L’Association nationale des magistrats haïtiens (ANAMAH), l’Association professionnelle des magistrats (APM) et le Réseau national des magistrats haïtiens (RENAMAH) conditionnent la reprise des sièges dans les tribunaux des 18 juridictions du pays par le retrait de la décision de Jovenel Moïse de révoquer trois juges à la Cour de Cassation pour les remplacer par trois autres en dehors des prescrits légaux
Des salles d’audience désertes et des couloirs du Palais de justice de Port-au-Prince silencieux définissent la réalité quotidienne de plusieurs autres espaces judiciaires du pays depuis le lancement, le 15 février dernier, de la grève illimitée des magistrats dans les 18 juridictions du pays.
La décision de Jovenel Moïse d’envoyer à la retraite trois juges pour les remplacer par trois autres est mise en cause par le magistrat pour exiger de Jovenel Moïse le retrait de l’arrêté.
Depuis, l’Executif et les juges réunis au sein de l’APM, de l’ANAMAH et du RENAMAH sont sur la corde raide.
Jovenel Moïse et le Palais national ne semblent pas préoccupés outre mesure par l’aggravation de la crise qui bouleverse le système judiciaire.
Aucune audience ne peut se tenir, les cellules débordent de prisonniers, le phénomène de la détention préventive prolongée mettent à mal la situation intenable des centres carcéraux du pays, déplorent des avocats.
Dans la foulée des défis auxquels sont confrontés les prisons, les dossiers brûlants d’actualité sont remis au second plan. L’arrestation de plus d’une dizaine de citoyens dans le cadre de l’affaire Petit-Bois, n’est point à l’ordre du jour, constate-t-on.
Les dossiers jaunissement dans les tiroirs et des avocats sont abonnés à la période de vache maigre. Des greffiers qui se mobilisent pour faire écho à leurs revendications fragilisent encore plus le dysfonctionnement des tribunaux, insinuent des bruits des couloirs du Parquet de Port-au-Prince.
Dans une récente position de l’APM, le comportement de Jovenel Moïse a été dénoncé par des magistrats. Ces derniers repprochent au pouvoir de facto de faire fi des appels de cette catégorie du système judiciaire. Aucune tentative de rapprochement des grévistes n’a été proposée par le régime, s’indigne le juge Martel Jean-Claude.
Entre temps, Jovenel Moïse, droit dans ses bottes, s’obstine à l’idée d’organiser un référendum et des élections générales en fin d’année en dépit du fait que le secteur judiciaire, acteur majeur du processus, peine à se relever de ses tourments.
Hervé Noël
vevenoel@gmail.com