux pas lui répondre. Dis-lui que j’essaierai de retrouver le chemin de notre liberté.
Quelle place laisserons-nous pour les enfants du demain, si ce demain aura la chance d’exister ? Pourquoi grandir, si c’est pour devenir le mal de son pays ? Pourquoi naître, si c’est pour créer des bombes humaines ? Pourquoi vivre, si c’est pour naître mort-né ? Un jour, des hommes dignes arrachés de leurs patries, de leurs racines, privés de leur liberté même celle de leur être, ont choisi d’écrire l’histoire de l’humanité. Et un autre jour, des héritiers mégalomanes, apatrides sans pudeur ont défait leur histoire jusqu’à une apogée inhumaine.
Les causes, non ! Les coupables de nos malheurs sont toujours là, et ils continuent à se moquer de nous. Ces criminels sont omniprésents. Ils sont dans les boites de l’Etat. Ils sont au petit monde des affaires. Méfiez-vous des apparences ! Ils sont souvent bien endimanchés. Ils portent de beaux vestons. Ils sont des beaux-parleurs, et ils nous crachent dessus.
Toutefois, tout n’est pas perdu tant que la poussière ne suit pas sa terre. Tout n’est pas perdu tant que les vagues ne suivent pas son eau. Tout n’est pas perdu tant qu’Haïti ne nous suit pas. Je peux me tromper, mais quand je me réveille demain, peut-être ce sera le néant. Peut-être il sera quatre heures. Peut-être, je dis peut-être. Peut-être, mon doux pays renaitra aussi de ses cendres.
Bidler Nelson
Journaliste
bidlernelson@gmail.com