ANALYSE DU PLAN DE PRÉPARATION ET DE RÉPONSE AU COVID-19 DU GOUVERNEMENT HAÏTIEN : Est-ce un plan de préparation et de réponse à la hauteur du risque?

Lundi 13 avril 2020 ((rezonodwes.com))–À la suite du lancement de la campagne nationale de nettoyage le jeudi 2 avril 2020 dans les locaux du ministère de la Communication, l’actuel Ministre des Travaux publics, Transport et Communication, Joacéus Nader, tablait d’ici 15 mai, 1000 à 1500 morts par jour seront recensés dans le pays. La stratégie adoptée, associée au mode actuel de gestion de cette crise par les autorités gouvernementales, dénote très clairement la poursuite volontaire et délibérée d’une contamination massive, par ricochet, un fort taux de décès interviendra.

L’analyse minutieuse de la FUSION du plan de préparation et de réponse préparé par le
gouvernement Moïse-Jouthe et publié en mars 2020, c’est-à-dire plus de quatre (4) mois depuis ladécouverte de la maladie à Wuhan en Chine, résume nos observations en ces points ci-après :

a) Des objectifs généraux dépassés…

Des objectifs généraux en déphasage complet par rapport à la réalité locale du virus. À la
publication du plan de préparation du Ministère en mars 2020, des cas de contamination ont été déjà recensés alors que le tout premier des objectifs généraux de celui-ci est de « prévenir
l’introduction sur le territoire national du COVID-19 ». Cet enlisement des autorités dans
l’énumération inutile d’objectifs généraux démontre l’amateurisme de l’équipe qui n’a pas fait
preuve d’ouverture d’esprit face à ce danger imminent auquel la population haïtienne est exposée.

Une stratégie qui devrait essentiellement axée d’une part, sur la réduction de la vitesse de
propagation susceptible d’agir sur la charge de morbidité et de létalité du virus et d’autre part,
réduire la demande de soins au niveau des établissements sanitaires locaux déjà fragiles et limités pour la majorité de la population défavorisée est plutôt orientée vers des mesures imprécises et vagues.

b) Des résultats attendus hypothéqués….

Des résultats attendus en matière de communication définis dans le plan de préparation et de
réponse déjà compromis et déviés par les autorités politiques elles-mêmes. Les principes majeurs et critiques pour une communication de crise sanitaire (gestion de rumeurs, transparence de la communication et continuité de la communication) définis par le Ministère ne permettent jusqu’à présent de déceler une mise en œuvre pratique de cette communication efficace nécessaire au rétablissement de la confiance du public vis-à-vis des autorités.

La planification bien qu’elle soit approximative en matière de communication toutefois son
implémentation par l’Unité de Communication et des Relations Publiques (UCRP) est totalement
déviée par des propagandes gouvernementales en lieu et place à des renseignements et conseils de prévention au profit d’une population désespérée en quête d’un mieux-être.

Une communication officielle qui requiert l’arrêt des activités non essentielles susceptibles de
respecter les consignes de distanciation sociale et du même coup encourage dans la pratique le
regroupement d’individus pour leur enregistrement civil dans les bureaux de l’ONI ainsi qu’une
distribution de rations alimentaires désordonnée provocant des rassemblements massifs. Ces
éléments sont couplés à des messages offensants émanant des autorités politiques qui invitent la population à rejeter même l’existence de la maladie et provoquant la culture du refus chez cette dernière.

En raison de la mauvaise communication et l’absence de transparence de gestion de cette crise par le autorités politiques, des professionnels de soins qui devraient être bien informés et sensibilisés désertent tout bonnement les centres hospitaliers de peur d’être contaminés.

c) Une stratégie de prise en charge clinique jugée déjà obsolète ….

Un système d’alerte et de réponse basé sur le contrôle systématique des points d’entrée officiels et de la mise en place de structures de prise en charge dysfonctionnel.
Hormis la fermeture des vols commerciaux au niveau des aéroports, aucune mesure concrète n’est pourtant constatée dans les points d’entrée officiels de nos frontières terrestres pour l’investigation des cas suspects en témoignent les déportations massives de nos compatriotes le long de la frontière de la République Dominicaine.

Du même coup, plusieurs régions du pays tardent encore à disposer de structures officielles
connues de prise en charge des cas alors qu’on est bien dans la période épidémique telle qu’elle a été signalée dans le plan.

Aucun respect des protocoles pour la prise en charge des décès qui représentent une source
additionnelle de contamination de la population en témoigne celui enregistré dans la ville de Fortliberté au niveau du département du Nord-Est.

d) Un budget mécanique et non intelligent ….

Le budget préparé par les autorités gouvernementales ressemble bien à un exercice élémentaire de pose de chiffres en ignorant totalement certaines réalités cruciales. Comment juger de la crédibilité d’un budget de plan de réponse dont ses premières lignes consacrent plus de 120 millions de gourdes à l’acquisition de téléviseurs, de réfrigérateurs, de jeu de couverts, …? Un simple exercice de “copier/coller” de chiffres pour obtenir une quantité magique d’équipements et matériels sanitaires allant de 150 pour les départements du Nord, Artibonite et Ouest à 350 pour tous les autres départements géographiques sans une estimation réelle et cohérente des besoins garantissant une gestion efficace de la crise pour la mise en quarantaine et l’isolement institutionnels.

Plus de 65% (EPSSS II Haiti, 2017/18) des établissements de prestations de soins santé appartiennent au secteur privé (avec ou sans but lucratif) alors qu’aucune rubrique du budget ne les mentionne pas explicitement. Le poste le plus budgétivore consacré à l’isolement institutionnel (2,5 milliards de gourdes, soit environ 70% de l’enveloppe globale) couvre essentiellement l’acquisition des Équipements de Protection Individuelle/EPI (bottes, gant, mask N95, lunettes, salopette) au profit du personnel médical. Du même coup, les autorités invitent la population au port du masque sans aucune prévision d’acquisition au dit budget.

Comment ce budget sera financé ? Absolument, pas uniquement avec le Trésor public, cela
implique la participation des acteurs bilatéraux et multilatéraux aussi bien non étatiques locaux.

Inspire-t-il confiance cette opération de dépôt de chiffres dans un chiffrier sans presqu’aucune
cohérence même avec les objectifs arrêtés par ce dit plan ?

Et le premier signal envoyé par les autorités haïtiennes dans la gestion des ressources qui seront dédiées à cette crise sanitaire du COVID-19 sans précédent avec la commande des équipements et matériels médicaux découragent ou redirigent carrément l’assistance de certains acteurs vers des organismes non étatiques (secteur ONG) dont le degré de confiance semble dépasser largement celui des instances publiques.

Le peuple haïtien veut un plan de préparation et de réponse du COVID-19 qui attend….

…d’être précis en termes d’objectif stratégique visant à réduire le plus que possible le nombre de cas de contamination, par ricochet, le nombre de décès important.
…des mesures de communication et d’information efficaces pour atteindre des résultats susceptibles de redonner confiance à la population et le respect des consignes officiels.
….l’adoption d’une stratégie de prise en charge réaliste et intégré avec les principaux partenaires prestataires de soins.
….un budget sincère basé sur des besoins réels supplémentaires pour faire face à la crise.

Sans un changement majeur de cap des autorités haïtiennes dans la manière de gérer cette crise, nous comprendrons très clairement qu’il s’agira d’un choix de politique sciemment réfléchi pour décimer la population, ce qui explique déjà l’anticipation des décès massifs au profit de retombées particulières.

Réveillons-nous et agissons-nous ensemble, peuple haïtien, face au COVID-19 !!!!
Ayiti pa ka peri.

Port-au-Prince, le 13 avril 2020

Rosemond Pradel
Secrétaire général
Parti Fusion des Sociaux-démocrates Haïtiens