Mardi 17 novembre 2020 ((rezonodwes.com))– Ils sont des milliers d’Haïtiens et Haïtiennes habitants divers coins de la planète. Évoluant dans de domaines variés. Par ailleurs, si nombreux d’entre eux sont pourchassés dans certains pays, d’autres peuvent s’enorgueillir de jouir d’une grande respectabilité ou renommée dans leurs pays d’accueil.

À travers ce papier, nous avons le plaisir de présenter le parcours fascinant de Abdaham Victoire MONCOEUR, un Haïtien. Natif du Limbé dans le Nord historique d’Haïti, il fait actuellement des études en Colombie. Mais, c’est un homme qui porte mille et un rêves. Abdaham Victoire MONCOEUR a accepté de répondre à nos questions.

  1. Comment Abdaham Victoire MONCOEUR se présente?

Je suis un fils authentique de la commune de Limbé où j’ai réalisé toutes mes études primaires et une partie de mes études secondaires. J’ai dû me rendre à Port-au-Prince pour continuer avec ma classe de Rhéto, et au Cap-Haitien, pour la Philo.

Je suis l’ainé d’une famille de deux enfants. Je me considère comme un jeune homme sage et compréhensif. J’ai un tempérament vraiment doux et un peu taciturne. Je préfère consacrer mon temps à observer les choses. J’adore les chiffres, surtout les Mathématiques. Je suis un passionné de la technologie. Mon contentement n’a plus de limites quand je réalise des activités en lien avec la programmation.

  • De Haïti à Colombie, qu’est-ce qui a été à la base de cette décision?

C’est le fruit du hasard. Après mon Bac.II, j’avais commencé mes études en Informatique, à Universidad Tecnólogica de Santiago (UTESA), en République Dominicaine. Peu de temps après, je suis tombé malade. Vite, je suis retourné en Haïti à la demande de ma famille, en 2012. Ainsi, mon oncle, Dr. Jerry MONCOEUR, m’a conseillé de participer à un concours pour des bourses d’études en Colombie. En 2013, j’étais déjà à Bogotá (capitale de Colombie) afin d’entreprendre des études en Génie Mécatronique.

  • Quelles sont les études que vous avez déjà entreprises jusque-là?

J’ai réalisé des études en Électronique et Automatisation Industrielle. J’ai suivi des cours divers avec le SENA (Servicio Nacional de Aprendizaje) en Colombie, sans compter les séminaires. Je suis sur le point d’obtenir le titre d’Ingénieur en Mécatronique. Je suis Technicien en Informatique et programmeur.

  • Nous avons appris que Abdaham Victoire MONCOEUR est le premier Haïtien ayant fréquenté l’Université Escuela Tecnológica Instituto Técnico Central (ETITC). Qu’est-ce qu’il y a derrière cette histoire ?

Tout à fait ! À ce titre, je me suis donné pour mission de laisser des traces positives par mon comportement et mes rendements. Et ceci, dans l’optique que d’autres Haïtiens qui devraient arriver – parviennent à jouir de ce que j’ai pu bénéficier ou en d’autres mots, c’était une façon de laisser la porte ouverte pour de futurs compatriotes.

Pour l’histoire, je me suis présenté aux élections comme Représentant des étudiants en Mécatronique. Elles se sont terminées en ma faveur et pour une durée de deux ans (2015-2017). Entre 2016-2018, président de la branche étudiante IEEE à l’université. L’année 2017 fut inoubliable puisqu’on m’a confié la responsabilité de représenter l’université à Chicago, aux États-Unis. Du 10 au 16 octobre 2017, me voici au Pérou avec deux autres étudiants. Cette même année, j’ai remporté un concours national en Colombie basé sur la Robotique: première place en ‘INFOMATRIX Colombia’ dans la catégorie de « Robots Footballeurs » et deuxième place dans la catégorie de ‘Microsumo’. Un succès qui m’a accrédité pour aller en Équateur et en Chine à des représentations du même genre. Des voyages que je n’ai pas réalisés suite aux difficultés administratives liées à l’université.

Je dois dire que, comme boursier, j’ai consenti bon nombre de sacrifices pour obtenir de bonnes notes dans l’intention de projeter une bonne image d’Haïti. J’ai toujours obtenu une moyenne supérieure à 3,5 sur 5 requise pour conserver la bourse d’étude.  Le sacrifice était grand. Surtout, à un moment donné, j’avais eu un boulot, et je devais quitter ma maison chaque matin à 5h pour y revenir à 10h du soir. Ma priorité était d’avoir  de bons résultats.

  • Et vous êtes également entrepreneur. Comment faites-vous pour embrasser toutes ces activités ?

Depuis 2 ans, j’ai pris l’initiative de créer ma propre entreprise légalement constituée selon les lois colombiennes en vigueur: «Alpha Omega Solución SAS». Dans ma petite chambre, j’offrais des services en web-design, création de sites d’internet, web-systèmes, etc.Un an après, j’ai décidé de passer l’entreprise à son propre local, dans le but de donner une meilleure visibilité à «Alpha Omega Solución SAS». Ça allait comme sur des roulettes. Cependant, comme toute entreprise, elle s’est vu affectée par la pandémie COVID-19.

‘AO Solución’ aspire à de plus grandes choses. Je m’y mets complètement. Nous sommes en train de finaliser une plateforme virtuelle appelée SOLDEMY. Avec celle-là, des professeurs du monde entier pourront partager leurs connaissances moyennant une certaine rétribution économique. Nous offrirons des cours divers et dans différentes langues car nos services s’étendront dans le monde entier.

Comme entrepreneur, je suis en train de travailler sur un projet de concours de robotique en Haïti (peut-être en juillet 2021). C’est l’un des mégaprojets que nous avons pour le pays en ce moment. Nous attendons des mains fortes pour la réalisation dudit projet dans le but d’apporter du nouveau au pays. Par exemple: concours Robot, Robot-football, etc. Voyons, juillet prochain…!

  • Comment Abdaham Victoire MONCOEUR se voit en Haïti comme professeur d’université et ou entrepreneur?

Je me vois plutôt comme ENTREPRENEUR. Cela ne veut pas dire que j’écarte l’idée d’être professeur. Je peux être un entrepreneur-professeur. L’un n’exclut pas l’autre. Je veux simplement apporter quelque chose de grand, de plus grand au pays. Je pourrais avoir une institution d’enseignement, une université qui vaudrait le coup, une institution digne de son nom, digne de ce qu’elle offre comme recherche, digne de la technologie contemporaine.

Mon engagement est inconditionnel. Je veux aider avec les infrastructures, les constructions au niveau des établissements, etc. Et s’il faut que ces aides se convertissent en enseignement, je serai ce professeur officiel ou pas. On a toujours quelque chose à enseigner. On est tous des constants apprenants et des sempiternels professeurs. Surtout dans mon cas, un professionnel- embaucheur de professeurs est un professeur par nature.

Je suis un citoyen haïtien, un passionné du pays. Mon intention est de l’aider à grandir. Cela dit, je n’hésite jamais à apporter mon support aux activités pour lesquelles je suis appelé et certaines d’autres pour lesquelles j’en propose. Actuellement, je m’investis activement dans plusieurs activités dans le pays.

Par exemple, je supporte un club du nom de « CLUB DE SCIENCE ET DE TECHNOLOGIE ». C’est mon domaine, la technologie. J’adore leur travail. On se réunit chaque samedi. Je les accompagne avec des formations en robotisation. C’est un apport volontaire dérivant de mon amour pour mon pays et de mon désir de le voir avancer. J’ai commencé ainsi en attendant que je mette sur pied de nouvelles initiatives que des enfants, jeunes, adultes et vieux pourront jouir.

J’envisage enfin d’établir un bon nombre d’écoles techniques où des enfants dès l’âge de 7 ans peuvent venir apprendre (sur) l’électricité, la mécanique, l’informatique, le dépannage, la programmation, l’électronique. Il est temps que les adolescents commencent à développer des compétences basiques, communes et courantes avant de terminer leurs études classiques. Mieux vaut tard que jamais, oui!

Merci.

Propos recueillis par Iléus PAPILLON