Du Salon funéraire Saint-Charles des Gonaïves au crématorium à Port-au-Prince, des centaines de personnes ont accompagné le cortège funèbre de Philippe Jean dit Pipo 6 pour des intimes, afin de lui rendre un dernier hommage bien mérité. Des instants ayant plongé la ville dans un total émoi depuis le 6 mai, date à laquelle des bandits ont froidement assassiné cet entrepreneur, sont amplifiés autour de la Cathédrale de la Cité de l’Indépendance

par Hervé Noël

Gonaives, dimanche 26 mai 2019 ((rezonodwes,com))–Les cris des implorés résonnaient jusqu’au marché communal, limitrophe à la Cathédrale du Souvenir des Gonaïves. Samedi, au petit matin, le cœur blessé des parents, proches, amis de Philippe Jean (Pipo 6), assassiné le 6 Mai dernier dans son entreprise de pièces détachées, tranchait également avec un temps peu clément. Le ciel gonaivien autant que les visages affluant progressivement vers le Salon Saint-Charles s’était assombri en raison des fines pluies.

À l’intérieur du Salon funéraire, où le corps de l’homme d’affaires a été exposé, des larmes inondaient les visages comme un fleuve en déluge. Des visages ternes, les appels inconsolables des affligés anéantis par le départ d’un mécène, d’un philanthrope retenaient les lieux d’un instant à l’autre par des cris assourdissants. Allongé dans sa bière, en noir, Philippe Jean pour son dernier rendez-vous d’adieu a parcouru également des kilomètres pour la cérémonie eucharistique. Un long cortège a suivi  le cercueil jusqu’à l’enceinte de la Cathédrale. Le célébrant principal, dans son oraison funèbre, n’a pas été tendre.

’Trop de méchanceté, trop d’impunité, trop de cruauté règnent le cœur des hommes. Un jeune plein d’avenir s’est trouvé la mort de manière inattendue. Cet acte crapuleux doit révolter les consciences endormies’’, s’insurge Jean Marie Rosemond, curé de Grande Saline.

Le Révérend Niola Pierre, philosophe, dans un élan de solidarité, a invité l’assistance à s’engager contre les assauts criminels. ‘’Aujourd’hui Pipo est la victime, demain les pleurs peuvent changer de camp. Personne n’est épargné, il faut s’engager contre le banditisme’’, appelle le chef religieux.

L’éloge
funèbre prononcé par l’un des proches du défunt campait un homme ayant combattu
les  vicissitudes de la vie. ‘’ Il est né d’une fratrie de 24 enfants.
C’était un rude travailleur, un homme consciencieux. Après avoir roulé sa bosse
à la compagnie de transport public ‘’Service Plus’’, il a décidé de monter sa
propre entreprise. Chaque membre de la famille lui doit un hommage digne’’
,
a lancé Shelande Petit Castin.

Au terme de la cérémonie funèbre, le corps de l’entrepreneur parti à 45 ans, vers le voyage éternel, a été transporté à Port-au-Prince pour être incinéré, conformément à sa dernière volonté. Dans l’intervalle, la Cité de l’Indépendance continue de plonger dans la consternation. Même avec la capture d’un des présumés auteurs matériels du crime, encore muet après de multiples interrogatoires de la PNH, les affligés peinent encore à contenir leurs larmes.

Hervé Noël
vevenoel@gmail.com