« Faisons quelque chose pour sauver Haïti aujourd’hui ! » Conférence des Evêques haïtiens.
Sous les administrations Jovenel Moise-Jean Henry Céant et Moise-Lapin, plusieurs dizaines d’ haïtiens ont péri en haute mer à la recherche « d’un mieux-être et d’une vie plus digne » alors que les mots « prospérité » et « lajan nan pòch, manje nan asyèt » se lisent dans tous les discours, spécialement lors de la campagne électorale avec la promesse de faire fructifier des devises que vont générer les exportations et la vente de bananes à l’étranger. Deux ans plus tard, tout mounn bannan’n, beaucoup ont fui le pays au péril de leur vie. L’Eglise catholique alarmée
Port-au-Prince, samedi 6 avril 2019 ((rezonodwes.com))–La Conférence Episcopale d’Haiti (CEH), alarmée par la tragédie de Turcs and Caicos, la deuxième du genre en moins de deux mois qu’ont vécu des marginalisés, a tiré d’une voix retentissante dans les airs, la sonnette de réveil de conscience.
Dans leur communiqué en date du 4 avril 2019, l’instance religieuse a mis à nu l’incapacité du pouvoir Tèt Kalé à juguler les problèmes tenant à l’allégement de la pauvreté en Haïti. La CEH a rappelé qu’en juillet 2018, elle avait pressé l’administration Moise-Lafontant « de prendre des mesures appropriées pour arrêter l’escalade de la violence et de la faim« .
Le président de la République, Jovenel Moise, qui, ces derniers temps, n’envoie des tweets que pour se montrer uniquement et allègrement en compagnie de dignitaires étrangers et ou de leaders de certains regroupements politiques bâtis à partir de clans, n’a jamais publiquement présenté ses sympathies aux familles éplorées des victimes du naufrage de dimanche dernier. Le chef de l’Etat n’a non plus pris le temps de remercier les équipes de sauvetage et de saluer toute l’assistance apportée à ses compatriotes en difficulté à l’étranger, avons-nous constaté sur son compte officiel du réseau social Twitter.
« Ces naufrages et les morts qui s’ensuivent« , s’est lamentée la CEH tout en exprimant sa « sincère gratitude à l’endroit de toutes ces personnes qui sont intervenues dans des opérations de sauvetage lancées après le naufrage« , a-t-elle prédit, « n’arrêtent pas la vague de ceux-là qui fuient le pays en quête d’un mieux-être et d’une vie plus digne« .
Tout d’abord, nous exprimons notre sincère gratitude à l’endroit de toutes ces personnes qui sont intervenues dans des opérations de sauvetage lancées après le naufrage, afin de sauver les rescapés. Nous nous tournons vers les familles affligées et affectées par ces deuils interminables pour leur présenter nos profondes sympathies et les assurer de notre proximité, de nos prières et de notre solidarité. Malheureusement ces genres de tragédies sont devenus monnaie courante depuis la dégradation de la gourde et des conditions de sécurité dans le pays. Ces naufrages et les morts qui s’ensuivent n’arrêtent pas la vague de ceux-là qui fuient le pays en quête d’un mieux-être et d’une vie plus digne.
Haïti, pour de nombreux habitants cherchant à le fuir par voie maritime, selon la note de la Conférence Épiscopale Haïtienne, « n’est plus pour eux un chemin d’espérance, mais un chemin de mort » que, probablement les courtisans complaisants du président seraient loin de se rendre compte.
Rappelons que les rapports officiels concernant le naufrage des boat-people haïtiens au large des îles Turcs et Caicos, le 31 mars dernier, ont indiqué que 15 d’entre eux ont péri noyés, 14 survivants et 4 toujours portés disparus.
Le communiqué de la Conférence Episcopale Haitienne (CEH) reproduit ci-dessous dans son intégralité. Les Evêques se disent « outrés devant ce scandale«
Depuis la fin de l’année 2017, nous n’avons cessé d’élever la voix pour attirer l’attention des autorités constituées du pays sur la situation alarmante de la vie en Haïti. En juillet 2018, nous les avons pressées de prendre des mesures appropriées pour arrêter l’escalade de la violence et de la faim. Mais elles n’y ont pas prêté attention.
Nous déplorons et dénonçons avec vigueur l’indifférence et l’inertie déconcertantes et inacceptables des responsables publics devant le sort de ces trop nombreux Haïtiens qui vivent quotidiennement avec la faim au ventre et la peur aux tripes. C’est pourquoi ceux-ci périssent en mer en tentant de rejoindre les États-Unis d’Amérique, ou d’autres pays, sur des embarcations de fortune car le pays n’est plus pour eux un chemin d’espérance, mais un chemin de mort.
Est-ce que les responsables de l’État peuvent se contenter uniquement de gérer leur pouvoir sans jamais tenir compte des promesses qu’ils ont faites et sur la base desquelles ils ont été élus ? Peuvent-ils seulement se rappeler que ces pauvres qui fuient Haïti, ces affamés, ces naufragés, sont nos enfants, nos frères et sœurs, nos compatriotes ?
Tant et tant de fois, nous les avons exhortés à prendre des mesures concrètes pour soulager la misère du peuple, de changer leur train de vie ; mais jusqu’à présent, ils font comme par le passé. Ainsi la situation socio-économique continue terriblement de se dégrader et la détresse, indescriptible. Nous sommes légitimement outrés devant ce scandale.
« Haïtiennes ! Haïtiens ! Où êtes-vous ? Où sommes-nous ? » Réveillez-vous ! Réveillons-nous !
Nous ne pouvons pas laisser notre pays s’en aller ainsi vers l’abîme sans réagir. Haïtiennes, Haïtiens cela nous concerne toutes et tous ! Haïti, c’est notre affaire ! C’est notre responsabilité, c’est notre pays, c’est notre Alma Mater ! Ne devenons pas insensibles à son sort ! Ne la laissons pas s’effondrer ! Ne nous habituons pas à la misère qui nous déshumanise, nous aliène ! Faisons quelque chose pour sauver Haïti aujourd’hui ! Demain il sera trop tard peut-être.
Que Notre-Dame du Perpétuel Secours, Patronne et Protectrice d’Haïti,
vienne à notre aide dans nos détresses et dans nos efforts pour que les
choses changent !
Fait le 4 avril 2019

