par Makendi Henry ALCE

Samedi 26 janvier 2019 ((rezonodwes.com))– Suivant le rapport du Ministère Des Travaux Publics, Transport et Communication (MTPTC, 2009), et celui de la politique nationale des déchets solides en Haïti, du Comité Interministériel pour l’Aménagement du Territoire (CIAT, 2016); au cours de ces 10 dernières années, Haïti produit plus de déchets que dans le passé.

Les zones les plus touchées par ce phénomène sont surtout celles les plus populeuses du pays, si l’on veut parler de l’Aire Métropolitaine de Port-au-Prince (AMPAP), qui présente un gisement de déchets solides de 2 450 tonnes par jour, et pour une valeur de 900 000 tonnes par an, ainsi que la deuxième ville du pays dont le gisement journalier est de 221 tonnes, ce qui fait au total 80 700 tonnes par an.

Dans le cas de Cap-Haïtien, l’on croit dire que les dépôts de déchets solides se font de plus en plus une place dans presque tous les recoins de la ville. On peut même relater que cet état de fait constitue le mal même de cette ville-région ces derniers jours.  

CITE DU CAP HAÏTIEN,
VRAIMENT TU ES REMPLIE DE CHARMES.
LES GENS DU NORD, ONT DANS LEURS YEUX
LE BLEU QUI MANQUE A LEUR DÉCOR.

L’on se rappelle de ces paroles combien présomptueuses, chantées par les Orchestres Septentrional et Tropicana d’Haïti. Bien que, si jadis ces textes forts ont exprimé l’orgueil de tout le peuple capois, de nos jours, l’on croit dire qu’ils ne se battent plus à sauvegarder de si grandes œuvres d’arts mises en exposition dans ces hymnes.

Pour celles et ceux qui ont visité le Cap dans les années 90, ils seraient surpris de voir que cette ville qu’ils connaissaient, cette boussole indiquant le Nord d’un Eldorado Caribéen, n’est plus. Ils seraient de préférence contraints de chercher un horizon qu’ils ne verront peut-être pas.

Selon quelques patriarches, les jeunes capois d’aujourd’hui n’ont pas manifesté un amour-propre pour la ville, au point de vouloir la protéger ainsi qu’à lui conserver encore quelques bonnes valeurs.

D’antan, témoignent-ils : on balayait chacun le devant de sa maison. Ce fut d’un énorme plaisir de se vêtir en mode citadin pour aller se promener tous les dimanches après-midi sur le boulevard, ou qu’on aille s’asseoir sur la place d’Armes, les parcs à Carénages, etc. C’est regrettable qu’un héritage de la sorte ait pu se transmettre à une génération qui n’a pas su le garder, confessent-ils.

Fort de tout cela, ces notables se demandent tous : Où sont les vrais capois ? Les gens du Nord, mais où sont-ils ? 

La majorité ou la plupart des jeunes de nos jours se réjouissent de se défaire leurs articles dans la rue. Assis dans une camionnette, ils lancent en plein jour et sans aucune gêne des objets sur la voie publique. Nonobstant, ils sont les premiers à attendre une ville telle que Tokyo, Paris ou Londres. C’est pour cela qu’ils ne connaîtront jamais le plaisir que ça fait de se laver les pieds dans les caniveaux après une belle partie de foot ou encore, la joie de ramasser et de manger un morceau de pain jeté par terre.

En ce qui concerne l’action de se lever à l’aube, pour aller faire du jogging qui se termine sur la station balnéaire de Rival, je n’en dirais pas un mot car, dans les années passées, le port d’un cache-nez ne s’avérait pas nécessaire. 

D’autres ont craché délibérément le morceau en évoquant l’incapacité de la mairie d’instaurer un service de voirie efficace au niveau de la ville. Toutefois, nos constats montrent que, les déchets s’impliquent dans le vécu quotidien du capois. On les voit dans les aires de loisir, et même dans les lieux considérés comme historiques et touristiques. Parfois, les lots d’ordures servent d’indicateurs d’adresse et très souvent sont à la base d’embouteillages.

Quant aux précipitations, il faut bien se méfier car en tombant, la pluie fait plus de mal que de bien. C’est la dame de poussière qui se substitue à la dame de boue. Cela cause non seulement de fréquentes inondations après la tombée de quelques gouttes, mais augmente également le niveau d’exposition aux maladies et aux épidémies liées à la pollution.

On a vu au marché cette vendeuse dont la farine et la poussière se mélangent, et la gargotière qui fuit le sillage de boue et s’accroche au dépôt d’immondices [Pagaille]. Dans les espaces publics, si leur composition et leur décomposition ne leur permettent pas d’être des objets décoratifs, les déchets représentent d’autre part, une tierce personne dont l’odeur est bien éloquente et qui fout sa gueule dans tout ce qu’on raconte. 

Au niveau de la ville, l’on croit dire qu’il existe malheureusement des points de stockage de déchets à ciel ouvert. Des endroits où il est quasi impossible de ne pas retrouver des amas de déchets qui exhalent une fermentation gardant tout le lieu en odeur et d’un lixiviat qui, d’une part, se dirige vers la percolation de la nappe phréatique et d’autre part, s’achemine le long de la chaussée.

Le camion du SMCRS ne part même pas déjà qu’un monticule d’immondices s’était déjà en train de s’ériger en hauteur. Face à ce tohu-bohu, des questions continues à se poser : Où sont passés les Maires du Cap ? Les Elus du Nord, mais où sont-ils ? Il y en a qui dénoncent une politique de déchets dont l’explication s’arrête dans le fait d’une utilisation des fatras en vue d’affaiblir les locataires de l’hôtel principal de la ville. Ce qu’en croient plusieurs, mais sans arriver à le démontrer. 

Ce problème de déchets est présent partout à travers la ville et entraîne parfois bien d’autres faits ; qu’il s’agit de l’encombrement des égouts ou des canaux d’évacuations d’eau, ainsi que le phénomène de la poldérisation rencontré dans certaines parties de la ville impliquant un très fort pourcentage de déchets solides.

C’est malheureux qu’encore au 21e siècle, le Cap paie le prix de la non-adoption d’un projet de planification urbaine incluant un plan de gestion de déchets communal. Le Cap paie le prix de l’absence des pratiques de l’aménagement du territoire et d’une vision protectrice de l’environnement. La ville souffre d’une implantation des décharges sauvages et des sites informels de décharges à proximité des cours d’eaux.

De plus, sa santé s’envenime par des pratiques de gestion et d’élimination des déchets comme, l’enfouissement des déchets spéciaux et le brûlage à l’air libre. Ce qui contribue à la prolifération des vecteurs (insectes et rongeurs) de maladies telles que : choléra, rougeole, etc.), et représente des risques de propagation des maladies et de nuisances olfactives causées par l’incinération et les odeurs des décharges. On a comme l’impression que cette maladie est devenue incurable et que la ville semble être mourante. Cependant, il parait qu’elle peut encore reprendre sa santé première.

Somme toute, le Cap aura une chance de s’en sortir, lorsque la population se dote d’un sentiment d’Okap se kinan’m et du devoir de veiller à sa protection.

C’est aussi et surtout, lorsque les dirigeants mettent le cap sur un site de décharge et sur un centre d’enfouissement technique (CET) permettant d’apporter une solution durable à ce problème. Cette maladie pourra un jour être guérie, lorsque les autorités soient convaincues de l’importance et la pertinence d’un plan de communication et d’éducation efficace autour de la mise en œuvre d’un plan communal stratégique de gestion de déchets, comprenant : la valorisation des déchets solides non dangereux, l’élimination des déchets dangereux et la réduction des déchets inertes.  

Mais toutefois, Si rien n’est fait, l’on finira par chercher le site de Vertières et celui de la Cathédrale, malgré leur hauteur, on ne les verra point, parce qu’ils seront enfuis sous des tonnes d’immondices. Et une fois de plus, l’on donnera raison à Christophe le Roi, de faire placer la Citadelle sur les hauteurs des 800 mètres, car, c’est la seule façon de s’échapper à cette vague destructrice.

En effet, une bonne politique de gestion des déchets permettrait à cette ville de secourir et de sauvegarder son environnement ainsi que de bien remplir sa fonction tant historique que touristique. Sinon, l’on aura le regret de constater que le Cap sera désormais, rien qu’une bande de déchets qui s’avance dans la mer.

Makendi Henry ALCE,
Géographe-aménageur 
(Les écrits AMH)
alcehenry8@gmail.com