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Mardi 9 mars 2021 ((rezonodwes.com))–

Monsieur le Vice-président de la Cour de Cassation Messieurs les Juges à la Cour de Cassation Monsieur le Commissaire du Gouvernement

Madame,  Messieurs les  Substituts  Commissaires du Gouvernement près la Cour de Cassation

Mesdames et Messieurs les Magistrats assis et debout

Mesdames    et    Messieurs    Membres    des    Associations    de Magistrat, de Greffier et d’Huissier

Mesdames les représentantes des associations des femmes

Mesdames et Messieurs les Avocats Mesdames et Messieurs les Greffiers Mesdames et Messieurs les Huissiers

Mesdames et Messieurs, fonctionnaires des Cours et Tribunaux de la République

Mesdames  et  Messieurs,  Membres  de  la  presse  parlée,  écrite, télévisée et en ligne

Mesdames et Messieurs,

Vous  ne  sauriez  imaginer  combien  je  suis  heureux  de pouvoir   réunir   ce   matin,   à   la   Cour   de   Cassation   de   la République, des femmes et des hommes de loi, des Magistrats, des Auxiliaires de Justice, des membres de la Société Civile et de la presse.   Je suis certain qu’à chaque fois que des gens de bien se réunissent, à l’occasion d’une activité quelconque, pour échanger leurs points de vue et resserrer leurs liens, en tant que filles et fils d’une même nation, cela ne fait que nourrir l’espoir en un lendemain meilleur.

Je  dis  bien  « Espoir  en  un  lendemain  meilleur ».   Car,  la jeunesse   Haïtienne,   pour   répéter   notre   Grand   Chanteur   et Compositeur  Hansy  Dérose,  a  besoin  d’espoir.   Nous  devons, chacun  dans  sa  sphère  d’activité,  accepter  de  faire  d’énormes sacrifices en vue de créer une lueur d’espoir pour la génération future  et  permettre  à  chaque  Haïtienne,  chaque  Haïtien,  peu importe là où il vit, en milieu urbain ou à la campagne, au pays ou à l’étranger, d’avoir un brin de fierté.

Il  n’est pas normal que  le  rêve  de  presque  chaque haïtien est de laisser le pays pour pouvoir améliorer leurs conditions de vie.  N’est-il pas honteux de transformer ce beau pays, nourri du sang de nos ancêtres, en une terre de misère où le droit à la vie, la  santé,  l’alimentation,  l’éducation,  le  logement,  le  travail,  la justice, l’information et le loisir n’est pas garanti.

Nous  devons  commencer  par  mettre  de  l’ordre  partout, dans les institutions tant publiques que privées ainsi que dans les familles.     C’est   dans   ce   contexte,   sachant   que   la   femme Haïtienne  est  synonyme  d’ordre,  de  dialogue,  de  respect  des principes et de gestion rigoureuse, que nous avons choisi cette journée, consacrée internationalement aux femmes, pour attirer l’attention  de  nos  concitoyennes  et  de  nos  concitoyens  sur l’urgence de faire triompher la loi dans le pays.

L’officialisation de  la  Journée  internationale des  droits de la femme en 1977 demeure l’une des plus grandes décisions de l’Organisation des Nations Unies.   Cette journée, célébrée dans de  nombreux  pays  à  travers  le  monde,  le  8  Mars,  offre  non seulement  l’occasion  d’évaluer  la  situation  des  femmes  mais,

surtout,  d’intensifier  le  développement  de  tout  un  ensemble d’outils  permettant  de  changer  considérablement  la  vie  des femmes.

Cette journée nous emmène à l’évidence que la vie est un combat de chaque jour qui vaut la peine d’être mené avec foi; ce, après s’être fixé des objectifs clairs.   Les  acquis en matière de  droits  des  femmes  ne  sont  pas  des  cadeaux.    Ils  résultent d’incessantes  luttes  qui  ont  été  livrées  sur  plusieurs  fronts, notamment  par  des  femmes  qui  ont  pris  conscience  de  leur égalité avec les hommes et qui ont refusé leur traitement de sexe faible.   Ce sont des conquêtes de l’humanité dans sa recherche de justice et d’un monde plus équilibré.

Cette  journée  internationale  de  femme  est  célébrée  cette année sous fond de la pandémie de Covid-19.  A un moment ou des millions de  personnes sont  atteintes de  Covid-19, les yeux ne peuvent que spécialement tourner vers les femmes qui, fortes de leur instinct maternel, peuvent engendrer de la joie dans les cœurs malgré les pleurs et faire scintiller des étoiles au milieu de couches  épaisses  de  nuage.   Aussi,  l’Organisation  des  Nations Unies a-t-elle choisi comme thème de célébration de la journée Internationale des femmes cette année : « Leadership féminin : Pour un futur égalitaire dans le monde de la Covid-19 »

Les   femmes   Haïtiennes,   pour   leur   part,   constituent   le

« Poto  Mitan »  de  notre  pays.    Cette  terre  a  connu  de  belles figures  féminines  et  je  peux  citer  à  titre  d’exemples :  La  reine Anacaona   au   cours   de   la   période   Colombienne,   le   rôle déterminant  de  la  Prêtresse  Cécile  Fatiman  à  la  cérémonie  du

Bois-Caïman,  les  Héroïnes  de  la  Guerre  de  l’indépendance comme  Sanite  Belair,  Catherine  Flon,  Dédée  Bazile,  Grann Guiton et l’Impératrice Marie Claire Heureuse.  Encore plus près de  nous,  on  ne  peut  qu’applaudir  les  initiatives  des  femmes haïtiennes   au   cours   de   l’Occupation   Américaine   à   travers plusieurs associations et regroupements féminins dont  la Ligue internationale des femmes pour la Paix et la liberté en 1926 et la Ligue féminine d’action sociale en 1934.

C’est  grâce  à  des  mouvements  éclairés  que  les  femmes Haïtiennes  ont  conquis  le  droit  de  vote  et  d’éligibilité  dans  la constitution  de  1950  et  le  décret  de  1982  qui  leur  a  enlevé l’épithète de  mineure juridique aux  femmes Haïtiennes en  leur permettant  d’effectuer  des  transactions  ou  ester  en  justice  sans l’autorisation de leur mari.

Les  femmes  Haïtiennes  ont  assuré  la  transmission  de  nos valeurs  de  génération  en  génération.  Merci  aux  femmes  du monde  entier  et  particulièrement  aux  femmes  Haïtiennes.    Je vous  vénère  toutes :  les  femmes  paysannes,  les  commerçantes, nos chères Madame Sara, les femmes au foyer, les femmes qui sont dans l’enseignement, celles qui travaillent dans le système sanitaire,  celles  qui  prêtent  leurs  services  tant  dans  la  fonction publique que dans le secteur privé, celles qui travaillent dans les Cours et Tribunaux du pays.

Je  dis  « Ayibobo »,  « Chapo  Ba »  à  toutes  les  femmes haïtiennes  qui  ne  cessent  de  lutter  pour  l’éducation  de  leurs enfants.  Je vois en elles ma mère qui avait mené un dur combat

pour  faire  de  moi  ce  que  je  suis  aujourd’hui.    Laissant  les héritages de ses parents, fuyant certains privilèges, avec un fer à repasser elle s’était sacrifiée pour moi.   Elle m’a appris le sens de  la  vie.   Elle a  été  ma  reine  et  j’ai  été  son  prince  charmant. Pour rien au monde, je ne salirai pas sa mémoire.   Mieux vaut mourir que d’être le marchepied de quiconque.  Je suis Juge, un pouvoir   que   Dieu   m’a   donné   et   que   j’exerce   comme   un sacerdoce pour aider, partager et éduquer.

J’applaudis    exceptionnellement    le    dynamisme    et    la détermination   des   femmes   qui   sont   dans   la   Magistrature haïtienne   assise   et   debout.     Chères   Magistrates,   vous   êtes l’avenir  du  système  judiciaire  Haïtien.     La  société  compte beaucoup sur vous.

En cette journée internationale des droits de la femme, j’ai une  pensée  spéciale pour  les femmes  justiciables  qui  attendent une décision de justice et, particulièrement, pour les femmes qui sont   en   détention   préventive   prolongée   dans   les   différents centres carcéraux du pays.

Comment  parler  des  acquis  en  matière  des  droits  de  la femme    sans    souligner    l’apport    indéfectible    de    plusieurs Associations féminines telles que FANM YO LA, MOUFFED, SOFA,   KAY   FANM   ect.   et,   dans   le   domaine   public,   le Ministère à la Condition Féminine et aux Droits de la Femme est un instrument déterminant pour faire avancer les revendications des femmes.

A la Cour de Cassation et au Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire, nous pouvons nous donner un satisfecit puisque nous dépassons de mille coudées la barre de Trente pour Cent (30%) des femmes à tous les niveaux de l’Administration.

La  lutte  doit  se  poursuivre  pour  que  les  femmes  puissent jouir de toutes les garanties consacrées par la Constitution de la République  et  les  instruments  internationaux  signés  et  ratifiés par Haïti.

Dans ces conditions, le système judiciaire a pour obligation de   se   structurer   en   vue   de   répondre   aux   demandes   des justiciables qui s’accroissent à un rythme géométrique.  Aussi la modernisation  du  système  judiciaire  Haïtien  ne  s’impose-t-elle pas comme une urgence de l’heure ?

Les Magistrats assis et debout ne cessent, de leur côté, de réclamer  de  meilleures  conditions  de  travail  et  une  enveloppe budgétaire  plus  importante  pour  la  justice.    Ils  ont  beaucoup insisté sur une augmentation considérable de leur salaire en vue de pouvoir vivre dignement de leur profession et ils n’ont jamais raté une occasion pour demander aussi la réparation de certains tribunaux et la construction d’autres.

Les  justiciables, pour  leur  part,  exigent  que  la  justice  soit efficace,  que  les  juges  et  représentants  du  Ministère  Public soient présents dans les Cours et Tribunaux pour faire le travail pour lequel ils sont payés.  Ils expriment leur ras-le-bol face à la lenteur  de  la  justice  et  à  la  corruption  qui  s’installe  presqu’en maitre dans le système.

Le   Conseil   Supérieur   du   Pouvoir   Judiciaire   que   j’ai l’honneur de présider est sensible aux cris des Magistrats et des justiciables.     Il   a   toujours   pris   bonne   note   de   toutes   les revendications relatives à la justice.

Conscient    que    les    Magistrats    méritent    un    meilleur traitement,  le  Conseil  Supérieur  du  Pouvoir  Judiciaire  travaille avec  acharnement  pour  améliorer  leurs  conditions  de  travail. C’est    exactement    dans    ce    cadre    que    s’inscrivent    ses interventions  lors  de  la  préparation  du  budget  national.    En termes  de   résultat,  on   peut   constater  une   augmentation  de l’enveloppe  allouée  à  la  justice  au  niveau  du  dernier  budget adopté par l’exécutif.   Mais, on continue à travailler en ce sens pour que les Magistrats obtiennent une augmentation de salaire considérable  et  de  distribuer  la  justice  dans  des  locaux  qui répondent à leur honorabilité.

Le CSPJ veut aussi œuvrer dans le sens de l’augmentation de l’offre de la justice qui est aujourd’hui assez limitée.   C’est dans cette optique qu’il met en place plusieurs chantiers:

1- Renforcer  la  capacité  de  la  direction  de  l’Inspection judiciaire  en  vue  de  rétablir  l’ordre  dans  les  Cours  et Tribunaux, veiller sur la ponctualité des juges, le respect des        tarifs   judiciaires   et   des   délais   pour   rendre   les décisions.

2- Evaluer   le   travail   des   Juges   en   vue   de   combattre l’improductivité,  l’inefficacité  et  l’inefficience  dans  le système.

3- Améliorer le processus de recrutement des Magistrats, la formation initiale et la formation continue des Magistrats

4- Informatiser la communication au sein de la Justice.-

5- Ouverture  d’autres  Tribunaux  et  annexes  de  Tribunaux de Paix.

6- Ouverture  des  bureaux  d’Inspection  Judiciaire  dans  les juridictions  des  Cours  d’Appel  de  Hinche,  du  Cap,  des Gonaïves et des Cayes

Le   CSPJ   ne   peut   pas   réussir   ces   chantiers   sans   la participation de tous les acteurs judiciaires.  On doit tous mettre les  mains  à  la  patte  pour  permettre  au  citoyen  Haïtien  d’être confiant dans la justice de son pays.   Je compte en ce sens sur chaque  Magistrat  assis  et  debout,  chaque  greffier  et  chaque Huissier.

Mesdames et Messieurs, permettez-moi de saluer à ce stade l’apport    des    associations    des    professionnels    du    droit, notamment:  l’Association  Nationale  des  Magistrats  Haïtiens (ANAMAH),   le   Réseau   National   des   Magistrats   Haïtiens (RENAMAH),   Association   Professionnelle   des   Magistrats (APM),   Chapitre   Haïtien   des   Femmes   Juges   (CHEFEJ), Association  des  Juges  Indépendants  et  Brigade  des  Huissiers Indépendants  (AJI-VIT  &  BHIEN),  le  Collectif  des  Magistrats Debout  d’Haïti  (COMADH),  Association  des  Juges  de  Paix Haïtiens  (AJUPHA),  Syndicat  des  Huissiers  de  Justice  de  la République d’Haïti (SHJRDH)

Ces associations peuvent grandement contribuer à changer la  justice  Haïtienne.   Si  elles  mettent  la  solidarité  qu’elles  ont toujours  fait  montre  au  profit  d’une  bonne  Administration  des Cours     et     Tribunaux,     c’est     certain     qu’on     résoudra irréversiblement  le  problème  récurrent  de  détention  préventive

prolongée,  retard  et  absence  non  motivée  dans  les  audiences, retard   parfois   excessif   pour   rendre   les   décisions   et   de   la corruption qui gangrène le système judiciaire.   J’encourage les acteurs judiciaires regroupés dans ces différentes associations de s’engager à fond dans la bataille consistant à redorer l’image de la justice.   Car, il est temps de combattre l’improductivité et la corruption  au  Niveau  de  la  justice.   Au  CSPJ,  on  se  donne  de jour en jour des moyens pour mener efficacement ce combat.  Et j’invite les Associations à nous rejoindre sur ce terrain.

Du  haut  de  mes  28  ans  de  carrière,  je  crois  qu’on  peut  y arriver.   Et  nous  avons  la  chance  que  le  personnel  judiciaire, dans  sa  grande  composition,  soit  très  jeune.   Je  crois  dans  la force  innovatrice  des  jeunes.     C’est  ainsi  que  depuis  mon accession à la Présidence de la Cour de Cassation et du CSPJ, je ne  cesse  pas  de  faire  la  promotion  de  la  jeunesse.   Ces  deux instituions sont complètement rajeunies aujourd’hui.

Mesdames   et   Messieurs,   le   Pouvoir   judiciaire   est   un pouvoir à part entière au même titre que le Pouvoir Législatif et le  Pouvoir  Exécutif.     L’article  60  de  la  constitution  de  la République  dispose  que  chaque  pouvoir  est  indépendant  des deux (2) autres dans ses attributions qu’il exerce séparément.  Et le constituant, voulant faire de l’indépendance l’épine dorsale du fonctionnement  des  pouvoirs,  a  ajouté  «   Qu’aucun  d’eux  ne peut  sous  aucun  motif,  déléguer  ses  attributions  en  tout  ou  en partie, ni sortir des limites qui lui sont fixées par la constitution et par la loi ».

En tant que magistrat, je peux l’affirmer, « Tout magistrat est jaloux de son indépendance ».   Je ne suis pas et je ne serai

jamais amarré sous la table de quiconque.  Je ne le ferai ni pour de l’argent ou le pouvoir.   D’ailleurs, les deux ne m’intéressent pas.   De plus, je ne saurais hypothéquer l’indépendance dont je jouis en tant que magistrat pour une quelconque faveur.  Quelle faveur peut-on accorder au Magistrat René Sylvestre? Pour moi, avec  mes  28  ans  de  carrière  et  arrivé  au  sommet  de  la  justice haïtienne, mon rêve s’est réalisé.   Je n’ai rien à vouloir d’autre, j’ai  la  possibilité  de  vivre  ma  vie  très  modestement.   Car,  ma mère m’a toujours appris, en tant que son unique enfant qu’elle a mis  au  monde  très  tard,  qu’il  faut  toujours  vivre  avec  ses moyens et ne jamais envier d’autres.   En tant que Juge, je n’ai que ma conscience et les textes de lois qui sont et seront toujours ma  boussole.    Je  n’ai  aucune  redevance  envers  les  humains puisque Dieu a déjà tracé ma destinée. En tant qu’Homme et Fils de  la  lumière,  je  suis  maitre  de  mon  destin.   J’appartiens  à  la lumière et on me suit. Dans le métier de magistrat, on n’arrivera jamais à plaire tout le monde.

Le C.S.P.J qui a la mission d’administrer et de contrôler le Pouvoir  Judiciaire  n’accepte  pas  et  n’acceptera  jamais  qu’un autre pouvoir empiète sur l’Indépendance du Pouvoir Judicaire; ce, sous aucune forme.  Le CSPJ, en tant qu’institution, croit que l’indépendance  du  Pouvoir  Judiciaire  est  une  exigence  d’une société  démocratique  moderne.     Ainsi,  nous  avons  toujours prôné  que  le  Magistrat  doit  s’acquitter  de  son  travail  sans pressions, menaces ou interférences de la part de quiconque.

Dans ma carrière de Magistrat, Dieu seul sait combien de fois   je   me   déportais   d’une   affaire  parce  que   des  hommes politiques m’avaient approché pour une décision en leur faveur.

A titre d’exemples :

Doyen du Tribunal de Première Instance de Saint Marc, j’ai failli perdre ma peau pour un jugement que j’avais rendu contre le Palais National.

Commissaire du Gouvernement de Saint-Marc, je claquais la  porte  au  Ministre  de  la  Justice  Me  Ernst  Mallebranche  qui m’avait  intimé  l’ordre  de  libérer  un  proche  d’un  Directeur Général  qui  était  prévenu  de  voies  de  fait  suivies  de  blessures sur une dame.

Informez-vous sur l’ordonnance que j’avais rendue en tant que  Doyen  du  Tribunal  de  Première  Instance  de  Saint-Marc quand  un  Juge  d’Instruction  de  mon  Tribunal  avait  convoqué Sony  BASTIEN  Journaliste  de  Radio  Kiskeya,  de  regrettée mémoire,  pour  révéler  sa  source  d’information.  Il  avait  pour avocat  Me  Samuel  Madistin.  Une  décision  courageuse  qui faisait tâche d’huile.

Cependant,   il   convient  de   souligner  que,   pour   le   bon fonctionnement    de    l’Etat,    les    pouvoirs    ne    sont    pas hermétiquement séparés.

Toutefois,  les  mécanismes  institutionnels  établis  par  la Constitution   ne   permettent   pas   à   un   pouvoir   de   prendre l’ascendant sur un autre.   Ainsi, le pouvoir judiciaire entretient des rapports avec les autres pouvoirs sur des bases bien définies

par la loi.   Les autres pouvoirs de l’Etat se doivent de respecter la Constitution et les lois de la République dans leurs rapports avec  le  pouvoir  Judiciaire.   Et,  nous  l’exigerons  toujours  tant que nous serons à la tête du CSPJ.

Dans le souci de garder intacte l’indépendance du Pouvoir Judiciaire, j’ai toujours profité de chaque occasion pour rappeler aux Magistrats de rester dans les limites de leurs attributions et de  s’abstenir  d’entretenir  des  relations  inappropriées  avec  les membres des autres pouvoirs  et avec  les parties au  procès.   Je leur  ai  toujours  rappelé  d’éviter  de  se  prononcer  publiquement sur les faits d’actualité et de rester hors du jeu politique pour ne pas affecter le caractère équitable de tout éventuel procès.

Chers  Collègues  Magistrats,  je  puise  les  conseils  que  je vous ai prodigués uniquement dans la loi.   Je n’ai rien inventé. Je vous exhorte à faire de votre mieux pour rétablir la confiance du public dans le système judiciaire et dans l’autorité morale et l’intégrité de l’appareil judiciaire.

Beaucoup   de   Magistrats   et   une   grande   partie   de   la population ont été consternés par l’arrestation du Juge à la Cour de Cassation, Magistrat Yvikel Dabrésil, dans la nuit du 6 au 7

Février  de  l’année  en  cours.    En  cette  occasion,  j’avais  été l’objet de beaucoup de critiques.   Je les ai lues sur les réseaux sociaux et je les ai entendues à travers certains médias.

Certains m’ont appelé pour dire «  Honorable Président, je pense beaucoup à vous, vous êtes un homme de bien ».  Pourtant quelques heures avant, cette même personne avait publiquement tenu  de  mauvais  propos  à  mon  endroit.  Je  vous  demande  de cesser vos hypocrisies.  Je déteste la flatterie, car, la bouche qui

crie Vive le Dimanche des rameaux, c’est la même qui crie Abas le Vendredi Saint.

A ceux qui m’avaient reproché de fuir la presse.   Je vous réponds  que  je  ne  saurais  avoir  peur  de  la  communication, puisque j’ai passé dix ans, de 1984 à 1994, comme animateur à radio St Marc, promoteur avec les productions Sympa de Léonor Exantus  ancien  correspondant  de  Radio  Métropole  et  j’étais aussi  correspondant  de  la  Radio  Christ  Roi  du  Diocèse  des Gonaïves  que  dirigeait  à  l’époque  Rev  Père  Joseph  Castelly. Donc, j’ai une grande sensibilité pour les journalistes et la presse en générale.

Mais, en tant que Juge, je suis tenu par le devoir de réserve. Ce  que  beaucoup de  journalistes qui  maitrisent leur profession ont  bien  compris.   Sur  ce  point,  deux  journalistes  du  CNN m’avaient contacté,  ayant été aux  Etats-Unis, pour  avoir mon opinion sur des sujets d’actualité en Haïti, je leur ai répondu en tant que juge j’ai une obligation de réserve et, à ce titre, je ne peux pas commenter dans les médias et ils m’ont compris.

Dites-moi  dans  quel  pays  du  monde,  avons-nous  vu  les juges  fréquenter  les  médias  pour  se  prononcer  sur  les  faits d’actualité?   Il  ne  faut  pas  que  la  politique  s’immisce  dans  la distribution  de  la  justice,  mais,  il  ne  faut  pas  non  plus  que  la justice s’occupe de la politique.

Aucun  Président,  aucun  Ministre,  aucun  politicien  ou aucune  personnalité  de  la  société  civile,  ne  peut  me  faire oublier  et  ne  pas  appliquer  les  notions  de  bienséance,  de neutralité,   de   dignité   que   m’imposent   les   fonctions   de Magistrat.

Les  juges  ont  pour  obligation  de  se  prononcer  sur  les dossiers concernant la justice à travers un jugement ou un arrêt et   non   dans   les   médias.     Il   faut   respecter   la   déontologie judiciaire.

Je dois faire comprendre aux gens que je suis le Président de la Cour de Cassation qui est la dernière instance décisionnelle en  matière  de  justice.    Il  n’y  a  qu’une  seule  façon  de  me prononcer, et ceci en collégialité avec les autres Magistrats, c’est à travers un Arrêt de la Cour préalablement saisie.

A  certains  politiciens  qui  ont  tenu  des  propos  voulant  me lier à la corruption, je leur dis qu’ils se trompent grandement de personne.   Je veux laisser un héritage de dignité à mes enfants. Et je ne veux pas perdre un jour la confiance que les justiciables ont toujours placée en moi.  Car, comme pour la virginité d’une fille, on la perd qu’une fois.  Contrairement à d’autres personnes qui s’enrichissent après deux ou trois ans en arrivant à un poste ; moi,  je  me  respecte.  Haïti  est  un  petit  pays,  tout  le  monde connaît tout le monde.

En toutes circonstances, je demande à Dieu de me donner la  sagesse  pour  bien  comprendre  certains  gens,  les  pardonner toujours et n’avoir aucune rancœur pour ceux qui me veulent du mal.   Je veux vous dire que je vous aime, vous qui voulez me détruire de toutes les façons.  Je prie pour votre changement tout en vous rappelant que l’argent et le pouvoir ne sont pas tout dans la vie.  Combien de fois, avez-vous vu une personne porter dans sa tombe ces deux choses? Nous n’avons que le souffle et nous ne pouvons rien faire après qu’il s’éteint.  Tout est vanité! Rien n’est  éternel.  Pourquoi  voulez-vous  me  détruire ?    Permettez-

moi de me référer aux écrits de Karim Cherat pour vous dire :

«   Celui  qui  détruit  la  vie  des  autres  par  des  mensonges, verra sa vie détruire lentement par la vérité ».

En  ce temps de  carême, je tends la main pour vous  offrir mon pardon et ma réconciliation de cœur.   Car pour reprendre Gandhi « Le jour où le pouvoir de l’amour dépassera l’amour du pouvoir, le monde connaitra la paix »

En ma qualité de Président de la Cour de Cassation et du Conseil  Supérieur  du  Pouvoir  Judiciaire,  j’avais  témoigné  ma solidarité  au  Juge  Yvikel  Dabrésil,  Mon  Collègue  Magistrat  et Frère, comme je l’ai toujours fait à chaque fois qu’un Magistrat se  trouve  en  difficulté.   J’avais  fait  ce  qu’il  fallait,  sans  avoir besoin  de  l’exposer  publiquement,  en  vue  de  faire  respecter l’intégrité  physique  et  la  dignité  du  Magistrat  ainsi  que  les privilèges que la constitution lui accorde en tant que Juge à la Cour de Cassation.  Sur ce, je vous réfère aux proches du Juge et aux Présidents  de l’ANAMAH et du RENAMAH pour avoir de plus amples informations concernant ma position.

Aujourd’hui, la justice est secouée par une grève illimitée. Les Magistrats regroupés au sein de l’ANAMAH, RENAMAH, L’APM et L’AJUPHA ont exigé les retraits des deux arrêtés pris par l’exécutif dans les dates des 8 et 11 Février 2021 ainsi que la réintégration du Greffier Christophe Espérance.   J’ai aussi pris bonne  note  de  leur  demande  adressée  aux  Président  et  Vice- Président de la Cour de Cassation consistant à ne pas recevoir la prestation de serment des Magistrats Octellus Dorvilien, Pierre Harry Alexis et Louiselmé Joseph.

Collègues  Magistrats,  toutes  les  décisions  prises  par  la Cour  de  Cassation  sont  basées  sur  la  loi.    Je  vous  donne  la garantie  formelle  que  les  Juges  à  la  Cour  de  Cassation  se réfèreront   toujours   à   la   loi   pour   analyser   toute   requête   et rejettera toute interférence généralement quelconque qui portera atteinte à leur indépendance.

Le Conseil Supérieur du pouvoir Judiciaire se sent concerné au plus  haut  niveau  par  les  grèves  à  répétition  qui  handicapent  le fonctionnement des Cours et Tribunaux.   En ce sens, il se donne le devoir de trouver la meilleure formule pour sauver l’année judiciaire et traiter le maximum de dossiers possibles.  Il fera en sorte que les discussions puissent aboutir à des décisions qui renforceront l’esprit de  corps  des  Magistrats  et  qui  prendront  en  compte  le  droit  à  la justice  des  citoyens  ainsi  que  les  sacrifices  des  contribuables  qui nous paient régulièrement chaque mois et mettent à notre disposition voitures et carburants à travers leurs taxes.

Mesdames et Messieurs, que Dieu dans son amour infini nous donne la force et l’intelligence nécessaires pour surmonter toutes les difficultés  de  la  vie ;  qu’il  nous  donne  sa  paix,  nous  protège  et couvre notre pays avec son manteau de grâce !

A toutes les femmes, je vous dis bonne fête. .

A  tous  les  hommes  qui  respectent  les  femmes,  je  vous  dis  bonne fête.

Femmes, vous êtes l’univers des hommes !

Merci.

Me René Sylvestre