Une décennie après le grand élan de solidarité manifesté envers Haïti pour se reconstruire, les résultats peinent à convaincre. Les familles des victimes, les déplacés des camps d’hébergement continuent de galérer dans la misère
Dimanche 12 janvier 2020 ((rezonodwes.com))– Le regard dominant le site, expose des abris de fortune pullulant au fond de la Vallée de Bourdon. La Cité 12, refuge des premières vagues de déplacés du séisme du 12 Janvier 2010, conserve l’essentiel de sa configuration initiale avec des exceptions relevant de sa population et de la dégradation des conditions d’hébergement des sinistrés. Des familles ont rejoint le site, d’autres l’ont également abandonné, rappelle l’un des membres du comité de gestion de l’espace.
‘’ Le dernier recensement de 2013 faisait état de 6 mills familles logées sur le site. Au fil des temps, les conditions d’hébergement se sont dégradées. Pas d’eau potable, pas d’électricité, pas de service d’assainissement. Les enfants défèquent à même le sol’’, se lamente Dorval Esmol.
Vieux
démons
Aucun chiffre n’est encore disponible à propos de l’intervention des Organisations non-gouvernementales post séisme en Haïti. S’agissant de la situation de la Cité 12, des agences internationales dont la Solidarité française, la Croix-Rouge américaine, l’organisation américaine GOAL, ont mobilisé des actions envers les déplacés du camp pour des résultats peu convaincants. Dorval Esmol évoque des programmes d’assainissement qui n’ont pas pu résister à la première haleine des vents.
‘’A la moindre averse, les tentes, les bâches en mauvais état exposent la vie des déplacés. Il s’ensuit également la situation des ravins menacés d’affaissement. La dernière fois, des sinistrés se sont vus défiler sur des lits évacués par les eaux. Ce qui prouve l’échec de certains projets engagés’’, restitue Dorval Esmol.
Les survivants de la catastrophe du 12 Janvier 2010, ceux-là qui ont vu leur maison céder après les secousses et des proches périr sous les décombres, cherchent encore un nouveau souffle pour reconstruire leur vie. À la Cité 12, l’illusion d’exister se dissipe sur le poids des défis. ‘’ Les actes d’insécurité sont monnaie courante. La semaine dernière, des hommes armés ont fait irruption dans ce hangar et ont tout emporté’’, se rappelle Manise Laurole.
Dix ans après la catastrophe, les déplacés vivent encore avec les vieux démons. Cette tendance prouve que la reconstruction d’Haïti est encore loin. Elle lève le voile sur la sincérité des responsables d’institutions internationales, des bailleurs étrangers et des dirigeants locaux qui s’étaient engagés au nom d’Haïti mais sans Haïti.
Hervé Noel
vevenoel@gmail.com