Par
Bellita Bayard

Août
2019

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reproduction réservés

Table des
matières

Introduction. 4

I.- Historicité du
problème. 5

1.1- Un survol historique. 5

2.1.- Le contexte. 7

2.1.1.- Le Contexte
historico-social de la crise haïtienne. 7

2.1.2.- Le contexte
institutionnel 8

3.1.-Le sens des services
et du  bien commun en Haïti 8

3.1.1.- Les services et
principes. 8

4.1.- Le sens du bien
commun dans les services : considération générale. 11

4.1.1.- Le bien commun
dans sa globalité. 11

4.1.2..- Le  bien commun dans sa singularité. 11

5.- La pertinence. 12

6.- Objectifs. 12

7.- Les idées de Claude
Ryan sur l’autorité politique et le service du bien commun. 12

7.1.- Aspect Néolibéral de
l’État dans  les idées de Ryan. 13

7.2.- Aspect général de
l’État et des politiques publiques. 14

7.3.- Aspect de  la moralité 
publique des autorités étatiques. 15

8.-Les observations
scientifiques du problème. 15

9.- Les enseignements sur
les phénomènes psycho-sociaux. 16

9.1.- Carl Marx et les
Phénomènes sociaux. 16

9.2.- Sigmund Freud et la
psychopathologie de l’homme en société. 17

9.3.- Les aspects
sociologiques de la situation. 17

10.- Conception de la
crise. 19

10.1.- La crise haïtienne
est-elle civique?. 20

10.2.- La crise haïtienne
est-elle citoyenne?. 21

10.3.- La crise haïtienne
est-elle institutionnelle?. 23

11.- Pour le pays et pour
nos pères formons des fils. 24

11.1.- La famille. 24

11.2.- L’école, lieu de
socialisation primaire et secondaire. 26

12.- L’Université, lieu de
réflexion et de résolution des problèmes socio-économiques et politiques  28

12.1.- L’autonomie
universitaire en Haïti 30

12.2.- L’UEH, la politique
et la démocratie. 30

13.- Institutions
religieuses et la crise politique en Haïti 32

13.1.- Le Protestantisme. 32

13.2.- Le catholicisme. 32

13.3.- Le Vodou. 33

14.- Pour
 le
 Pays,
 pour 
les 
Ancêtres
 Marchons
 unis,
 marchons 
unis
… 35

14.1.- L’État, les trois
pouvoirs (l’autorité) et la politique. 35

14.1.1.- Le pouvoir
Exécutif 37

14.1.2.- Le pouvoir
législatif 37

14.1.3.- Le pouvoir
judiciaire. 37

15.- Pour
les
Aïeux,
pour
la
Patrie…dans nos rangs points de traîtres. 38

15.1.- La crise haïtienne
est-elle systémique?. 39

15.2.- Le système
démocratique  haïtien et le
développement 40

16.- Pouvons-nous nous
inquiéter de l’avenir de la politique en Haïti?. 42

16.1.- La crise haïtienne
est  disciplinaire. 42

16.2.- La crise haïtienne
est éthique. 43

16.3.- La crise haïtienne
est une crise d’autorité. 44

16.4.- Une crise de
confiance. 45

16.5.- La crise haïtienne
est démocratique. 46

17.- Conclusion. 47

Références
Bibliographiques. 48

 

 

Introduction

A chaque époque de
la vie de l’homme, il y a toujours des difficultés et des crises
socio-économiques et politiques. De ces obstacles, émerge un (e) « sauveur (se)
», un (e) «liberateur/trice » pour l’aider à les  juguler, soit en se convertissant en héro,
héroïne,  penseur, (e)  soit en inventant de stratégies tranquilles
ou belliqueuses, soit en developpant des théories afin de stimuler les actions
de l’homme.

Depuis les années
80, Haïti, notre cher pays est en agoni socio-politique. Elle cherche comme
Diogène avec sa lampe[1]
magique des hommes et des femmes qui puissent se convertir en héros ou
penseurs  pouvant l’aider  dans cet état de ralentissement,
d’affaiblissement des fonctions vitales qui caractérise la vie nationale. Des
«secouristes »  pouvant freiner ce
déclin,  cette disparition progressive du
pays. Jusqu’à quand espèrerons-nous ce coup de grâce?

Les inégalités,
fondées sur le droit, le partage, la solidarité, l’éducation, le respect de
l’environnement et le culte du bien commun, enfoncent le pays dans une  crise sans précédent. Les volontés politiques
tardent encore à surgir en vue d’une prise de conscience générale afin de faire
face positivement aux problèmes qui rongent la population. Faute de confiance,
les responsables des institutions étatiques perdent leur légitimité. Donc, pas
de chance d’initier un dialogue entre les protagonistes troublant ainsi l’ordre
social et la paix publique. L’insécurité est généralisée, personne n’est à
l’abri. Cette situation fait chuter la production nationale et augmenter
l’importation causant ainsi une inflation (IHSI, juillet 2019) très élevée de
plus de 19% et la fluctuation du dollar américain qui atteint déjà la barre
d’environ 95 Gourdes pour un dollar. Le peuple haïtien est livré à lui-même dans
une lutte sans merci contre la  pauvreté
infrahumaine. C’est une véritable crise sans une lueur d’espoir pour la
société.  Où sont les responsables de ce
pays? Où est la majorité silencieuse des intellectuels? Où est passé le sens du
civisme et de citoyenneté dans ce pays? Est-ce le déterminisme historique
d’Haïti qui est en train de se reproduire? À savoir : les mêmes causes
produisent-ils toujours les mêmes effets dans les mêmes circonstances? »

A travers la
première section de cet article, nous nous proposons de poser le problème en
faisant un survol historico-institutionnel de la crise haïtienne depuis
l’indépendance à nos jours. Nous avons posé le problème en termes de la gestion
des biens communs chez les haïtiens. Pour ce faire, nous avons rendu présent à
l’esprit de nos lecteurs les problèmes de continuité politique, d’adaptation
des services publics offerts dans le pays dans le sens du bien commun, la
neutralité dans les services, la transparence, la confiance et la fiabilité
dans la gestion de la chose publique etc. Dans la deuxième section, nous avons
fait appel aux idées de Claude Ryan sur l’autorité politique au service du bien
commun en tenant compte de l’approche néo-libérale selon les idées de
l’auteur.  La troisième section est
réservée à l’aspect général de l’État  et
les politiques publiques en Haïti, en questionnant la moralité publique des
autorités étatiques. Notre vision de cette recherche se repose sur les
principes historico-systémique. Nous faisons appel aux théories de Marx sur les
rapports sociaux de production et celle de Sigmund Freud sur la théorie
psychopathologique de l’homme en société. Dans la quatrième section, nous avons
questionné la crise sur le plan institutionnel, civique, économique et
citoyenne. Nos regards tournent aussi vers les sociologues afin de pouvoir
expliquer sur le plan global les phénomènes sociaux et certaines institutions
telle que : la famille, l’école, l’université, l’État et les trois pouvoirs
etc. Nous parlons du système démocratique haïtien et le développement
économique. Dans la cinquième section, nous avons fait certaines  allégations scientifiques sur la crise afin
de donner aux lecteurs une certaine compréhension de la situation. Enfin, nous
faisons  des ouvertures sur les solutions
en vue de l’éradication de cette crise.

I.- Historicité du problème

1.1- Un survol historique

Les historiens
diraient depuis après l’indépendance d’Haïti, le pays est plongé dans une crise
sans précédent : les grognes contre le titre de Jean-Jacques Dessalines quelques
mois plus tard, le 22 septembre 1804, il se désigne empereur sous le nom de
Jacques 1er. Il projeta de nationaliser les terres et de les répartir entre
tous les citoyens. Ce qui causa sa mort le 17 octobre 1806. On assista
également  jusqu’ à nos jours à la
rivalité  entre la minorité mulâtre et la
majorité noire. Après la mort de Dessalines, Henri Christophe le remplaça au
pouvoir et scinda le pays en deux. D’où la scission entre le Nord et le reste
du pays. Christophe était devenu  roi Henri 1er en 1811, quelques années plus
tard, il se suicida  en 1820.  Sur le plan international, ils avaient  mis le pays en quarantaine pour avoir osé
cette prouesse, en lui infligeant des sanctions de non reconnaissance de son
indépendance gagnée au prix de leur sang. D’autres (La France) demandèrent des
indemnités pour cette reconnaissance. Jean-Pierre Boyer, un mulâtre de l’époque
qui succéda à un de ces pairs,  Pétion,  le 11 juillet 1825, sous la menace du retour
des français avec  14 vaisseaux et 500
canons, signa  un traité avec le roi de
France Charles X en vue de la reconnaissance de l’indépendance d’Haïti en
échange d’une indemnité de 150 millions de francs-or[2].  Les haïtiens acquittèrent entièrement  cette « dette » jusqu’en 1888. Ce bref  survol historique nous fait comprendre que la
gouvernance économique, sociale, diplomatique et politique d’Haïti était mal
partie, car les héros  avaient généré une
indépendance physique des noirs, mais n’arrivaient pas à effectuer l’indépendance
sociale, économique, intellectuelle et psychique des esclaves.

Dans toute la vie
historico-politique de la société 
haïtienne, le pays n’a jamais connu des périodes de stabilité
constantes. Les mouvements politiques se font toujours sur des fonds de
contestation  à tort ou à raison. Il y a
toujours une communauté internationale, c’est-à-dire les pays dits
industrialisés représentés de nos jours par le «Core Group » qui s’ingérèrent
dans les affaires du pays, en mettant la pression en vue de garder le contrôle
politique et économique du pays.

Pour en faire une
histoire courte sur les crises haïtiennes, laissons de côté 132 ans de vie
historique, depuis la fin du règne de Jean-Pierre Boyer, en vue d’un survol sur
la gouvernance de 29 ans des Duvalier[3]
(Père et fils). A partir de 1957-59, un système dictatorial s’installât dans le
pays. Toutes les libertés ont été restreintes… pour continuer sa course en 1971
jusqu’au 7 février 1986, le jour de la défaite du président Jean-Claude Duvalier[4]
au pouvoir. Pendant cette période, il y avait une domination Duvaliérienne
supportée par les membres de sa milice : les tontons macoutes ou les
volontaires de la sécurité nationale. La liberté d’expression n’était pas au
rendez-vous. Elle faisait place  à la
répression pour tout «impair » commis contre 
le gouvernement de l’époque. Il y avait une paix apparente parce que
tout le monde se gardait de faire de quelconques commentaires socio-politiques
sous peine de ne pas se faire arrêter et d’être taxé de «kamoken ». Enfin,
durant toute cette période la peur fut au rendez-vous au sein des familles,
partis politiques, l’église et de la société en général.

Le 7 février 1986,
une lueur d’espoir planait sur Haïti : c’est la fin de la dictature. Tout le
monde croyait dans un véritable changement dans le pays. Du Conseil National de
Gouvernement (CNG) dirigé par Henri Namphy en passant par les gouvernements provisoires
et des coups d’état répétés de l’époque jusqu’en 1991. Après le départ forcé du
Président Jean Bertrand Aristide, tous les espoirs du peuple haïtien
s’effondrèrent. Les projets du redressement des systèmes politiques,
économiques, sociaux, éducatifs etc. échappèrent à tous les leaders politiques
de l’époque pour faire place à la corruption et la malversation. De là, il y
avait une polarisation des forces antagoniques au détriment des besoins du pays
et de la population. Les conflits socio-politiques, les forces en présence et
l’effervescence de la  population
aggravaient la crise et mettant ainsi en cause le système[5].  De 2004 à nos jours, elles  continuent à se battre pour des intérêts
personnels, aux dépens des intérêts supérieurs de la nation. Des experts en
politique questionnent l’incapacité du système à répondre aux exigences
minimales de la population. Les revendications salariales, de droit à la sante,
l’éducation, la  nourriture le logement
etc. pleuvent. Les recettes de l’État sont à leur plus bas niveau, il n’y pas
de production nationale, l’importation n’est pas contrôlée,  le taux de chômage augmente, l’inflation
fluctuait entre les années et atteint les deux chiffres, soit 17% en 2019.
L’immigration des jeunes vers les pays de l’Amérique du sud (chili, Brésil
etc.) selon un article du Nouvelliste écrit 
en 2018 par M. Patrick Saint-Pre, à partir des  statistiques de  la police d’investigation chilienne PDI
–Policía de Investigaciones[6],
il y avait  104 782 Haïtiens  au Chili en 2017, soit 114% de plus qu’en
2016 qui accusait un total de  48 783
Haïtiens au  Chili. Ce pays représente le
nouvel eldorado des jeunes haïtiens qui sont sans espoir d’un lendemain
meilleur dans leur pays.

2.1.- Le contexte

2.1.1.- Le Contexte historico-social
de la crise haïtienne

Dès le  lendemain de la guerre de l’indépendance
haïtienne, les problèmes socio-économiques, politiques, culturels et
identitaires surgissaient. Certains moments douloureux de notre histoire nous
montrent que nous sommes réellement frappés par ces dangers susmentionnés,
fruit de nos incompréhensions et des luttes fratricides dues à l’individualisme
à outrance. Nous nous sommes mis ensemble pour faire l’indépendance, cependant,
notre attachement à l’exploitation des biens du pays fait de nous des monstres
jusqu’à éliminer nos compatriotes et frères de combats refusant d’adhérer à nos
instincts d’exploiteurs et de corrupteurs. Nos comportements, en tant que
dirigeants et citoyens de la cité à laquelle nous devrions être les gardiens de
la sauvegarde de l’indépendance nationale, 
de la sécurité intérieure et extérieure du pays, la santé, la moralité
publique, du travail, de la famille,  à
l’instruction, à l’éducation et des libertés, nous avons préféré la destruction
des biens communs de la nation au profit de nos intérêts individuels. Nos attitudes
de  dirigeants (es) plongent le pays dans
une crise à cause de l’absence de l’esprit communautaire, du respect des biens
communs. Nous assistons non sans peine à la pollution du pays et des lieux
publics en particuliers. Nous prenons tout avec une légèreté telle, que les problèmes électoraux, constitutionnels,
fiscaux etc. deviennent des sources intarissables de mauvaises gouvernances du
pays. Ceux-ci ne nous interpellent pas dans une perspective de redressement de
la situation, puisque nos dirigeants se sentent très confortables dans ce
marasme. Quel exemple de civisme et citoyenne allons-nous donner à nos enfants
qui seront les futurs dirigeants du pays, si nous ne respectons pas les biens
et les institutions publics républicains? Nous devons penser que la
responsabilité et l’autorité marchent de pairs et doivent être considérés comme
un service obligatoire à la population. Ces obligations deviennent des actions
rares dans notre pays pour faire place à l’immoralité, l’impunité…

2.1.2.- Le contexte institutionnel

Sur le plan
institutionnel, Haïti fonctionne comme une société sans État et les pouvoirs
politiques.  Les responsables étatiques,
parlementaires et législatifs se comportent tellement mal dans leur
administration qu’ils n’ont pratiquement pas la confiance de la population.
Dans ce cas, ils deviennent ipso faction sans pouvoir, ni autorité. C’est
l’anarchisme en tant que mouvement politique qui y règne en maître. C’est  le refus total de l’autorité de l’État par la
désobéissance civile. Les lois n’ont plus de force, l’administration est en
veilleuse pour faire place à l’anarchie, l’effondrement de l’économie, de
l’agriculture, du commerce,  la
corruption devient quasiment généralisée et devient monnaie courante. On
assiste à  la disparition de la société
comme sphère des libertés individuelles, lieu de vie, d’échange et de bonheur.
L’État devient moribond, sans aucune emprise sur les   biens communs, ni les personnes.

3.1.-Le sens des services et du  bien commun en Haïti

3.1.1.- Les services et principes

Pour qu’il y ait
services, il faut  qu’ils soient dans
l’objectif de donner de la satisfaction dans 
l’intérêt général, sans penser à la rentabilité financière ou des profits.
D’ailleurs, c’est ce qui différencie l’entreprise publique qui perçoit des
taxes pour la redistribuer sous forme de service  à la population. Tandis que l’entreprise
privée doit compter d’abord et avant tout sur sa rentabilité et ses profits.
L’article 235 de la constitution stipule que : «Les Fonctionnaires et Employés
sont exclusivement au service de l’État. Ils ont tenus à l’observation stricte
des normes et éthique déterminées par la Loi sur la Fonction Publique[7].
»  Les services publics haïtiens ne
respectent aucun principe. Selon qu’il est écrit dans certains documents, les
services doivent respecter les principes suivants : d’égalité, de continuité,
de mutabilité et d’accessibilité dans la plus stricte  transparence, de neutralité et  de fiabilité.

3.1.1.1.- Égalité dans les services

L’État haïtien, à
travers les institutions publiques a pour 
mission et devoir de distribuer les services à tous les haïtiens, sans
distinction de classes,  de leur
condition sociale, de leur handicap, etc. Dans ce cas, il n’est pas toujours
facile pour les usagers de bénéficier à leur convenance personnelle des
services de l’État. Au lieu d’être redistribués au milieu de la population,
dans une stratégie de gain personnel, les responsables ont créé une rareté
psychologique en vue de forcer les usagers à utiliser à leurs frais les
services des raquetteurs. Le sens du service à la communauté n’interpelle pas
les responsables étatiques afin de lutter contre les inégalités économiques et
sociales en vertu du principe d’égalité et d’équité.

3.1.1.2.- Continuité politique

Haïti, depuis 1986
baigne dans une instabilité politique sans précédent. Même les gouvernements
qui arrivent à boucler leur mandat, le font dans la douleur politique. Or, les
sens même du service public se trouvent dans la continuité de l’État. A chaque
changement de gouvernement, il y une rupture des services, soit elle est
discriminatoire, soit elle est politique ou volontaire.  Par exemple, tout effort d’un gouvernement à
mettre en place des services publics en permanence tels que les services de
santé à travers l’aménagement des services dans les hôpitaux, l’électricité,
eau, etc. sur une base régulière, tout peut être basculé du jour au lendemain
de l’absence de ce gouvernement. Donc, le principe de continuité de l’État fait
défaut à ces actions citoyennes.

3.1.1.2.-Adaptation en fonction des besoins de la population

Les services,
s’ils existent dans les institutions publiques, sont très mal conçus en raison
de la lourdeur administrative. Là où il y a les techniciens appropriés, la
technicité fait défaut et vice-versa. Des fois, les deux existent mais la
conscience professionnelle n’est pas au rendez-vous afin de servir
convenablement et rapidement les usagers. Même avec l’évolution de la
technologie, les services trainent et ne sont pas durables c’est-à-dire, ils
sont sujets au changement sans raison valable, juste un changement de
gouvernement, la carte d’identité nationale passe au numéro de matricule
fiscale, pour ensuite faire place au numéro d’identification nationale jusqu’à
la  dernière-née en date avec des puces
et la prise des empreintes digitales et visuelles. A qui profite ce service
quand il est sujet à des modifications à chaque gouvernement? Nous pouvons
comprendre qu’un service public ne peut pas être figé, en raison du principe de
mutabilité, cependant, le hic est de savoir pourquoi change-t-on à chaque
moment et à qui profite ce changement?

3.1.1.3.- Accessibilité à tout le monde

Les services que
bénéficie la population haïtienne ne sont pas accessibles aux usagers. Les
demandes dépassent  de loin les offres
des services. La file d’attente peut durer un temps record, pendant que ceux
qui sont administrativement responsables pour offrir les services n’en n’ont fait
peu de cas. Que dire de la déconcentration de ces services? Pour dix
départements, tous les services sociaux de base se concentrent à
Port-au-Prince, ce qui les rend inaccessibles pour la population rurale. Il
n’existe pas en Haïti des services de proximité. Tout se concentre à un endroit
fixe qui requiert des heures et même des jours un service de base. D’où la  conséquence d’une lourdeur administrative à
outrance.

3.1.1.4.- Neutralité dans les services

La neutralité
n’existe pas  dans l’activité quotidienne
des services publics en Haïti.  A tort ou
à raison, il y a toujours un poulain à protéger et à favoriser au niveau de
l’État. Les agents  de la fonction publique ne sont pas neutre
politiquement, voire sur les convictions philosophiques, religieuses,
syndicales. La priorité des services  est
accordée à l’origine sociale et au statut de la personne avant tout autre
chose. Alors que, les  usagers devraient
avoir les mêmes droits.

3.1.1.5.- Transparence dans la gestion de la chose publique

La transparence
représente le nœud gordien du problème de la gestion de la chose publique en
Haïti. Les scandales ne gênent pas, car les responsables administratifs ont
relativement perdu le sens de la pudeur et de l’éthique dans notre pays. Les
principes de passation de marché dépendent de l’influence de l’autorité
étatique qui les change comme des chemises. Et, ceci, en fonction de leurs
intérêts mesquins. La priorité des services est accordée à ceux qui peuvent
donner de pots-de-vin. Le sens de la communication est perdu avec les mauvais
services. Les usagers ont toujours surpris des changements dans les services,
car la transparence se mesure au degré des ambitions de ceux qui dirigent.  Voilà pourquoi les autorités administratives
ont perdu le sens de  l’évaluation des
politiques et des actions publiques à 
tous les niveaux de l’État. Car, 
la transparence et la participation citoyenne peuvent contribuer à  la reddition de comptes  en termes de gestion des  politiques publiques afin de relever le
niveau de fonctionnement de l’État.

3.1.1.6.- Confiance et fiabilité dans les services

L’absence de
confiance et la fiabilité fait de la gestion de la chose publique une jungle,
une bombe à retardement. Il y a une crise de confiance qui met en retard toute
action positive dans ce pays, faute des mauvais fonctionnements des services
publics. Les lois existent, mais elles ne sont pas suivies, ni respectées. La
rapidité et la fiabilité des services en Haïti sont à reconsidérer dans un
éventuel remaniement systémique.

 

 

4.1.- Le sens du bien commun dans les
services : considération générale

4.1.1.- Le bien commun dans sa
globalité

Le « bien commun »
c’est ce qui renvoie à une multiplicité de sens. Selon Gilles Yovan, le terme «
commun » veut dire « mettre en société ». Pour Socrate,  les champs du bien sont : l’honnêteté et la
justice ; l’avantage, l’agrément, la jouissance et le plaisir et enfin la
convenance et la règle. Plus près de nous, le penseur économiste Riccardo
Petrella énonce trois facteurs  des biens
communs : La vision religieuse qui donne au bien commun un sens spirituel.  La justice qui prône le vivre ensemble dans
la paix et la miséricorde. Le combat pour la dignité humaine qui prend tout son
sens dans la Déclaration universelle des droits de l’homme et ses valeurs «
liberté, égalité, fraternité ».

4.1.2..- Le  bien commun dans sa singularité

Haïti  le bien commun et le sens du service a perdu
tout son sens pour faire place avarement à la confiscation des biens communs du
pays.  D’ailleurs, le premier bien commun
des haïtiens c’est Haïti elle-même, cloitrée dans une politique de destruction
outrancière de ses richesses par les représentants des pouvoirs publics au
détriment de la majorité de la population. Nous avons perdu, depuis peu avant
1986 le sens de la civilité tels que: la politesse, la courtoisie, le
savoir-vivre, l’altruisme et du respect de l’autre. Nous sommes devenus
insensibles  à la détresse de l’autre.
Une personne en détresse devient à nos yeux un acte théâtral à filmer et à
distribuer à travers les réseaux sociaux. La vie privée de l’un devient la
risée de l’autre. L’individualisme bat son plein, le Moi est beaucoup plus
important que le problème de la collectivité. En tant que pays pionnier
signataire de la déclaration universelle des droits de l’homme, tous les droits
de nos concitoyens sont bafoués, même les plus élémentaires tels que : le droit
à l’éducation, la nourriture, l’eau potable, 
au logement et  à la santé etc. de
la population. Or, l’article 22 de la constitution d’Haïti stipule que : «
L’État reconnaît le droit de tout citoyen à un logement décent, à l’éducation,
à l’alimentation et à la sécurité sociale[8].
»  Plus loin dans l’article 23, il  est dit 
que : «l’État est astreint à l’obligation d’assurer à tous les citoyens
dans toutes les collectivités territoriales les moyens appropriés pour garantir
la protection, le maintien et le rétablissement de leur santé par la création
d’hôpitaux, centres de santé et de dispensaires. »  Si nous nous référons à la théorie de la
pyramide de Maslow,  les haïtiens ont  aussi des besoins de sécurité,
d’appartenance, d’estime de soi et de réalisation de soi. Les besoins de
sécurité,  car aucun être humain ne peut
(sur)vivre sans un minimum de sécurité et sans contact humain. La mobilité,
l’énergie  et d’autres biens communs font
partie de ce droit à vivre dignement dans notre société. Or leur accès est
fortement conditionné à la capacité financière de chacun.

5.- La pertinence

Hait doit donner
des solutions durables  aux problèmes
qu’il  traverse actuellement, et, ceci de
manière urgente. L’évolution de la situation dans ce pays démontre clairement
que nous allons droit vers une catastrophe politique et  économique. Il est un impératif pour les
acteurs de ce pays de s’entendre sur son avenir immédiat. Sans un effort
permanent pour résoudre les problèmes, la nation toute entière en paiera les
conséquences.

6.- Objectifs

Dans cette
réflexion, nous pensons faire des choix 
d’analyse sur certaines institutions pour asseoir notre questionnement
du problème. Nous ne prétendons pas donner des réponses à tous les problèmes
mentionnés. Cependant, nous allons faire apparaître leur importance pour
juguler la crise et leur effet «domino » 
sur les autres secteurs de la vie nationale.  L’analyse des transformations de la situation
socio-politique du pays nous permettra de voir 
comment évoluent les valeurs morales 
et certaines institutions du pays. 
Quelles sont les conceptions futures des haïtiens et leur  rapport à l’altérité, la solidarité, le
patriotisme Notre objectif est de comprendre tous ces points par rapport  la crise qui secoue toutes les sphères de
notre pays.

7.- Les idées de Claude Ryan sur
l’autorité politique et le service du bien commun

Le texte le plus
rapproché de notre réflexion est celui de Claude Ryan,  écrit en 2004 sur l’éthique publique. Il est
intitulé : «L’autorité politique et le service du bien commun dans les
conditions d’aujourd’hui » dans lequel il dit que le service du bien commun est
la responsabilité première des gouvernements mandatés au nom de la population.
Cependant le service du bien commun n’aura aucun sens, il n’est pas accompagné
de l’action concrète des pouvoirs politiques. Qu’en est-il du bien commun?
Ryan, entend par le bien commun la bonne vie humaine, la qualité de bien de la
population, l’ensemble des conditions menant à la qualité de vie des personnes,
des groupes, des institutions,  la liberté,
la justice, la concorde et la paix, etc. Tout le monde, par le truchement de
l’État qui est l’émanation de la société, 
doit être responsable des biens communs : les citoyens, la famille, les
communautés doivent se sentir interpellés par les mauvais traitements qu’on
inflige aux biens communs dans un pays donné.

Ryan fait une
démarcation entre biens communs qui concerne les citoyens et les biens communs
qui sont le lot de la société politique. Ceux-ci sont spécifiquement reliés à
la vie humaine, aux croyances religieuses, les valeurs esthétiques. Cependant,
la libre recherche de la vérité, les pensées et la vie privée des citoyens ne
relèvent pas des biens communs temporels, car la personne humaine est au centre
de la vie sociale. Selon Ryan,  le bien
commun n’est jamais à l’état pur, mais il englobe tout le monde dans la vie
quotidienne et sous des formes diverses.

La conception du
bien commun varie selon  la culture, les
intérêts, les opinions, les goûts et inclinations des individus et des groupes.

Parlant de
l’action gouvernementale, l’auteur augure qu’elle est  fortement conditionnée,  par le contexte dans lequel elle évolue à
travers les sociétés. Certaines périodes se prêtent à une expansion marquée de
l’action gouvernementale. L’action gouvernementale doit s’inscrire dans une
politique d’assainissement des  mœurs
politiques, corrompues pendant de longues années de favoritisme et de laxisme
éthique. C’est également une obligation de rattraper les retards au niveau de
la sante, l’éducation, les services sociaux de base et les infrastructures
publiques.

Pour mieux exercer
son pouvoir, tout gouvernement doit chercher à réduire les dépenses publiques
et rendre moins lourd l’endettement du pays.

Il doit maintenir
les acquis démocratiques tels que : la gratuité scolaire,  les soins médicaux et hospitaliers gratuits,
les libertés syndicales,  les services
sociaux  en faveur des personnes âgées,
les  aides financières aux étudiants,
aide sociale, autrement dit la justice sociale pour le peuple.

L’action d’un
gouvernement doit répondre aux besoins concrets de la population et non à la
satisfaction des idéologues qui font fi de la réalité. L’État doit être vu
comme un instrument pouvant servir la population. « Il faut aussi, cependant,
être conscient que l’État est un instrument très délicat qui ne peut pas
répondre directement à tous les problèmes et dont l’usage coûte vite très cher
et peut même desservir les fins pour lesquelles on veut l’utiliser[9].
» (Ryan 2004)

7.1.- Aspect Néolibéral de l’État
dans  les idées de Ryan

Dans une approche
néolibérale, lorsqu’on parle de l’État, on a toujours tendance à croire
que   tout ce qui est de la
responsabilité  de l’État est synonyme de
bureaucratie, de lourdeur administrative, de contrôle tatillon et d’anonymat,
etc. Or, la meilleure face de servir l’intérêt de la communauté c’est de mettre
en question chaque action gouvernementale afin de comparer les avantages et les
coûts  dans le but de prendre de bonnes
décisions en faveur de la communauté. 
Ryan fait croire que  l’approche
néolibérale du rôle de l’État  «est
défectueuse »  1) Elle veut primer la
rentabilité économique sur les valeurs des services rendus par l’État. Il est
pour qu’un  gouvernement assure la bonne
marche de la vie économique et des lois y afférant, cependant, un gouvernement
ne peut pas exister seulement pour ces raisons. 2) Outre les critères
économiques, le rôle d’un gouvernement 
c’est de veiller à ce que des valeurs telles que : la dignité et les
droits de la personne, la justice, l’égalité des chances, les droits
minoritaires. Pour Ryan, Les critères de rentabilité économique ne sont pas les
seuls qui peuvent satisfaire, la réponse aux besoins de la population est aussi
importante dans le secteur public.  
L’auteur avance que : «Le juge ultime de la performance de l’entreprise
privée est sa clientèle. Le juge de la performance d’un gouvernement est au
contraire l’ensemble de la population[10].
»

7.2.- Aspect général de l’État et des
politiques publiques

Avant d’être nationale,
les politiques publiques doivent être locales. Les parlementaires devraient
être les premiers dans leurs circonscriptions et départements respectifs à  suggérer par des  projets lois, les besoins des actions
concrètes d’un gouvernement. Ces actions ne doivent pas être circonscrites
seulement pendant les périodes électorales, dans le cas contraire, ils n’auront
pas la confiance de la population, des électeurs.   Compte tenu de l’importance prioritaire qui
doit être accordée à la santé, à l’éducation et aux mesures de soutien du
revenu, les initiatives visant la sécurité physique des personnes, la création
ou le maintien d’emplois, la construction 
et  l’amélioration des routes,
l’aide directe à diverses classes et personnes, l’ouverture de chantiers de
construction gouvernementaux et les subventions d’appoint à divers organismes
sont de bons exemples des actions et politiques publiques d’un gouvernement
responsable. Un gouvernement, pour inspirer confiance à une population, «doit
d’abord donner l’exemple des vertus de compétence, d’intégrité et d’engagement
désintéressé au service du bien commun que l’on est en droit d’exiger des détenteurs
de charges publiques[11].
» Les élus   incompétents, frivoles,
imbus d’un esprit partisan et enclins au favoritisme peuvent réussir à  garder le pouvoir pendant un certain temps.
Mais ils n’auront pas le moindre respect de leurs concitoyens qui à leur tour
leur gratifieront de doute et de mépris à tous y compris les  institutions et loi régissant la vie
politique de ce pays.

7.3.- Aspect de  la moralité 
publique des autorités étatiques

Quant à la
moralité publique, il incombe aux autorités publiques de faire des lois
appropriées à ce que la conduite des affaires, la conduite des acteurs
politiques, les mœurs politiques et le comportement des personnes dans les
lieux publics soient astreints à des normes raisonnables. En cas de  neutralité et passivité devant des actions
qui réclament  des solutions
urgentes  impliquant des choix
éthiques  qui sont opposés à l’intérêt
général le gouvernement en place et responsable sera discrédité. Enfin, Ryan
pense que les responsables des gouvernements doivent se comporter dignement et
modestement, de façon telle qu’ils doivent intérieurement disposer à accepter
d’être gouverné par l’adversaire politique dans une éventuelle légitimité
d’obtenir la faveur populaire

8.-Les observations scientifiques du
problème

La réflexion
que  nous allons développer  découlera des principes historico-systémique.
«La méthode historique[12]
est la méthode employée pour constituer l’histoire ; elle sert à déterminer
scientifiquement les faits historiques, puis à les grouper en un système
scientifique. » Cette méthode va d’abord être appliquée à la méthode historique
afin d’interpréter les tranches d’histoire évoquées dans la recherche. En
réunissant  les faits, nous allons les
interpréter de manière identique et 
historique, pour qu’enfin nous les questionnions en mettant en causes
les systèmes de gouvernements, de gouvernance éducative, civique, citoyenne,
institutionnelle etc.  Nous allons par la
méthode systémique dont les fondements épistémologiques seront autour des
rappels des faits historiques tout au long de notre étude.  L’approche systémique comme courant de pensée
et démarche intellectuelle sera l’objet de réflexion. En effet, la systémique
comprend une double nature. Elle est   à
la fois connue comme un courant de pensée, un paradigme scientifique et comme
une méthode, une démarche intellectuelle. Cette dualité de la systémique s’inscrit
dans la mise en perspective épistémologique de notre réflexion en tant que
paradigme scientifique dans un premier temps et ensuite nous utiliserons le
caractère opérationnel de la systémique en vue de mener des démarches de pensée
qui  seront explicitées à travers
l’exploration d’un certain nombre de concepts et théories.

 

9.- Les enseignements sur les
phénomènes psycho-sociaux

9.1.- Carl Marx et les Phénomènes
sociaux

Carl Marx,  philosophe, économiste, sociologue, lui aussi
tentait de répondre aux problèmes sociaux et les rapports entre les gens  de la société de son époque. Les œuvres de
Marx, jusqu’à aujourd’hui sont d’une grande importance pour le monde. Marx
explique les  rapports sociaux de
production, par tout ce qui se manifeste brusquement entre les hommes pendant
le processus de production. « Dans la production sociale de leur existence, les
hommes entrent en des rapports déterminés, nécessaires, indépendants de leur
volonté, rapports de production qui correspondent à un degré de développement
déterminé de leurs forces productives matérielles. L’ensemble de ces rapports
de production constitue la structure économique de la société, la base concrète
sur laquelle s’élève une superstructure juridique et politique à laquelle
correspondent des formes de consciences sociales déterminées[13].
»  Selon lui,  le mode de production de la vie matérielle
conditionne le processus de vie sociale, politique et intellectuel en général
d’une société. Certains sociologues disent que les rapports sociaux  amènent  les êtres humains dans une «trajectoire de vie
à travers des interactions et des liens d’interdépendance. »  Nous pensons également que les rapports
sociaux découlent de  la socialisation,
familiale, éducative, culturelle. Celle-ci est l’empreinte indélébile du
processus identitaire, d’un peuple, d’une nation etc.

En Haïti, tout ce
qui touche l’essence de la société est en décrépitude. Malgré  la présence de grands penseurs  Marxistes, capitalistes, «néo-libéralistes »
haïtiens, comme dirait Maurice Sixto dans «Ti Sentaniz », «Yo pa pwoblem Ti
Sentaniz (Ayiti) nan gwo liv yap li yo », c’est-à-dire,   ils n’arrivent pas à solutionner les
problèmes d’Haïti. Soit ils ne sont pas conscients, soit ils font partie
intégrante des problèmes. Dans ce cas, ne pouvant pas être juges et partie à la
fois, ils les étouffent  à leur profit et
au détriment de la société toute entière. Certains experts politiques,
psychiatriques et sociologiques les appellent des hystériques ou des névroses
caractérisés et par un type particulier de personnalité marqué par le
théâtralisme, la dépendance et la manipulation de leur entourage en  poussant une partie du peuple haïtien  à l’hystérie collective par l’agitation,
excitation, frénésie et tout ceci pour leur compte personnel. Nous avons été
dans les idées de Sigmund Freud en vue d’essayer d’expliquer leur comportement.

9.2.- Sigmund Freud et la
psychopathologie de l’homme en société

Plus près de nous,
dans les années trente, plusieurs courants de pensée dominaient les actions des
humains dans les sociétés occidentales : La psychanalyse les instances
intrapsychiques, c’est-à-dire, les intérêts pulsionnels, les intérêts
extérieurs, les intérêts narcissiques et les intérêts de la totalité de la personne
que Freud appelait respectivement : le Ça, le surmoi, l’idéal du moi et le moi
(ego). Sigmund Freud avait fait ces études afin d’observer le domaine restreint
de la psychopathologie dans le but de comprendre le fonctionnement du psychique
de l’homme dans les sociétés.  Les
psychologues dans leur comportement préventif sont sans répit attentifs en vue
de prévenir chez leurs patients ce qu’ils appellent la «conflictualité », qui
est l’action de se reporter à une époque ou à un fait antérieur, d’établir une
relation de dépendance entre deux faits[14].
: le comportement du patient et de son environnement. Donc il cherche les
causes du problème psychique du patient dans ses rapports sociaux afin de
l’aider à le solutionner.  Les problèmes
politiques d’Haïti sont pathologiques. Les responsables et les acteurs
politiques sont pour la plupart des hystériques dans l’invention des crises
dans le pays afin de satisfaire leurs besoins personnels aux dépens du reste de
la société. A la différence de S. Freud, ces gens ne sont pas inconscients,
ils  sont bien conscients du mal auquel
ils font le pays. Ce sont des personnes qui ont des comportements sadiques face
aux problèmes du pays et de la société. Nous ne pouvons pas opiner sur les
problèmes d’Haïti sans questionner les sociologues, qui considèrent que les
faits sociaux et politiques doivent être pris et compris de manière globale et
totale.

9.3.- Les aspects sociologiques de la
situation

Au nom de la
théorie sociologique augurant qu’un fait social est total et global, après
avoir passé en revue les notions de Freud susmentionnées, nous pensons qu’il
est normal de faire appel aux idées des structuralistes qui parlent de certains
objets sociaux officiellement isolés des autres, nous citons : la famille,
l’école,  le travail, la justice,
l’économie, la politique etc.  et qui
sont un ensemble interdépendant dans les mouvements communs au point de vue
d’une société dynamique. Celle-ci représente 
non seulement un ensemble organisé mais aussi contradictoire, fruit d’un
même environnement. Elle évolue en fonction des normes et  principes de l’échange culturel, économique,
de la réciprocité et de tout ce qui caractérise la dimension sociale de
l’homme.

Nous pouvons aussi
regarder la situation haïtienne sous un angle systémique des relations entre
les individus au niveau familial professionnel social. Les règles
implicites  et les interactions de
communications inconscientes entre les hommes en société. Le mode
d’organisation socio-politique, les échanges entre les parties etc. sont autant
de facteurs qui peuvent nous aider à comprendre la crise que traverse  la société haïtienne. Car, tous les
mouvements sociaux sont liés entre eux. Nous devons faire connaître la réalité
sociale dans laquelle le pays fonctionne et qui la contraint à être fragmentée.
Il nous parait très difficile  et même
complexe le comprendre dans sa singularité afin de proposer des solutions aux
problèmes, en tenant compte des différents aspects caractérisant la vie nationale.
Que pouvons-nous penser ?

Sur le plan
sociologique, on se demande si c’est la société qui crée[15]
les individus ou ce sont les individus qui choisissent leurs institutions. En
fait, qu’est-ce qu’une institution? En 1982, les terminologues de l’Université
Laval précisaient que « institutions, au pluriel, désignent les organismes qui
assurent la vie sociale et politique d’un pays[16]».
Les institutions politiques, enfin, sont des organisations fondamentales d’un
État ou d’une nation. Ces institutions sont les organes du pouvoir souverain sur
le territoire.  Dans une perspective
institutionnaliste, certains sociologues affirment  que les institutions transcendent les acteurs
individuels. Elles émanent des caractéristiques culturelles constantes des
sociétés et de leur comportement. (Sewell, 1992 ; Scott, 1995 ; Dugger,
1990).  Par contre, le courant sociologique
institutionnaliste[17]  parle des individus  en tant que créateurs des institutions en
fonction de leurs intérêts. Selon certains sociologues examinent la question
institutionnelle selon 3 principes ou moments :

1) les
institutions sont des structures exogènes aux individus : À l’instar
d’Ayner,  nous disons  que les institutions ne sont pas des entités
monolithiques, elles comprennent des éléments divers. Elles  comportent des éléments distincts mais
interconnectés  sous forme
d’organisations. Elles influencent de manière isolée les comportements des
individus en les guidant, les motivant à adopter des comportements
particuliers.

 2) les institutions endogènes sont celles
qui  sont en interactions avec les
individus : elles  s’imposent
d’elles-mêmes.  Le comportement y est
auto-exécutoire parce que les individus  
adoptent le comportement institutionnel, ce  confirme implicitement les croyances  et les normes auxquelles les individus s’associent.
Les institutions sont le reflet des actions et des intérêts de certains
individus : «  Les règles, croyances et
normes héritées du passé informent et reflètent les modèles cognitifs partagés
par les individus… » On peut le constater dans les choix  et la vision personnelle de ces individus.

En somme, les
équilibres multiples entre les institutions et les individus deviennent la
règle plutôt que l’exception dans les situations qui se reproduisent.  Plusieurs tendances sociologiques décrivent
les institutions,  Durkheim, s’intéresse
tout particulièrement à la constitution sociale des codes de conduites et des
croyances. Tandis que Parsons parle des comportements normés. L’accent est mis
sur les structures et relations sociales[18]par
Wrong (1961), Granovetter (1985) et March et Olsen (1989).

La crise que nous
vivons actuellement en Haïti montre que l’État faillit à sa mission. Un
gouvernement ne peut pas à lui seul questionner le modèle  et la 
révision en profondeur du rôle de l’État, tout le monde est concerné par
cette situation en vue de questionner les aspects d’ordre social, culturel et
écologique qui bloquent l’État haïtien, à côté des critères économiques.  Tout changement susceptible d’entraîner une
détérioration de la condition des personnes les 
plus pauvres, de la qualité des services dans les domaines de la santé,
de l’éducation et des politiques sociales et de la qualité de l’environnement
naturel devra être collectif.  Sans un
faisceau autour de ces projets, le pays 
est voué à l’échec pour n’avoir pas questionné le système dans sa
globalité. Vues dans cette perspective, nous nous posons la question suivant :
La Crise que traverse actuellement Haïti, est-elle civique, citoyenne,
institutionnelle ou systémique?

10.- Conception de la crise

Les chercheurs
parlent de trois significations du concept crise, tenant compte de la
littérature actuelle :

Du point de vue
médical, une crise, c’est l’effondrement[19]
soudain et brusque d’un organe, la rupture d’un système et une perte de
maîtrise d’un individu dans certains cas de maladie. C’est une dégradation de
l’homéostasie, c’est-à-dire, la tendance des organismes vivants à maintenir
constants leurs paramètres biologiques face aux modifications du milieu
extérieur[20],
par exemple, une Crise cardiaque, une Crise de rhumatismes.  Etc.

C’est une phase
difficile traversée par un groupe social. Par exemple la Crise de l’Université.

la Crise
économique qui est une rupture d’équilibre entre grandeurs économiques,
notamment entre production et consommation. La crise est aussi une période de
pénurie, d’insuffisance de production, de main-d’œuvre qualifiée, de logement,
de politique etc. Faisant l’historicité des crises dans le monde, le petit
dictionnaire Larousse explique le concept crise en ces termes : les crises[21]
économiques sont encore des crises de sous-production agricole (type Ancien
Régime), affectant d’abord les milieux ruraux. Puis le développement de
l’industrie lourde et des communications ainsi que l’imbrication des systèmes
monétaires provoquant des crises de surproduction industrielle, plus longues et
plus étendues. Dans un troisième temps, les facteurs financiers deviennent déterminants,
causant des crises boursières (le krach de la Bourse de New York en 1929). La
crise qui frappe de nombreuses économies depuis 1973, à la suite du
quadruplement du prix du pétrole, présente des aspects originaux comme le
chômage coexistant avec l’inflation (stagflation). En octobre 1987, le marché
boursier international connaît un nouveau krach de grande ampleur, conséquence
directe d’une spéculation financière et reflet de la précarité monétaire
internationale. En 1991, une nouvelle crise, liée à la guerre du Golfe, secoue
l’économie mondiale. Selon Alain Badiou, en général, toutes les crises ont des
impacts sur les communautés et les acteurs qui les subissent, ce qui entraine
un état de choc; surtout lorsqu’il y a destruction d’une géographie humaine[22].
Par exemple le séisme du 12 janvier 2010 en Haïti. La crise peut être physique,
politique, institutionnelle, civique, citoyenne, systémique ou mentale.

10.1.- La crise haïtienne est-elle
civique?

Certains penseurs
déclarent que lorsqu’on parle de civisme, on aborde une problématique qui
dépasse celle de la citoyenneté. Le civisme interpelle le citoyen comme le
non-citoyen[23].
Le civisme fait appel aux comportements quotidiens des gens de la société dans
leurs rapports mutuels au profit de leur pays. 
Le civisme c’est l’acte de servir son pays en respectant les normes et
principes établis par l’autorité.  En
d’autres termes, c’est le respect d’autrui et 
des normes émanant des autorités publiques; reconnaître ses droits et
faire son devoir afin de faire régner l’ordre et l’harmonie dans la
société.  Tel qu’il appert dans l’article
52.1 de la constitution de la République d’Haïti :

«Le devoir civique est
l’ensemble des obligations du citoyen dans l’ordre moral, politique, social et économique
vis-à-vis de l’État et de la patrie. Ces obligations sont: a) respecter la
constitution et l’emblème national; b) respecter les lois; c) voter aux
élections sans contrainte; d) payer ses taxes; e) servir de juré; f) défendre
le pays en cas de guerre; g) s’instruire et se perfectionner; h) respecter et
protéger l’environnement; i) respecter scrupuleusement les deniers et biens de
l’État; j) respecter le bien d’autrui; k) œuvrer pour le maintien de la paix;
l) fournir assistance aux personnes en danger; m) respecter les droits et la
liberté d’autrui[24]

C’est la
soumission individuelle et collective des principes et des règles qui régissent
la vie et l’intérêt général en société en mettant de côté les intérêts particuliers.

Le civisme est
d’abord et avant tout un état d’esprit collectif qui incite les gens d’un même
pays à ne pas gêner les autres, à ne pas perturber le fonctionnement extérieur
de la société. Par exemple : il ne faut pas 
jeter les papiers, les détritus sur les trottoirs; respecter les
symboles de la circulation routière, le drapeau, les places publiques; les
devoirs de payer les taxes, les impôts etc., 
enfin, tous les endroits communautaires fréquentés doivent être laissés
sains et saufs pour chaque nouvelle utilisation. Tout acte civique doit être
conforme à la loi.

En Haïti, la
crise  Civique est caractérisée par
l’individualisme face aux problèmes collectifs.

Le manque de
respect pour les biens communs de la société. L’effritement
des valeurs morales et culturelles.  

La pollution des
trottoirs et des lieux publics, l’abstention électorale, la fraude fiscale, les
affaires, la montée de la délinquance et la difficulté de trouver des donneurs
de sang et des bénévoles pour s’occuper des autres et du bien commun de façon
désintéressée… En fait, ce qui démarque le civisme du citoyen, c’est que le
civisme respecte les droits de tout un chacun, 
il  accomplit ses devoirs envers
le pays, la patrie,  la communauté et la
société sans mettre  en question ses
actions. Le civisme  peut être un
citoyen, mais un citoyen peut ne pas être un civisme, si dans ses actions
politiques et sociales il désobéit toujours aux lois et normes régissant la
nation. Par exemple, la désobéissance civile n’est pas un acte civique, c’est
un acte citoyen. Le Civisme pense toujours à l’ordre des choses, à la morale et
l’éthique. Il sait que les gouvernements passent, mais le pays demeure. Dans ce
cas, les structures et les acquis fondamentaux du pays doivent être protégés
et  sauvegardés contre vents et marées.
Le civisme a un sens très conservateur de l’amour de la patrie et de la
protection de son pays. C’est quelqu’un qui nourrit un sens d’un nationalisme
très poussé contre toute attaque extérieure pouvant atteindre la dignité, le
respect de la patrie commune et prêt à se battre pour défendre les normes et
principes relatifs à la vie nationale.

10.2.- La crise haïtienne est-elle
citoyenne?

Le concept «
citoyenneté » au civisme est beaucoup plus large, ce sont des rôles sociaux
spécifiques dans lesquels la personne participe en vue de défendre mutuellement
des intérêts et des idées au profit de la communauté. Par exemple des
associations écologiques, associations de consommateurs, de défense des droits
de la personne, associations de quartier, etc. Pour M. Sarr, être citoyen,
c’est d’avoir plusieurs responsabilités communes auxquelles en s’informant, en
informant, en travaillant, en consommant et en produisant. C’est valoriser les
valeurs éthiques communes au groupe social organisé. Le sens même de la
citoyenneté est récurrent et contesté, car les idées sont très variées. L’une
des définitions les plus reconnues de la citoyenneté est celle de T.H.
Marshall, qui considère la citoyenneté 
selon  trois angles : civil, qui
parle des droits assurant la liberté individuelle, le politique qui est celui
de participer à des exercices du pouvoir politiques et le  social qui donne droit au bien-être, à la sécurité
et à une vie d’être humain civilisé selon les critères légaux. Cela suppose
certains droits, responsabilités et devoirs légaux, sociaux et moraux.  C’est Hannah Arendt qui parle du concept «
citoyen » avec le plus de clarté et nous citons : « un citoyen parmi les
citoyens d’un pays parmi d’autres pays. Ses droits et ses devoirs doivent être
définis et limités, non seulement par ceux de ses concitoyens, mais aussi par
les limites d’un territoire… » Mais la citoyenneté est-elle, de ce fait,
limitée aux limites d’un État-nation ? La citoyenneté est souvent liée à
l’identité.

L’identité du
citoyen haïtien est noyée entre son amour pour le pays et la nécessité de
trouver un mieux-être en acceptant tout ce qui n’est pas de sa culture et de
ses valeurs intrinsèques au détriment du pays. Tenant compte de la variété des
formations et l’éducation scolaire, chaque école veut être distinguée et forme
«un monstre» en voulant écarter l’haïtien de ses valeurs socioculturelles.

Sarr, dans un
texte écrit  sur l’éducation à la
citoyenneté au Sénégal, nous fait comprendre que l’éducation à la citoyenneté
est un thème fédérateur, il fait appel à l’éducation à la vie familiale et en
matière de population, le programme de formation et d’information à
l’environnement, l’éducation aux droits humains, l’éducation à la paix,
l’éducation pour le développement. Il 
prend corps dans le renouvellement constant des approches et pratiques
pédagogiques. Cependant,  l’éducation à
la citoyenneté c’est qui outille les jeunes en leur fournissant des savoirs,
des savoir-faire et une compréhension qui leur permet de jouer un rôle actif,
efficace dans la société comme des citoyens à part entière éclairés et
critiqués, moralement et socialement responsables.  Elle inculque au jeune les bases suivantes:

La responsabilité
sociale et morale, c’est-à-dire elle permet au jeune d’être confiant,
responsable sur le plan social et moral, que ce soit à l’école ou ailleurs.
Elle donne la possibilité au jeune de savoir que les gens ont des droits et des
devoirs envers leur pays et la société dans laquelle ils évoluent.

L’engagement, elle
apprend au jeune à s’impliquer, s’engager sur le plan social dans sa communauté
et de mettre son savoir, ses connaissances au service des autres. 

L’éducation
politique (civique), le jeune droit pouvoir participer à la vie politique
publique de son pays par le savoir, le savoir-faire et les valeurs. La vie
publique au niveau local, national et international.

En Haïti, le
citoyen remet tous ses droits et devoirs en question à chaque fois que le
besoin se fait sentir, particulièrement sur le plan politique, soit le plus
souvent par intérêt de groupe ou 
personnel au nom du pays. Ils sont unis pour défendre leurs intérêts au
nom du pays. Sitôt le «gâteau » est reparti, le pays replonge encore dans la
même situation, jusqu’à ce qu’un autre groupe surgisse pour une nouvelle
revendication sans base et fondement, sinon, une revendication intéressée.  Le citoyen fait tout au nom de la modernité
et prêt à régner tout état habituel, tout critère et principe conforme aux
règles établies. Pour justifier son action, le «citoyen » est prêt à chambarder
tout jugement de valeur morale, culturelle ou esthétique propre pour faire
place sans égard et scrupule à qui se fait ailleurs.  Dans notre pays, le mot citoyen est galvaudé
et perd tout son sens scientifique. La situation socio-politique du pays
démontre  une certaine absence, un
effacement physique et idéologique et une démission  de l’intelligentsia d’Haïti  dans les actions civiques et politiques du
pays, soit par peur d’être vilipendé politiquement ou corporellement. Quand
tout va mal sur le plan politique, ils se contentent  seulement d’une note de protestation et des
propositions de tout à fait provisoire de 
résolution de crise, sans leur implication effective.  Leur retrait et silence ont donné droit  et 
cédé la place à des opportunistes. Le feu M. Lesly François Saint Roc
Manigat avait-il raison de dire qu’il y a une haine contre l’intelligentsia
haïtienne. Nous pensons  que depuis peu,
le pays est dirigé par ceux qui se disent des «citoyens responsables. »
L’engagement et les actions de ces gens ne sont que passagers, comme des feux
de pailles sans substance idéologique. Le Moi et le surMoi remplacent l’idéal
national qui est l’ «Union fait la force » 
ou encore « Pour le pays pour les ancêtres, marchons unis ».  Ou sont nos institutions dans tout ça?

10.3.- La crise haïtienne est-elle
institutionnelle?

Le philosophe John
Searle, auteur d’un livre majeur sur les institutions (1995), et, plus
récemment d’un article intitulé « What is an institution ? » (2005), affirme
que les institutions sont des « faits » strictement humains[25].
Selon Searle, ils dépendent de notre langage ainsi que d’une « intention
collective ». Pour être valides et perdurer, les institutions doivent en effet
avoir fait l’objet d’un débat accord, même minimal, entre individus. Les
institutions sont donc des faits collectifs. Non seulement dans leur fondement,
mais aussi dans leurs effets : elles influencent, voire contraignent, les
pratiques de plusieurs individus.  Une
institution, c’est «ce  qui est institué
des rapports sociaux par la hiérarchisation et l’attribution de rôles, au sein
d’une entreprise ou d’un régime politique[26].
»  Par exemple, des  croyances et valeurs telles que la confiance,
les conceptions de l’égalité ou de la justice, etc. Une institution, c’est ce
qui  maintient sa  force normative, en vue de susciter le
respect des lois.  Le lieu de
l’institution est aussi  le lieu de
s’enquérir de l’autorité instituante, de la référence « au nom de » laquelle on
institue, on ordonne, on agence la société. Dès qu’on identifie les
institutions, on identifie également l’autorité et le lieu légitime,  originel et matriciel des institutions. Nous
pouvons comprendre que ce ne sont pas les hommes qui donnent de l’autorité aux
institutions, mais au contraire ce sont les lois et les principes sur lesquels
se fondent les institutions qui donnent l’autorité aux hommes. En d’autres
termes, les hommes passent et les institutions demeurent.

Notre étude  ne pourra pas mettre en question toutes les
institutions du pays. Ce serait trop prétentieux de notre part. D’ailleurs une
telle étude demanderait  beaucoup plus de
temps et un article ne pourra pas embrasser en profondeur toute cette
recherche. Nous allons sélectionner quelques institutions phares,  de la société, par exemple, la famille,
l’école, l’État,  en vue d’analyse
substantielle de la situation socio-politique tant au niveau conjoncturel que
structurel.

11.- Pour le pays et pour nos pères
formons des fils

11.1.- La famille

Selon le Petit
Larousse, la famille est « un ensemble formé par le père, la mère et les
enfants ».  En Haïti,  au lieu de famille nucléaire, nous avons
culturellement adopté un type de famille qui est la famille élargie. Outre que
les enfants, la famille est composée de toutes personnes ayant un lien de
parenté ou avec lesquelles les personnes ont développées une certaine relation
basée sur le respect mutuel. Par exemple un filleul, un domestique habitant
dans une famille depuis des années, peut être considéré comme étant membre de
cette famille. Les sociologues et les ethnologues parlent de ménages.

A cause des
mutations sociales, certains pays comme les pays industrialisés dont le Canada
en particulier parlent de famille recomposée, famille monoparentale, famille
homoparentale. La typologie familiale évolue en fonction  des rapports qui se développent à l’intérieur
des sociétés (occidentales ou autres).

Les sociologues
disent que la famille à trois fonctions de bas : 1) engendrer, 2) protéger 3) éduquer[27].
Le rôle de la famille est de transmettre la vie, l’intégrité physique et
psychique par le biais des modèles sociaux. Anne Muxel, dans le chapitre 3
de  son ouvrage intitulé : Famille et
politique la chaîne des générations  « La
famille est un lieu d’inculcation mais aussi d’échanges où se façonnent et se
transmettent les valeurs et les modèles culturels entre les générations.
Valeurs et modèles, premiers repères ou absence d’ancrage, à partir desquels
tout citoyen va établir des liens élémentaires au monde politique[28].
»  

En Haïti, le rôle
de la famille dans la structure sociale et culturelle n’est pas vraiment défini
sur le plan de la sociologie politique. Le comportement individuel des gens de
la société haïtienne en ce domaine fait croire qu’il existe de préférence un
affaiblissement des rapports politiques partisans au profit des intérêts
individuels. La famille dans ses rôles institutionnels est affaiblie en raison
des conditions socio-économiques des ménages. Dans ce cas la participation
politique des  ménages est toujours
conditionnée par des intérêts mesquins de groupes au détriment des intérêts
supérieurs de la nation. La continuité des bonnes décisions politiques n’est
pas transmise. Il y a toujours une cassure dans les actions politiques, car
l’affiliation politique et idéologique n’est ni de gauche, ni de droite, elle
se fait en fonction des intérêts. Nous pouvons comprendre pourquoi il y a
toujours, depuis dans les années 86 une instabilité politique et des
changements de camps politiques  qui ne
font que réduire le pays a sa plus simple expression sur le plan
socio-économique. Ceux qui prennent des positions dans les élections, sont très
mal informés. Les discours politiques sont basés sur le mensonge, sans aucun
précepte sur les valeurs et les actions concrètes. Les renseignements sur la
situation politique haïtienne se disputent dans les media par des libres opinions,
sans une formation formelle de la population et des familles, tenant compte du
taux d’analphabétisme dans le pays. Au contraire, les gens les plus avisés en
profitent pour faire passer leurs opinions par des voies infra-politiques.  Dans les pays industrialisés, la politique
rentre dans les familles à travers les enfants, non pas pour dire quel parti
politique est bon ou mauvais, mais les enfants sont éduqués de façon telle
qu’ils apprennent à connaître, à aimer ou ne pas aimer le système pour son fonctionnement
et avec un réalisme éclairé. La socialisation infantile sur le plan politique
fait partie des programmes scolaires. Anne Muxel l’a si bien dit dans son
enquête sur le niveau de connaissance politique des enfants durant la dernière
campagne présidentielle en France. Plus de quatre enfants sur cinq (86 %) âgés
de 6 à 12 ans étaient au courant de l’élection et presque tous (90 %)
connaissaient le nom de François Hollande, président en exercice. Les enfants,
soit 92% savent déjà, à travers les actions de leurs parents, qu’ils auront,
dans leur âge majeur à voter et le vote est secret.

Malgré nos
multiples recherches sur la situation, nous n’avons repéré aucune étude en
Haïti montrant la socialisation des enfants sur le plan politique. Nous sommes
d’accord qu’il faut épargner les enfants de certaines situations pour
lesquelles ils ne sont pas prêts. Cependant, en tant que futurs dirigeants du
pays, ils ne doivent pas être exclus de ce qui se passe quotidiennement dans
leur pays. Mêmes si politiquement ce sont des innocents, ils pourront déjà
avoir des repères en grandissant, ils pourront comprendre et orienter leur
choix minutieusement. Demain, ils deviendront des jeunes, et  auront à construire une identité politique,
ils auront besoin de cet apprentissage infantile pour se lancer de façon
progressive dans la vie sociale et politique d’Haïti. Anne Muxel à raison en
disant ceci : «De même que l’identité sociale d’un individu n’est jamais
achevée, de même son identité politique s’engendre dans une construction et
dans une réévaluation permanentes[29].
» En Haïti, la triture développée dans les familles, c’est que les enfants et
les jeunes ne doivent pas très tôt se mêler de la politique. Cela se comprend,
car on dit souvent chez nous que : « politik se bagay ki sal, moun serye pas
dwe fe politik. »  Dans cette situation,
les parents, outre leur ignorance de la politique haïtienne, ont vraiment une
phobie de parler des questions 
politiques à la maison avec leurs enfants. Or, le plus souvent on dit
que : « la politique circule par les affects plus que par les discours, par les
identifications plus que par les leçons civiques, par les émotions plus que par
les raisonnements[30].
»  Les orientations idéologiques
devraient être l’apanage premier des familles. 
La politique haïtienne ne  se
transmet pas dans les  familles.
D’ailleurs, c’est presqu’un sujet tabou dont on parle très peu à la maison. Or,
la politique fait partie  de tout ce qui
touche les activités de la vie quotidienne, 
autant dire de l’art et de la culture. C’est pourquoi qu’il y a un vieil
adage qui dit : « si vous ne vous occupez pas de la politique, elle ne tardera
pas à s’occuper de vous. »  Nous parlons
tous les jours des problèmes sociaux, des problèmes infrastructurels et
environnementaux. Donc, nous faisons de la politique sans le savoir.  Au sein de la famille haïtienne, nous devons
garder un rôle essentiel en vue d’assurer la cohésion de la société.  Cependant, la 
tendance à l’individualisme est tellement forte de nos jours qu’elle
veut se démarquer de cette cohésion sociale pour  la transformer. Malheureusement, les familles
haïtiennes se cherchent encore dans le sillage de la politique en Haïti. Par
manque d’encadrement, la famille en tant qu’institution n’est pas le cadre
privilégie de l’éducation. Elle est divisée dans son ensemble sur le plan
social, économique, politique,  civique
etc. Les parents sont réduits au silence et perdent leur mission première qui
celle d’éduquer et socialiser leurs enfants dans tous les sphères de la vie
nationale.   Les notions de bien commun
et de responsabilité du citoyen qui devraient être les champs d’action
socialisatrice des parents ont perdu tout leur sens. Nous assistons à une
démission de la famille (des parents) 
pour préparer leurs enfants à 
prendre leurs  responsabilités en
faveur de la Cité. Cas,  l’initiation au
civisme, l’apprentissage de la liberté et de la responsabilité  doivent être fait d’abord en famille.  Ils font partie des valeurs intrinsèques et
fondamentales et sont indivisibles de l’action éducative.

11.2.- L’école, lieu de socialisation
primaire et secondaire

Si la famille est
la gardienne de la socialisation primaire des enfants, l’école est le lieu de
continuité de la socialisation primaire. Elle est chargée également de
socialisation secondaire des enfants. 
L’école étant une «institution sociale[31]
», une mauvaise appréhension de l’éducation des enfants peut causer des dégâts
sur plusieurs générations. La médecine peut traiter une erreur médicale sur un
patient. Cependant, il n’y a pas de remède miracle pour traiter un cerveau mal
éduqué, et la société en paiera le prix pendant plusieurs générations.

Parlons de l’école
haïtienne, a-t-elle compris sa mission qui est celle d’initier les élèves à la
réflexion et à l’esprit critique axé également sur le civisme? Le diagnostic de
la société montre le contraire. Les valeurs fondamentales de la société
s’effritent au même prix que la faillite de l’éducation scolaire. Même les
activités les plus élémentaires dans lesquelles les enfants apprenaient à
dompter leur vie, à respecter leurs professeurs et les autres, à acquérir des
notions élémentaires d’ordre, d’hygiène, de discipline et les bases de la
morale sont en voie de disparition dans la société. Elle cède la place à la
contestation, la démission familiale, la marginalité, la  toxicomanie, délinquance juvénile. Nous
assistons à un conflit générationnel, une rupture dans le respect des choses
«sacrées »,  de  l’ordre et principes  établis et l’effritement des  valeurs.

Outre  les deux rôles de l’école qui sont la
socialisation et la transmission du savoir, Marie Duru-Bellat, avance qu’ «
au-delà de sa vocation à transformer les jeunes en membres productifs de la
société, l’école remplit un rôle plus général de socialisation puisqu’il s’agit
d’en faire des membres bien intégrés[32]
». Il a relevé une autre finalité de l’école qui est l’instrumentalisation qui
permet l’accès des individus dans différentes position sociales en fonction
de  et scolaire etc. certains critères
tels que : la compétence intellectuelle instrumentale de sélection permettant
la répartition des individus dans différentes positions sociales en se basant
sur des critères de compétences intellectuelles et scolaires de chacun de ses
individus. Marie Duru-Bellat,  parle de
l’école en tant que  productrice en
disant que « l’éducation a pour fonction essentielle d’inculquer aux enfants
les valeurs morales qui constituent le ciment de la société dans son ensemble
(…), il est vain de croire que nous pouvons élever nos enfants comme nous le
voulons[33]
».  Selon lui, le rôle social de l’école
peut être résumé dans trois fonctions : L’homogénéisation, par rapport à
l’intégration sociale. La division sociale du travail, en fonction de la
différenciation afin de garantir une division sociale du travail

La légitimation
des hiérarchies sociales, c’est l’unification de l’école dans la
diversification

Il y a une absence
de cohésion sociale en Haïti. L’État, à travers le MENFP en  tant qu’instituteur social » doit donner et
exiger les moyens de diffusion des valeurs universelle afin de favoriser la
cohésion sociale, par la formation qu’elle donne, elle doit contribuer  aussi 
à l’insertion professionnelle des individus.  La population scolaire s’accroît au même
rythme que la population haïtienne. L’État devrait faire certaines mise en
places structurelles et administratives afin de bien accueillir les cohortes
d’enfants qui rentrent à l’école chaque année. Une éducation de qualité demande
tout un paquet de préparation : la quantité d’écoles, d’enseignants, les
programmes scolaire, la didactique dans les écoles etc. Or, l’Institut haïtien
de statistique a fait la projection de la population scolaire de la manière suivante
:

Tableau 1 : Structure démographique de la population
des 0-18 ans (par âge et sexe) (Projections 2015)[34]

Niveau cible Age Total Garçons Filles
Petite enfance 0-2 ans       779 739     398 089     381 650
Préscolaire 3-5 ans       758 919     387 124     371 795
Fondamental Cycles 1 et 2 6-11 ans    1 454 880     740 734     714 146
Fondamental Cycle 3 12-14 ans       700 161     355 532     344 629
Secondaire 15-18 ans       913 181     462 766     450 415
Total    4 606 880  2 344 245  2 262 635
%   100% 51% 49%

Source : IHSI, Projections de la population 2007

Selon E. Durkheim
les interventions de l’école doivent être 
basées notamment sur la raison, l’égalité des chances, la liberté, le
respect des autres et de l’autorité, la fraternité, la tolérance etc. Afin
d’avoir une «société intégrée, qui valorise le bien commun et exclut tout type
de privilège. »  L’école doit permettre à
l’enfant de développer sa personnalité, de s’épanouir et de recevoir des
influences autres que celle de sa famille. Ce tableau nous montre qu’il y a
moins de filles qui fréquentent l’école par rapport aux garçons. Alors que les
filles sont majoritaires sur le plan statistique, 52% par rapport à la
population totale. Cela a des répercussions sur la société toute entière.
Or,   Philippe Perrenoud et C. Montandon,
dans leurs écrits avancent que : «l’école a joué un rôle important dans la
reproduction des classes sociales, par le simple fait qu’elle est au principe
des hiérarchies d’excellence et de qualification, elles-mêmes déterminantes
dans l’attribution des emplois, des pouvoirs et des revenus[35].
»  Nous comprenons pourquoi les femmes
sont toujours reléguées au second plan dans la société.

12.- L’Université, lieu de réflexion
et de résolution des problèmes socio-économiques et politiques

L’unanimité se
fait autour de la définition et de la finalité de l’université comme étant un
lieu de «création de communautés 
productives d’apprenants et de savants[36].
» Cet endroit peut influencer les attentes de la société et dans des situations
de faiblesse idéologique universitaire, la société peut tout aussi bien
influencer les universitaires.  Dans les
états généraux de l’Université d’État d’Haïti organise  le 12 mai 2018, les participants ont abouti à
une définition de  l’université qui
est  «le lieu par excellence de la raison
critique, de la liberté et de la vérité….d’enseignement-recherche-service[37].
» Selon le Dr. Kenold Moreau, «l’université doit s’évertuer à fournir les
moyens nécessaires à la reconstruction et au développement économique, social
et culturel du pays en alignant ses programmes sur ces trois dimensions du
développement : économique, sociale et culturelle[38]
»  Il augure que la mission de
l’Université[39]
est :

1) la production
et la diffusion du savoir;

2) la formation
des humains cultivés et éclairés;

3) la formation
des personnes capables de contribuer au développement social, culturel,
politique et économique de la société,

4) la formation
des personnes capables d’effectuer des choix informés et de s’adapter aux
transitions professionnelles et autres tout au long de leur vie,

5) la formation
des personnes possédant des bases solide leur permettant de poursuivre leur
apprentissage au gré des besoins sans cesse changeants et de l’évolution de la
société.

Nous ajoutons
ainsi une quatrième dimension qui est celle de la politique. Nous avons en
Haïti environ 219 universités et écoles spécialisées à travers tout le pays[40]  De nos jours l’université d’État d’Haïti a
perdu ses repères en matière de réflexions sur ces 4 dimensions. Elle est
réduite à sa plus simple expression, si l’on regarde la plupart des
universitaires haïtiens, au lieu de se servir de leur savoir et savoir-faire
pour aider à résoudre les problèmes du pays, ils sont réduits à des pots de
chagrins derrières leurs barricades et les pneus enflammés afin de soutenir les
revendications populaires.

Comment peut-on
parler de l’université comme étant un système d’un système si les jeunes ne
sont pas en condition d’apprentissage afin de 
fournir à l’État les moyens humains et techniques pour mettre en place
ses politiques publiques dans une perspective de développement économique,
social et culturel et politique. L’université haïtienne n’a-t-elle pas raté sa
vocation qui est celle de donner de la formation à tous les cadres supérieurs  dans 
des métiers dont le pays a besoin pour sa reconstruction et son
développement.

Depuis 1986,
l’université haïtienne commençait à perdre ses repères par le «dechoucage » des
professeurs qualifiés de l’époque pour leurs idéologies « Macoute » pour faire
appel à  d’autres professeurs qui sont
pour la plupart des piètres au nom de la démocratie. Dans ce cas, aurons-nous
des  cadres qualifiés selon les  normes internationales, qualifiés selon les
normes et principes de la démocratie universelle caractérisée par la tolérance,
la liberté, la justice pour tous, le bien-être généralisé. L’université
peut-elle préparer des hommes et des femmes efficaces, compétents dans leurs professions,
alors que depuis 1986 les universitaires se cherchent dans des marasmes
politiques perturbant  à longueur
d’années les activités universitaires. Nous sommes arrivés à un moment où  l’éducation supérieure haïtienne ne peut en
aucun cas réhabiliter la culture générale, ni la formation politique. Les
jeunes universitaires, les peuples deviennent prisonniers de la
politicaillerie  écartant ainsi tous les
objectifs  utilitaires de création et de
production  de richesses économiques,
culturelles, politiques et intellectuelles.

12.1.- L’autonomie universitaire en
Haïti

L’autonomie
universitaire suppose plus de libertés et de responsabilités pour les
universités. Cette initiative doit être officialisée par de lois de la part des
responsables étatiques.  L’autonomie
universitaire est conçue dans un esprit de renforcer la réactivité et la
légitimité des universités. Dans une perspective autonome, les universités  conçoivent des projets d’établissements, des
choix stratégiques, responsable de leur politique de recrutement, elles ont
droit à un budget et de sa gestion globale, de l’emploi et de la masse
salariale.  Les universités ont  une nouvelle mission, celle de l’insertion
professionnelle des étudiants. Cette activité est mondiale. Par exemple, selon
le Ministère de l’enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation[41],  en France, en 2012,  80 universités sur 83 sont autonomes.

L’autonomie
universitaire est un concept charrié et acquis par les jeunes
universitaires  de l’époque dans leurs
revendications depuis 1986. C’est l’indépendance de l’université d’État d’Haïti
par rapport au pouvoir central de l’État,  
avec la possibilité pour les responsables de  décider sur l’avenir du pays à travers
l’université. L’autonomie universitaire tient compte également de l’autonomie
financière. L’université d’État d’Haïti[42]  possède par le vote pour renouveler son
équipe stratégique, c’est-à-dire le Recteur, le vice-recteur aux affaires
académiques et le vice-recteur à la recherche. Cette pratique est tout aussi de
mise dans toutes les entités de l’UEH. Pour ce qui est du vote à l’UEH, le
nombre de votants dépend du conseil universitaire  représenté par chaque entité. Par exemple aux
dernières élections universitaires, il y avait 11 enseignants, 11 étudiants et 11
doyens des entités qui avaient voté en vue d’élire les candidats de leur
choix.  Selon la dernière résolution de
l’université, 2 représentants des entités des provinces  et le personnel administratif ont le droit de
participer aux débats universitaires[43],
ils peuvent influencer les votes à partir des débats.  Cependant ils 
n’ont pas droit de vote pour l’instant. L’université d’État d’Haïti
comporte  30 milles étudiants, 1500
enseignants dont 12% d’entre eux ont un Ph.D et 800 membres du  personnels administratifs.

12.2.- L’UEH, la politique et la
démocratie

Les activités  politiques estudiantines  ne sont pas négligeables. Soutenus de près ou
de loin par certains enseignants et certains leaders politiques, la vie
politique à l’UEH a une configuration spontanée. Les formes d’engagement
politique dépendent de la conjoncture et du discours dominant. Les
revendications universitaires telles que : meilleures conditions de travail,
laboratoires, la réforme universitaire, 
le budget universitaire, les subventions etc., dans une logique
mercantile,  sont toujours confondues
avec les revendications de l’heure. Une bonne raison pour ces universitaires de
gagner les rues et se mêler avec d’autres idéaux politiques au nom du peuple
haïtien. Normalement l’essence des revendications universitaires se confond
avec celles de la population dans le but de réclamer le changement du système,
l’avènement d’un État de droit et repenser la fonction  de l’appareil Étatique du pays. Ce qui nous
parait très démocratique et légitime de redéfinir le rôle des structures
politiques et sociales, questionner les technologies de gestion stratégique de
l’État, s’opposer drastiquement à la corruption etc.    Les périodes de crises servent de tremplins
pour un engagement de la communauté universitaire sur les causes de leur
chapelle. Une fois la conjoncture politique est plus ou moins stable, les
revendications sur les besoins de l’université deviennent feu de paille, sans
être satisfaites. Nous nous  demandons
est-ce un bon moyen pour ces acteurs de réagir comme le profane, le commun des
mortels? Alors que l’espace universitaire devrait être un lieu de débats
contradictoires sur les situations socio-politiques et économiques du pays afin
de trouver des solutions durables. Les réseaux de débats et de discussions
scientifiques  sont quasiment inexistants
à l’UEH pour faire place aux relations informelles. Dans ce cas, on ne peut pas
distinguer l’étudiant et le profane dans les actions politiques. L’université,
tout en étant le lieu des débats contradictoires, devrait être gardienne de la
démocratie. Bien au contraire, les liens entre scientifiques-intellectuels et
politiques à travers les tentatives de causeries, de conférences-débats
contradictoires conduisent  à des
réactions d’intolérance et même de violence à l’intérieur de l’espace
universitaire au profit de l’idéologie politique conjoncturelle dominante. Que
dire de la participation estudiantine dans une éventuelle conférence nationale,
quand il y a une phobie des experts et intellectuels indépendants de fréquenter
et véhiculer leurs idées dans l’espace universitaire?  Partisans des gouvernements ou membres de
l’opposition ou militants des partis, le seul engagement des universitaires
devrait être un faisceau autour des projets de développement technologique, économique,
social et intellectuel du pays.    Dans
le cas contraire, il y a une absence de consistance autour d’un projet durable
au profit de la politicaillerie dans les réactions des acteurs à l’université
d’État d’Haïti. Selon le Dr. Kénold Moreau, «l’université doit s’évertuer à
fournir les moyens nécessaires à la reconstruction et au développement
économique, social et culturel du pays en alignant ses programmes sur ces trois
dimensions du développement : économique, sociale et culturelle[44]
» La non valorisation des universitaires et de l’Université d’État d’Haïti
est  une source de perpétuation de la
crise haïtienne. Nous pouvons dire à l’instar de Aguessy que : «l’éducation est
posée comme un bien privé, individuel ou collectif, son rôle est redéfini en
termes de productivité – pour les entreprises –, de rentabilité – pour les
individus –, et de croissance – pour les États[45].
»  Entre la productivité
(intellectuelle), la rentabilité (performance) individuelle et la croissance
(pour le pays),  où se trouve l’éducation
universitaire haïtien dans tout ça? La politique universitaire ne devrait-elle
pas  une politique publique?

13.- Institutions religieuses et la
crise politique en Haïti

13.1.- Le Protestantisme

Nous n’avions pas
la prétention de maîtriser intégralement le fonctionnement des institutions
religieuses. Cependant en termes de pourcentage, les religions les plus
fréquentées en Haïti sont le catholicisme, le protestantisme et le vodou. Le
CIA World Factbook parle de 28.5 % de protestants en Haïti en 2016, dont 15.4%
de baptistes, 7.9 % de pentecôtistes, 3 % d’adventistes et de 1.5 % de
méthodistes. Le pasteur Fritz Fontus «pense que l’implantation du
protestantisme n’est pas définitive : des enquêtes révèlent, par exemple, que
13,5 % des protestants retombent dans les pratiques du vaudou, ce qui serait le
signe d’une inculturation superficielle[46].
»  Le Dr Romain nous présente toujours
dans son livre, « la croissance[47]
soutenue du protestantisme en Haïti à travers les années. Année Pourcentage de
protestants 1930 1.5% . 1940 4% , 1950 8%, 
1960 12%,  1977 20% , 2000
40%.  Le Dr EXANTUS avance le chiffre de
52% en 2012.» Selon le Dr. Exantus[48],  Au niveau de l’éducation, il y a  42% des écoles fondamentales en Haïti sont
l’œuvre des protestants. Sur le plan sanitaire, le secteur protestant gère 66
centres de santé et d’hôpitaux, ce qui représente 60% de la couverture médicale
du pa1     876Dys. Au niveau
universitaire, ce secteur possède  25%
des universités privées haïtiennes notamment 
les Universités GOC, FDSA, ADVENTISTE, LIMBE etc. Les protestants ont
donné naissance à  la première station de
radiodiffusion à couverture nationale 
»Radio Télé Lumière ».  Au niveau
humanitaire, ils sont venus avec les  ONG
comme COMPASSION INTERNATIONALE, WORLD RELIEF, WORLD VISION, ARMEE DU SALUT
viennent en aide aux nécessiteux du pays 
Ont-ils réussi à concevoir l’éducation sur le plan socio-culturel? La
situation des haïtiens depuis environs 200 ans à partir de l’implantation du
protestantisme en Haïti ne justifie pas l’avancée en ce sens.

13.2.- Le catholicisme

Les avis sont
partagés sur le pourcentage des catholiques pratiquants. Certains disent
qu’elle représentait en 2016 près de 55 % des Haïtiens. Des chercheurs comme
Lewis Ampidu Clorméus (2014) dit que  la
religion catholique prédomine[49]
dans le paysage religieux avec 54,7 % par rapport à  2,11 % se déclarent « vodouisants » (adeptes
du vodou). Alors qu’il est quasiment unanime que le vodou considère comme «
religion nationale » et fondement de l[50]’haïtianité.
Il y a une explication de cet infirme pourcentage représentant le  vodou, c’est que, selon l’auteur,  la grande majorité des « vodouisants » sont
des catholiques pratiquants. C’est une pratique chez nous, quand on demande à
quelqu’un sa religion, la personne, si elle n’est pas protestante, même si elle
est vodouisant, répond toujours qu’elle est catholique. Est-ce les méfaits subi
par les vodouisants par exemple la campagne rejetée de 1940-41 qui sont encore
vivant dans leur mémoire. Selon Laennec Hurbon, sur le plan social, l’Église
Catholique a fonctionné comme l’un des appareils les plus importants de l’État
depuis le concordat de 1860. Jusqu’en 1995, Elle possédait 2 105 écoles
congréganistes, presbytérales et de laïcs catholiques sont sous le contrôle de
l’Église. L’église possède des hôpitaux et des universités et également des
ONG. Par exemple, l’hôpital Saint François de Salle et l’Université Notre-Dame
d’Haïti, la Commission Justice et Paix pour ne citer que ceux-là. La radio et
télé soleil sont aussi les œuvres de l’Église catholique.  Les responsables de l’Église catholique sont
très impliqués sur le plan social et religieux à travers l’organisation
catholique dénommée la Conférence Haïtienne des Religieux (CHR). Par ailleurs,
certains chercheurs se questionnent sur la qualité et le type d’éducation  offerts par ces écoles. Quasiment tous les
dirigeants de ce pays, en référence à leur curriculum vitae reviennent de ces
écoles dites «élitistes »  et de «qualité.»
On se demande pourquoi ces dirigeants sont-ils majoritairement des piètres dans
la gestion de la chose publique du pays? C’est une autre piste pour de
prochaines recherches en ce domaine.

13.3.- Le Vodou

Des institutions
comme la religion Vaudou, gardienne de la culture haïtienne, cette institution
fonctionnent comme si elle était toujours dans le sillage des colons d’avant
1804. Cette religion inculquait implicitement à ses adeptes le sens du sacré.
En fait,  selon Ambroise Dorino Gabriel,
(2010), le sacré est  considéré  comme des choses  intouchables, incorruptibles et ce sont des
vérités incontestables[51].
Sur le plan culturel, le sacré est un lieu commun,  une source d’inspiration, de créativité et de
ressourcement. Tous les principes évaluateurs du mouvement social découlent du
sacré. Le Vodou c’est relativement l’émanation même de la culture haïtienne à
travers laquelle se véhiculent ces principes. Tout ce que nous sommes, notre
identité se forgent à travers cette culture. 
C’est pourquoi Jean Price Mars priorisa la culture orale et critique le
« bovarysme » qui est la tendance de l’élite et l’intelligentsia haïtienne  de nier son Moi collectif[52]
qu’est le Vodou. Après la plaidoirie de Mars en vue de faire connaître le Vodou
comme religion, le 4 avril 2003 était sorti un arrêté[53]
dans son article 1 reconnaissant officiellement le vodou comme une religion à
part entière. Le sociologue Claude souffrant, (1969), analysant les écrits de
Price Mars sur les sentiments religieux disait que :

 «Le village haïtien est, dans certains cas, un
milieu sacral. La religion est pratiquement la seule action culturelle qui s’y
exerce. Pas d’écoles. Pas de journaux. Pas de syndicats. Pas de coopératives.
Pas de parti politique… Pas de foyers d’éducation agricole ou sociale. Le
monopole du religieux est presque absolu. Même les services sociaux, quelquefois,
passent par la médiation du religieux. Le temporel n’y est donc que le canal
profane, l’ombre du religieux. Ce temporel n’a ni autonomie ni consistance, son
efficacité propre est masquée par un halo mystique[54].
»

Jusqu’en 2019,
aucune recherche ne montre des réalisations de ce secteur religieux sur le plan
social et éducatif. Les vodouisants restent-ils ancrés dans cette «hypersacralisation
des mentalités[55] »
qui fait de ses adeptes des «polarisés » vers l’au-delà et le divin?
Continuent-ils à vivre dans l’au-delà en négligeant la vie sur terre à
travers  le développement, la promotion
économique et sociale?

Cinquante ans
après le constat du Dr. Claude Souffrant, nous nous demandons si les
responsables se sentent confortables dans leur fonctionnement. A l’instar des
catholiques et des protestants, ils n’ont officiellement aucun projet de se
lancer dans l’éducation civique, citoyenne et 
intellectuelle de nos enfants afin de perpétuer les valeurs de cette
nation. Dans une synergie, une symbiose fraternelle, le pays pourrait trouver
sa vraie route, la route du développement économique, politique et sociale.
Aucune école primaire, secondaire, ni même universitaire ne se réclament
officiellement être de l’obédience vodouique. Où se trouve la religion Vodou
dans un tel projet de formation de nos jeunes? Les responsables et adeptes du
Vodou vont-ils prétexter de la peur des représailles comme celles de la
campagne rejetée de 1941? Contrairement au taux de 2.11% de vodouisants que
donnent les statistiques  en Haïti, nous
pensons que relativement 100%  haïtiens
sont des vodouisants. Nous sommes conscients que notre allégation peut soulever
des mécontentements et des polémiques. Les raisons sont simples, c’est qu’il
est quasiment unanime que tous les haïtiens, pour des cas de maladies se
servent la pharmacopée implicite du vodou. Par exemple, pour guérir une fièvre,
qui d’entre les haïtiens ne connait pas 
la friction de l’huile «Maskreti » (Palma Christi) et l’infusion du thé
de l’ « asosi ». Autant d’exemples de bienfaits de médicaments naturels  de la pharmacopée du Vodou que jouissent tous
les haïtiens. Le Créole qui est notre langue maternelle, un élément culturel
très fort,  est une invention des
vodouisants multi-linguistes de l’époque coloniale,  afin de bien mener la lutte pour
l’indépendance d’Haïti. Fort de tout cela, tous les haïtiens sont des
vodouisants innés.  Les écoles et
universités pourraient servir aux vodouisants des lieux scientifiques pour
développer leurs industries pharmaceutiques. Alors pourquoi restent-ils fermés
comme au temps de l’esclavage? Kenold Moreau a raison, quand il dit que : «
l’université haïtienne, tant par l’organisation des études, le contenu des
enseignements, les méthodes pédagogiques que par les structures organiques et administratives
se révèlera en mesure d’atteindre les objectifs suivants : a) rénover la
culture nationale; b) rehausser le niveau culturel de la population; c)  S’imposer comme un foyer de progrès
permanent; Former des cadres experts et patriotiquement engagés; Tels devraient
être les principes cardinaux d’orientations de l’enseignement supérieur en
Haïti[56].
» Dans ce cas, les vodouisants sont concernés par la transmission des savoirs
implicites afin de les rendre scientifiques par la recherche et le développement.

Les tentatives de
calquer nos systèmes économiques politiques et sociaux sur les autres pays
«développés» ont du mal à marcher convenablement. Les dirigeants de cette
religion se laissent plutôt entraîner dans la discorde et la division. Le pays
s’effondre et ils n’arrivent même pas à s’entendre sur les principes d’avoir un
leader pouvant représenter valablement ce secteur. Malgré l’évolution
intellectuelle et sociale des adeptes du Vodou, cette religion reste encore
enfermée dans des pratiques feutrées. L’espace laissé par les autres cultes
protestants et catholiques à tous les niveaux de la vie nationale devrait
interpeller les adeptes de la religion de nos ancêtres afin de mettre la main à
la pâte sociale,  éducative et politique,
de telle pâte tarde encore à nous donner de la formation intellectuelle et
religieuse, de la formation technologique et technique comme pains quotidiens.
L’État haïtien aussi à son rôle à jouer afin d’aider cette religion, qui n’est
pas seulement celui d’un  accompagnateur
mystique des représentants de l’État au besoin, le Vodou doit sortir
positivement de son mutisme.

14.- Pour
 le
 Pays,
 pour 
les 
Ancêtres
 Marchons
 unis,
 marchons 
unis


14.1.- L’État, les trois pouvoirs
(l’autorité) et la politique

Les chercheurs
distinguent l’État moderne par rapport à l’État ancien. Celui-ci faisait tout
dans un esprit totalitaire. Tandis que 
l’État moderne se donne pour tâche de s’occuper des droits de la
personne et de la propriété privée. C’est un État qui régule les activités et
échanges économiques en les circonscrivant dans un cadre juridique. Sur le plan
politique et dans une perspective de rationalité,  l’État accompagne les institutions par
l’instauration des politiques publiques en faveur de la communauté par le biais
de l’administration et de la fonction publique en vue d’exercer son pouvoir sur
la société, sans ingérence internationale. L’État est un collectif abstrait[57]
qui incarne sur le plan politique l’organisation de la société, Des juristes
allemands  et français du 20e. s  tels que : Jellinek, Laband et  Carré de Malberg parlaient de la théorie des
trois critères de tout État souverain[58]
:

  • un territoire qui est
    délimité par des frontières. Il comprend également  le sol, sous-sol, l’espace maritime et l’espace
    aérien du pays ;
  • une population qui est
    composée des gens et des communautés de la nation et du peuple.
  • un gouvernement  qui est un pouvoir d’injonction légitime
    et  juridique réglé par des lois et leur
    application;

Dans certains
pays, dont le Canada et les États-Unis, on parle de l’État fédéral qui une
confédération d’États. Contrairement au modèle susmentionné, ils partagent  la souveraineté et en  partie leurs 
compétences  sont mises en commun
au niveau de l’État fédéral en matière de défense nationale, politique
monétaire, diplomatie. Ce type d’État est soutenu en général  par 
deux chambres : une assemblée représentative de la population et un
sénat représentant les États.

En Haïti, notre
État est «souverain » suivant la constitution de 1987, l’État  est composé de trois pouvoirs :

  1. Le pouvoir Exécutif
  2. Le pouvoir législatif
  3. Le pouvoir judiciaire

Outre le rôle
politique de l’État, la constitution haïtienne, en son article 19  fait injonction à l’État en son article
19  stipulant que : «l’État a
l’impérieuse obligation de garantir le droit à la vie, à la santé, au respect
de la personne humaine, à tous les citoyens sans distinction, conformément à la
Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.

Ils sont nombreux,
les auteurs qui réduisent la politique au concept de pouvoir. Des chercheurs
tels que : Lasswell et Dahl, Burdeau, Duverger et Aron parlent de la  politique 
en tant qu’exercice du pouvoir.  
Dahl eut à dire qu’un «système politique est une trame persistante de
rapports humains qui implique une mesure significative de pouvoir, de
domination ou d’autorité[59].
» D’autres disent qu’au lieu d’être un fondement de la politique,  le pouvoir est un instrument de la politique
et la lutte pour le pouvoir est un autre regard de la politique.  Max Weber, de son côté dit qu’ «est politique
un groupe de domination dont les ordres sont exécutés sur un territoire donné
par une organisation administrative qui dispose de la menace et du recours à la
violence physique[60].
»  

L’analyse des  aspects politiques, si elle veut être
comprise,  devrait être l’apanage de la
sociologie qui selon elle, les faits sociaux sont totaux et globaux[61].  Nous ne pouvons pas exclure la vie sociale de
la vie politique, de la vie économique etc. En d’autres termes, sur le
plan  politique les domaines économiques,
religieux, etc. L’analyse d’un élément le politique, ne doit pas être comprise
de manière isolée de l’ensemble qu’est la société toute entière. Voilà
pourquoi, il nous est impératif de passer en revue les trois pouvoirs de l’État
haïtien: l’exécutif, le législatif et le judiciaire, afin de dégager les points
de ressemblances et de divergences menant le pays dans cette situation de crise
interminable.

14.1.1.- Le pouvoir Exécutif

Le pouvoir
Exécutif est exercé par le président de la république et  le cabinet ministériel. Il a pour mission la
nomination du premier ministre qui, selon l’article 133 de la constitution de
1987 est le chef du gouvernement. De concert avec le premier ministre, le
président fait choix  des ministres, il
accrédite les ambassadeurs,  signe les
traités,  veille au respect et à
l’exécution de la constitution. En tant que 
le principal garant de la souveraineté nationale, il assure le bon
fonctionnement régulier des pouvoirs publics 
dans une optique de continuité et de la stabilité politique du pays
etc.   Le premier ministre a aussi des
responsabilités bien définis, en accord avec le président, le premier ministre
choisit les ministres.

14.1.2.- Le pouvoir législatif

Le pouvoir
Législatif se compose de deux Chambres : La chambre des députés composée de 136
députés et la chambre du sénat qui comprend 30 sénateurs élus. Ces deux
chambres sont indépendantes mais surtout liées par l’assemblée nationale en vue
de statuer ensemble sur des projets lois. En toute indépendance, les deux
chambres  ratifient  ou non les décisions du gouvernement, elles
votent le budget du pays. La prestation de serment du président de la
république se fait en assemblée. Séparément, les deux chambres reçoivent le
premier ministre dans le cadre de la déclaration de sa politique générale la
politique générale du premier ministre pour la ratification. Elles  votent les traités internationaux.

14.1.3.- Le pouvoir judiciaire

Le pouvoir
judiciaire de la république d’Haïti est exercé par les cours et les tribunaux
tels que : la cour de cassation, les cours d’appel, les tribunaux de paix, les
tribunaux de première instance.  Sur le
plan de l’organisation  géographique,
ce  pouvoir très complexe parmi les trois
pouvoirs. Le pouvoir judiciaire a pour tâche et mission d’interpréter
strictement les lois. La cour de cassation se compose de  neuf juges nommés par le président de la
république pour une période de dix ans. Les juges de la cour de première
instance sont nommés pour 7 ans et ils sont inamovibles, jusqu’à l’épuisement
de leurs mandats.

La constitution de
1987 définit clairement les relations existant entre les trois pouvoirs en vue
d’assurer la gestion du pays. Ces trois pouvoirs sont constitutionnellement
interdépendants. Comme disait M. Claude Moise, son article écrit en 2012 :
ces  «Organes de l’État central sont
exécutif qui est  bicéphale, le
législatif bicaméral et le judiciaire à paliers[62].
»  De ce fait,   L’exécutif 
est le gardien de la souveraineté nationale, le pouvoir législatif
consolide cette souveraineté par des lois et veille à leur application. Le
pouvoir judiciaire, à travers les cours et tribunaux a le pouvoir de faire
respecter les lois par les nationaux au nom de la démocratie. On ne peut pas
concevoir la gouvernance d’Haïti sans l’un de ces trois pouvoirs. Cependant, M.
Claude Moise, parlant de la gouvernance d’Haïti soutient qu’ : «Elle est
intrinsèquement perturbatrice lorsque le gouvernement n’est pas l’émanation
d’un parti majoritaire au Parlement. Une certaine fragilité peut naître d’une
évolution imprévisible des rapports entre les deux têtes de l’exécutif et
aboutir à des chocs d’intérêts, conflits de personnalités, rupture[63].
»

Les trois pouvoirs
qui ont la responsabilité de mener le pays sur le plan socio-politique,
économique et judicaire n’offrent pas à la population des actions positives
relatives à leur vocation. Un manque de confiance totale s’installe entre les
acteurs des pouvoirs  politiques  et le peuple. Ce qui fait que tous les
mouvements et discours de ces hommes et femmes politiques n’ont pas convaincu
le peuple qui devient de moins en moins crédule et de plus en plus distant face
à leurs mandants. Toute action politique entre ces trois pouvoirs est un «deal
» qui se fait pour l’enrichissement des uns et des autres au détriment du
peuple.   L’éthique politique et
professionnelle est absente au niveau des trois pouvoirs pour faire place
à  la corruption, la malversation et le
banditisme d’État. Des actions politiques traîtres, sournoises et perfides qui
fragilisent tout un système politique et conduisent le pays sur le bord du
gouffre.

15.- Pour
les
Aïeux,
pour
la
Patrie…dans nos rangs
points de traîtres.

Les experts en
sociologie politique disent qu’il existe 9 grands systèmes politiques[64]
à savoir :

  • La théocratie. Elle
    est  désignée couramment par un régime
    dans lequel des dépositaires sont des autorités religieuses,
  • La république qui n’est
    pas obligée d’être  une démocratie dont
    le peuple est le seul souverain. C’est un régime dont  dans lequel le pouvoir est responsable devant
    la nation.
  • La démocratie  qui est un régime dans le peuple  lui-même souverain. Tous les pouvoirs sont
    exercés par le peuple ou ses représentants. «La démocratie est donc le
    gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple. »
  • L’oligarchie est
    considérée comme la  dégénérescence de la
    démocratie.
  • La monarchie qui est un
    gouvernement d’un seul « commandement » : le souverain dirigé par  un roi, un empereur, un calife, un émir, ou
    autre, accède au pouvoir soit par élection, soit par héritage,
  • La féodalité  qui est un système politique dans lequel
    société au pouvoir éclaté et la souveraineté est répandue çà et là entre les
    différentes seigneuries : le seigneur gouverne une terre et y exerce la
    justice. 
  • Le despotisme : qui veut
    dire « le maître dans la maison », « le maître des esclaves ». Elle a une  connotation péjorative très négative. Le
    despotisme désigne un pouvoir arbitraire et oppressif, qui s’exerce en dehors
    des limites du droit.
  • La dictature  est la disposition des pouvoirs par un homme
    en vue de  mener à bien une mission. Le
    socialisme du XIXe a développé la notion de dictature du prolétariat, période
    de pouvoir absolu de la classe ouvrière qui doit permettre le passage au
    socialisme.
  • Le totalitarisme  qui est un phénomène, c’est l’avènement de
    régimes dictatoriaux extrêmes au XXe siècle : l’Italie fasciste, l’Allemagne
    nazie, l’URSS ou la Chine maoïste dans lesquels l’État a cherché à contrôler et
    à soumettre la totalité de la vie sociale à son pouvoir.   la nation ne peut pas se donner sa propre
    loi ni n’a droit à aucune liberté. Ce genre de système politique monopolise
    les   médias, contrôle  et censure la production culturelle etc.

De tous ces
systèmes politiques, Haïti se range parmi les pays qui professent la démocratie
comme système politique et se lance aveuglément dans le néo-libéralisme comme
système économique. Ceci met le pays à nu dans ces problèmes de production
nationale, de concurrences internationales et d’échanges commerciaux. Les
dirigeants n’ont pas les moyens de leur politique. C’est une source
d’éclatement et de crise perpétuelle. Dans ce cas, Haïti va-t-elle résister,
quand  les pays formant les grandes
puissances économiques commencent par laisser le système néo-libéralisme qui
selon eux est dépassé pour faire place à la «MODERNITE » en tant que palliatif
pouvant aider les pays en développement à rattraper leur retard par rapport aux
progrès socio-économiques et technologiques du monde?

15.1.- La crise haïtienne est-elle
systémique?

Depuis 1987, Haïti
adopte la démocratie en tant que système politique en lieu et place de la
dictature. Dans un système démocratique, il y a un gouvernement dans lequel le
peuple exerce de manière souveraine et 
directement  par le vote son
pouvoir. C’est le peuple qui donne à ses représentants de la légitimité. Donc,
dit-on : «La démocratie c’est le gouvernement du peuple, par le peuple et pour
le peuple. » Gettysburg (1863). Selon Alexis Tocqueville, la démocratie
assure  l’égalisation des conditions
sociales et l’évolution des classes sociales. Dans ce cas, la démocratie
devrait être considérée comme étant le système politique faisant la promotion
de la liberté individuelle et le respect des divergences politiques.
Tocqueville avance que la démocratie  est
la  «charnière qui relie libéralisme
politique et libéralisme économique[65]
D’autres experts ajoutent que la démocratie doit être un facteur explicatif du
développement économique, des droits civiques et politiques. Donc, nous pouvons
à partir de ces allégations, qu’une absence de développement économiques et des
autres droits entraînent ipso facto l’absence de la démocratie dans un pays
comme le nôtre.

15.2.- Le système démocratique  haïtien et le développement

La démocratie
marche de pair avec les termes transparence et reddition de comptes. Sans
scrupule, les dirigeants politiques se battent contre les tentatives des
citoyens d’avoir des explications sur les dépenses des gouvernements. Alors que
nous disons que nous sommes en démocratie. S’il y avait une  bonne gouvernance et gestion des fonds
publics et le respect des normes démocratiques, pourquoi, au nom de la
démocratie le peuple ne peut pas trouver des explications sur les actions
gouvernementales?  Les citoyens n’ont-ils
pas le droit des s’impliquer dans les affaires de la république? Quand nous
savons à l’instar de Tocqueville, que : «Le premier danger de la société
démocratique est donc de pousser les citoyens à s’exclure de la vie publique
qui devrait pourtant être une préoccupation essentielle[66].
» Nous vivons dans un État  de droit,
l’inclusion, la transparence,  la
protection des droits de l’homme et des libertés doivent-être les fers de lance
d’une démocratie.  La divergence
d’opinion et la  tolérance qui sont des
aspects essentiels de la démocratie. Il y a une absence de confiance dans les
institutions du pays. Elle se confirme à travers  des élections irrégulières, Le courtage
gouvernemental,  l’asservissement de la
justice, le mercantilisme parlementaire indépendance judiciaire, etc. ne
peuvent pas garantir la démocratie sans tenir compte des intérêts supérieurs de
la nation. Pour Tocqueville, la première caractéristique qui définit une
société démocratique, «c’est l’égalité des conditions. Cela signifie que les
individus sont juridiquement égaux[67].
»   Notre système démocratique est calqué
sur celui de l’occidental pour lequel nous n’utilisons ni avoir, ni savoir pour
appliquer ce système. Selon les données de 
2017 de l’IHSI, l’économie haïtienne est caractérisée par un Produit
Intérieur Brut (PIB) per capita de 752,20 dollars pour une population de 10,9
millions d’habitants. Le Produit Intérieur Brut, en volume et  de 1,2% contre 1,5% en 2016. Une   consommation finale de  2,7% 
pour des Investissements de  0,9% qui
ont tiré la croissance. Nous assistons à une chute des exportations, de 1,2%.
«La consommation finale a été surtout boostée par la hausse des transferts de
la diaspora (15,4%) et l’accroissement de la masse salariale tant au niveau
public (8,0% que privé (15,5%). »  Nous
ne faisons que singer  très mal car rien
n’est respecté dans notre système démocratique dans lequel nos valeurs
intrinsèques et ne sont pas prises en compte. Un système démocratique doit être
soudé d’un système économique. En vertu de quel système économique Haïti
fonctionne-t-elle : le capitalisme, le libéralisme, le néo-libéralisme?

Une démocratie qui
marche à reculons ne peut être supportée par aucun système économique pour son
développement. Si la démocratie est le pouvoir du peuple, par le peuple et pour
le peuple, elle ne pourra pas évoluer dans un pays dans lequel il y a une alphabétisation
à outrance. Les universitaires et 
professionnels ne sont pas valorisés. Nos dirigeants, au nom du
développement payent le luxe  d’importer
des techniciens de l’étranger, alors qu’ils investissent dans des
universitaires qui devraient mériter leurs confiances sur le plan technique.
Quelle aberration! Le développement et l’indice de développement humain sont
les deux facettes d’une même médaille. 
Toutes les institutions du pays sont en faillite, que ce soit la
famille, l’école, les institutions religieuses, la société civile, le secteur
privé et son comportement individualiste, les collectivités locales, les
syndicats, les médias, etc., dans ce cas, par où allons-nous initier le
développement?  N’est-ce-pas Alexis de
Toqueville qui dit : « Éblouis par l’enrichissement, le désir d’une plus grande
satisfaction matérielle et la recherche du confort individuel diminuent la vie
culturelle, les citoyens oublient de participer à la vie politique qui, du même
coup, s’appauvrit[68].
» Nous n’avons quasiment pas d’industriels dans le pays. Les données de l’IHSI
nous montrent la situation dans le tableau suivant :

Branches d’activité[69] Produit
Intérieur Brut par secteur

(En millions de gourdes
constantes)
  2012-13 2013-14 2014-15* 2015-16** 2016-17***
Agric.,
Sylvic., Élev. et Pêche
3360 3311 3131 3227 3254
Industries
Extractives
18 19 20 20 20
Industries
Manufacturières
1174 1206 1261 1280 1293
Électricité
et Eau
69 70 70 72 73
Bâtiments
et Travaux Publics
1470 1586 1622 1625 1639
Com.,
Restaurants et Hôtels
4147 4323 4441 4474 4524
Transports
et Communication
1117 1158 1189 1194 1205
Autres
Services Marchands
1692 1779 1817 1865 1894
Services
non Marchands
1671 1705 1761 1788 1803
Branche
Fictive[70]
-909 -996 -981 -992 -994
Valeur
ajoutée brute totale
13809 14191 14331 14553 14711
Impôts
moins subventions sur les produits
1208 1248 1295 1300 1328
Produit intérieur brut 15017 15439 15626 15853 16039
Taux
de croissance en %
4,2 2,8 1,2 1,5 1,2

Source : Institut Haïtien
de Statistique et d’Informatique (IHSI)-Notes : **Semi-définitif –
**Provisoires – ***Estimations

Les embryons
d’industries que nous avons, au lieu de les renforcer, les transformer
techniquement et technologiquement, nous les avons pour la plupart  privatisées. Quant aux autres, elles sont
tombées sous le poids de l’économie néo-libérale, transformant ainsi les industriels
haïtiens en grands commerçants des produits importes. Le secteur privé des
affaires devient un secteur où  se
défilent les négociants et grossistes des produits étrangers en  Haïti. Le tableau ci-contre montre la
situation générale  du produit intérieur
brut du pays avec un taux de croissance qui continue à se déprécier.

16.- Pouvons-nous nous inquiéter de
l’avenir de la politique en Haïti?

Toutes les
conditions sont réunies pour constater la défaillance des institutions et de
l’État en Haïti. La capacité du peuple à choisir ses dirigeants pour exercer
leur pouvoir au sein des gouvernements n’aide pas le pays à se relever de ses
problèmes profonds, puisque les résultats attendus de ces dirigeants sont
toujours de piètres qualités. Le pays a un taux d’analphabétisme frisant les
41% de la population haïtienne. Il n’y a pas de volonté manifeste de sortir le
peuple dans ce problème, car c’est une source de satisfaction politique pour
les dirigeants. Ceux-ci se servent de cette situation pour mentir et tromper le
peuple dans les périodes électorales. Par exemple, quand on fait savoir à des
pauvres paysans qu’un président peut acheter des vents et bloquer les cyclones
pour ne pas ravager les maisons et la plantation des paysans, sont autant de
fables qui montrent que le peuple est très vulnérables sur le plan
politique.  Aussi bizarre que cela puisse
paraître, les aides extérieures ne peuvent pas résoudre les problèmes d’Haïti. Au
contraire elles contribuent à l’enfoncer davantage dans ses problèmes. Haïti a
une crise profonde d’hommes et de femmes que nous pouvons résumer en ces termes
:

16.1.- La crise haïtienne est  disciplinaire

Michel Foucault
dit que La notion de « discipline » est étroitement liée à celle de « pouvoir »
Selon lui,  le pouvoir n’est ni l’État, ni
une quelconque institution[71].
Il est avant tout multiple et relationnel. Certains chercheurs dont Didier
Ottaviani (2003) pensent que la discipline est née avec les mutations
économiques, l’accroissement de l’appareil de production, l’apparition de
stocks exposés à la dépravation. Ils  ont
rendu nécessaire une nouvelle forme de contrôle des populations. La discipline
est «une technique de gestion destinée, non pas à réprimer les exactions des
individus, mais à orienter leur comportement[72].
»  La première caractéristique de la
discipline   ne se tient  pas sur des faits, elle est destinée à
encadrer l’individu, à orienter ses potentialités d’action. Aucun projet social
et économique d’Haïti ne peut 
concrètement se développer sans la discipline des responsables des  pouvoirs. La discipline est fondamentale dans
la gestion financière et dans tout ce qui a rapport aux êtres humains. Le droit
de regard sur la gestion de la république est avant tout l’affaire des
pouvoirs. Selon Ottaviani, «La discipline a donc une fonction « normalisatrice
» c’est-à-dire qu’elle tend, d’une part, à homogénéiser un ensemble, un espace
et un temps, et, d’autre part, à individualiser, à marquer des distances, des
écarts entre les individus, à régler leur interconnexion. » En Haïti, une
personne qui est disciplinée, 
ponctuelle, méticuleuse, pevoyante et méthodique fait parfois la risée
des autres. Des fois on lui demande «Si c’est lui qui vient pour redresser le
pays… »  («eske se ou kap  vinn range peyi a? ») Donc nous sentons  que le désordre (l’anarchie) chasse la
discipline dans ce pays, sous prétexte que l’établissement de l’ordre et la
discipline  s’apparentent à des
sanctions. Pour frayer le chemin du désordre, 
cette phrase vient toujours en renfort : «se pa premye glas ki kraze nan
gouvenman » Le scandale petrocaribe en dit long sur ce comportement. Malgré le
rapport de la Cours Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif, les
visés dans ces rapports, pour trouver un bouc-émissaire à leur forfait,
préfèrent de  parcourir plus de trente
ans d’histoire récente afin de chercher d’autres coupables  en vue de  jeter la confusion. Il faut quand même un jour
pour freiner le désordre institutionnalisé.

16.2.- La crise haïtienne est éthique

Pour évoquer le
terme éthique, il est nécessaire de le distinguer du mot « morale », selon
l’usage actuel qui apparaît dans les Sciences de Gestion (Igalens J. Joras M.
2010). La morale  distingue le bien du
mal. Le plus souvent, on attribue la morale au domaine de la foi. On questionne
le comportement d’un individu par sa morale, son milieu et son cadre de vie.  Avoir la morale c’est « ne pas nuire à autrui,
rien de plus[73]»
(Ogien R. 2007), et « résister à l’intolérable » (Julien F. 2006). Tandis que
l’éthique est du domaine de la raison. L’éthique est tellement importante dans
la vie d’un groupe et des personnes en général que  dans les entreprises privées ou publiques on
parle de l’éthique des achats, des contrats, de la finance, de la GRH, des
systèmes d’information, etc.  Les normes
éthiques et morales, qu’elles soient individuelle, de groupe,  dans une entreprise ou dans une collectivité
sont établies par rapport à  son identité
et sa culture. Selon les philosophes, il existe l’éthique de conviction, de
responsabilité, de l’altérité. Pour ce qui est de l’éthique des affaires,  F.Henrot (éd. Plon 2010) parle du respect de
la loi– « toutes les règles édictées par les autorités publiques qu’elle qu’en
soit la nature[74]»
Parlant de la crise éthique, nous pensons que c’est une situation qui échappe
au  contrôle des acteurs haïtiens, suite
à des comportements inéthiques tels que les actes «frauduleux, irresponsables,
criminels de certains, pour répondre aux besoins et attentes de la puissance
publique[75].
» Aussi paradoxale que cela puisse paraître, le respect de la personne humaine,
la sauvegarde de l’environnement, des ressources et du milieu naturel, les
questions autour de l’argent, la prise en compte des valeurs culturelles et
intellectuelles, la qualité de l’information et de la communication etc. font
partie de la conduite d’éthique. 
L’article 168 du code de déontologie et d’éthique de la fonction
publique haïtienne stipule que  : « Le
fonctionnaire est astreint à l’obligation de servir les intérêts généraux de la
République avec loyauté, dévouement, probité, discrétion, efficience,
efficacité, impartialité, diligence et désintéressement dans le respect de la
Constitution et l’obéissance aux lois et règlements en vigueur[76]
Rien de l’article 168 n’est globalement respecté dans  le fonctionnement de l’administration
publique haïtienne. L’article 181 : «L’obligation de probité et de désintéressement
entraîne la répression de tous les agissements qui y sont contraires, tels que
l’ingérence, le trafic d’influence, la corruption, la concussion, le délit
d’initié, le détournement ou la soustraction de deniers publics, actes et
documents de l’administration[77].
» Les scandales de détournement de fonds dans ce pays en disent long sur le
mauvais fonctionnement et le non-respect des principes administratif. Les
autorités internes et  de régulations
sont tellement impliqués dans des situations louches qu’ils n’ont aucune
confiance ni respect de la société. Les institutions haïtienne responsables de
contrôle telles que : la CSCCA, de l’UCREF, de l’ULCC et de la CNMP, la Justice
qui devraient contribuer  à la lutte
contre la corruption en Haïti sont limitées par 
leurs actions  «aux respects des
procédures et formalités sans s’élever à la dimension philosophique de l’éthique[78].
» Très souvent les responsables de ces institutions ne sont pas libres de leur
mouvement sur le plan administratif. Ils 
ont des redevances et des allégeances, 
envers leurs patrons (Président, premier Ministre et Ministres) aux
dépens des normes administratives. Or l’article 5 de la loi portant prévention
et répression de la corruption stipule que : «Sont considérés comme actes de
corruption au regard de la présente Loi les faits suivants : «la concussion,
l’enrichissement illicite, le blanchiment du produit du crime, le détournement
de biens publics, l‘abus de fonction, le pot-de-vin, les commissions illicites,
la surfacturation, le trafic d’influence, le népotisme, le délit d’initié, la
passation illégale de marchés publics, la prise illicite d’intérêts,  l‘abus de biens sociaux, l‘abus de fonction
et tous autres actes qualifiés comme tels par la loi[79].
»   C’est aussi un problème de conscience
professionnelle et d’éthique. Car, on ne peut pas donner ce qu’on n’a pas.  D’où le nerf de cette crise semble aussi une
crise d’autorité.

16.3.- La crise haïtienne est une
crise d’autorité

Il faut faire la
différence entre l’autoritarisme qui est un système de gouvernement capable de
restreindre la liberté des personnes et l’autorité des personnes responsables
de mener la barque d’un gouvernement. L’autorité « implique une obéissance dans
laquelle les hommes gardent leur liberté[80].
» Une autorité doit être bienveillante et soucieuse du bien commun. Au
contraire, si cette autorité s’abuse du bien commun aux dépens du peuple, un
jour ou l’autre, il perdra son légitimité et l’autorité ne pourra pas contrôler
la situation générale.  Hannah Arendt dit
que l’autorité est plausible dans l’éducation des enfants, c’est le modèle de
l’autorité paternelle et maternelle. On trouve également la continuité de cette
autorité à l’école au milieu des dirigeants et enseignants, c’est ce que
l’auteur appelle « autorité prépolitique[81]
» La démission des parents et des responsables scolaires dans l’éducation
civique, éthique, morale et citoyenne des apprenants explique l’acharnement à
faire disparaître les autorités politiques. Car, les enfants seront les
citoyens de demain. C’est Arendt qui dit que : «La disparition de l’autorité,
loin de libérer l’homme, aboutit à la disparition des libertés et à l’enfer sur
terre[82].
» Dans le désordre administratif en Haïti, le plus souvent il y a une absence
d’autorité, soit par une phobie d’être ligoté, révoqué et même tué,  si on intervient pour limiter les dégâts,
soit par implication pleine et entière de l’autorité en question dans le
désordre et la corruption. Dans ce cas, cette autorité accepte implicitement
d’être complice. La corruption est tellement forte dans ce pays que les
exemples ou modèles d’autorités ne sont pas toujours verticaux pour des raisons
susmentionnées. C’est  l’anarchie
qui  prime sur la loi.  En d’autres termes, nous pouvons dire que la
crise d’autorité en Haïti est la résultante de la faiblesse de l’État exprimée
à travers son incapacité de mettre de l’ordre dans l’administration publique,
d’éradiquer l’insécurité dans le pays, de finir avec le problème de la
contrebande, l’incapacité de gérer le système de santé, d’éducation, de justice
etc.

16.4.- Une crise de confiance

La crise de
confiance, est le sentiment d’insécurité de celui qui se fie à quelqu’un, à
quelque chose et a été déçu par le comportement ou l’acte de la personne. Sur
le plan politique, c’est une approbation donnée à la politique du gouvernement
par la majorité de l’Assemblée nationale 
en toute confiance,  sans crainte
d’être trompé de confiance, sans hésiter, en toute sûreté[83].   Selon les auteurs Richard Balme, Jean-Louis
Marie et Olivier Rozenberg, (2003),  «La
conscience est une forme de transparence de la représentation politique….la
confiance politique opère en situation d’asymétrie d’information. Cette
asymétrie caractérise en premier lieu la relation entre l’offre (les élites
politiques et bureaucratiques) et la demande (l’ensemble des citoyens[84]
»  En Haïti, le système d’information des
gouvernements fonctionne à sens unique, c’est-à-dire, il n’y a pas une triture
de partage d’information de manière horizontale. Dans notre pays, les rumeurs
ont force d’informations réelles parce que les responsables étatiques pensent
que le peuple c’est la «canaille », la racaille,  par conséquent, il n’a pas droit  à l’information. L’information est tellement
inégalement répartie que la population ne peut pas distinguer la vraie information
de la fausse. Et entre les promesses électorales et les réalisations concrètes,
il n’y a pas de différence. Et pour cause, un manque de confiance s’installe
entre le peuple et les autorités C’est pourquoi les auteurs suscités disent que
: «la confiance est liée entre connaissance et évaluation politiques[85].
» A force d’endurer le mensonge des responsables politiques dans des promesses
électorales et post électorales, le peuple devient très méfiant à l’égard  de ses représentants, des gens de l’État et
des gouvernements, c’est la méfiance et la défiance totale. Il y a une perte de
l’intérêt pour la politique très prononcée jusqu’au retrait de la population au
moment d’exprimer leur vote. Or, dans tous les pays vocation démocratique,
voter est un droit. En Haïti, le peuple a lutté corps et âme afin d’avoir ce
droit, par méfiance, il est en train de le perdre. Selon une recherche sur les
motifs de la confiance politique… en France par les auteurs Richard Balme,
Jean-Louis Marie et Olivier Rozenberg, (2003) 
ils ont découvert que les français ont reproché les politiciens pour les
raisons suivantes : l’hypocrisie, leurs discours n’ont aucun fondement et ne
sont faits que pour plaire à leurs électeurs. La défiance, parce que ces hommes
politiques ne sont pas comme eux, leur position les font démarquer de la
population. Les hommes politiques aiment le pouvoir, ils ont de l’ambition,
arrivés au timon des affaires, le peuple est exclus. Dans cette recherche, la
corruption passe au second plan pour les français. Ce qui est contraire pour le
peuple haïtien. Dans une éventuelle recherche, ce sont  la corruption 
et la malversation[86]
qui primeront sur tout. L’incapacité des politiciens haïtiens à s’engager dans
leur promesse au profit de la satisfaction de leur «ego », l’absence de
conscience professionnelle, de l’altérité et de l’éthique chez nos politiciens
perpétuent la crise de confiance  dans la
population.

16.5.- La crise haïtienne est
démocratique

Il se développe en
Haïti, une sorte d’incivilité, c’est-à-dire, une  attitude de non-respect, à la fois à l’égard
des autres citoyens (ex : politesse), envers les bâtiments  les 
lieux de l’espace public (ex : transports publics). Il n’existe pas de
reconnaissance mutuelle et tolérante des individus entre eux, au nom du respect
de la dignité de la personne humaine. Donc, le peuple haïtien ne vit pas en
harmonie avec lui-même et les dirigeants étatiques.  Il y a également une absence de civisme qui
n’entraîne aucun respect des symboles et des choses sacrées, des lois et des
règles. Les valeurs intrinsèques et l’identité culturelle s’effritent. Les gens
en majorité n’ont pas la conscience de leur devoir envers la communauté et la
société haïtienne en générale. Il y a une absence totale de solidarité pour
faire place à l’individualisme. Les hommes et les femmes haïtiennes en aucun
cas ne s’attachent pas aux projets communs. Malgré nous avons un système
démocratique, les gens ne peuvent pas se mettre ensemble pour s’entendre sur un
projet afin de résoudre les problèmes du pays. A chacun la solution personnelle
aux problèmes du pays et l’individu est prête à tout chambarder, si sa vision
personnelle de la situation n’est pas acceptée par la majorité.  Tout principe démocratique veut que ce soit
l’opinion majoritairement acceptée qui doit passer au nom de la
démocratie.  La division est toujours au
rendez-vous. Nous perdons notre temps pour rien dans les discussions et débats
dans lesquels le plus souvent ne respecte aucune idéologie. Les intérêts
politique personnels rendent l’haïtien sans idéologie politique. Il n’y a ni
droite, ni gauche, voire ceux qui se situent au centre. Nous perdons nos «reins
et cerveaux politiques » au nom des intérêts mesquins.  Les haïtiens, s’ils s’entendent pour faire
quelque chose, chacun s’attend à ce qu’il impose son propre projet aux autres.
Il y n’y a aucun esprit démocratique dans tels comportements. Or, la solidarité
c’est  une attitude de tolérance et  d’ouverture à autrui en respectant les  principes républicains de liberté et de  fraternité.

17.- Conclusion

Le concept Haïti
est un idéal qui  n’existe que dans la
pensée et non dans le réel. Nous devons matérialiser ce nom  qui possède toutes les qualités. Sans des
hommes et des femmes intègres, Haïti restera une idée, un projet inachevé
depuis 1804. C’est un constat, quel que soit les systèmes politiques et
économiques conçus ou adoptés pour ce pays, ils resteront vœux pieux, s’il n’y
a pas une volonté commune des hommes et des femmes haïtiens pour juguler la
crise. Plus de 21 constitutions depuis l’indépendance, plus de 56
gouvernements, nous végétons encore, parce que nous ne voulons pas nous unir
pour  supporter jusqu’au bout les projets
politiques et économiques de notre pays. 
Nous préférons agir en machiavélisme, en individualisme, mettre en
évidence nos ego, (Le Moi et le surMoi) 
pensons que nous avons chacun la solution des problèmes de ce pays en
défendant individuellement notre chapelle. Or le principe démocratique est le respect
de  l’unité dans la diversité.  Nous parlons tous et toutes la même langue :
le Créole et nous avons l’impression que nous ne nous comprenons et nous ne
nous entendons pas sur un projet réel afin de sauver notre pays du marasme
politique et économique. Nous refusons d’assurer la cohésion et l’accès de tous
les citoyens  à des services d’intérêt
général par des politiques publiques. La sécurité intérieure et extérieure du
pays n’est pas contrôlée, la sécurité physique est dans l’impasse, ce sont les gangs
qui font la loi dans ce pays. C’est une honte de constater l’état de
délabrement dans lequel se trouve notre plus grand boulevard qui porte le nom
du père de la patrie commune : le boulevard Jean-Jacques Dessalines. Nous
crachons et faisons nos besoins physiques sur les monuments dédiés aux héros de
notre indépendance.  A l’instar de Carl
Marx, la politique d’infrastructure, notamment tout un  ensemble des moyens et des rapports de
production qui sont à la base des formations sociales, politique et de
superstructure, c’est-à-dire tout le système politique, l’appareil d’État et le
système idéologique juridique, scolaire, culturel, religieux etc., qui   ne se 
reposent sur aucune  base
économique solide, est totalement négligé dans les projets de développement de
ce pays.   Comment pouvons-nous attendre
à des investissements dans ce pays? Nous avons un problème chronique de
transparence dans le secteur public, dans l’organisation, le financement et la
régulation des services à donner aux citoyens. La justice haïtienne est
toujours clonée en fonction des désirs des gouvernements aux dépens de ce qui
est légal.   Un fait est certain qu’il faut
questionner notre système éducatif dans ce type de comportement individualiste
affiché au détriment des intérêts supérieurs de la nation. L’école  en général dans l’éducation qu’elle véhicule,
n’est-elle pas responsable de nos comportements de destructeurs et  d’inconscients? Le type d’éducation qu’on
donne à nos enfants  permet-il à ces
futurs dirigeants du pays de devenir des citoyens, patriotes compétents,
honnêtes, intègres et conséquents? N’est-ce pas le Dr. Kenold Moreau qui dit
que : «l’université doit s’évertuer à fournir les moyens nécessaires à la
reconstruction et au développement économique, social et culturel du pays en
alignant ses programmes sur ces trois dimensions du développement : économique,
sociale et culturelle[87]
»

De ce qui précède,
il importe de dire que nous avons  ipso
facto   une crise d’hommes et de femmes
qui ne sont pas aptes à résoudre les problèmes d’Haïti. Cette crise humaine
causée par une absence de discipline et un manque d’éducation civique,
intellectuelle et citoyenne de qualité.

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 [1] V. Jankélévitch, (1964),  L’ironie, Paris, Flammarion, Champs.
https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/diogene-le-cynique-ou-la-mauvaise-141670,
consulte le 20 aout 2019

 
Bellita BAYARD est professeure
d’Université, elle a étudié à Montréal (Canada), où elle a obtenu un Diplôme
d’Études Spécialisées en Gestion des Affaires (DESG) à l’École des hautes
études commerciales (HEC) et une maîtrise en administration publique avec
option en management international à l’École nationale d’administration
publique (ENAP, Montréal). Elle est licenciée en Anthropo-sociologie. Elle
est également certifiée en sciences économiques de la Faculté de droit et des
sciences économiques, et détient une maîtrise en sciences du développement de
la Faculté d’ethnologie de l’Université d’État d’Haïti (UEH). Elle est
doctorante de l’Institut des sciences et des technologies avancées d’Haïti
(ISTEAH) dans le domaine des Sciences de l’Éducation avec option Gestion des
Systèmes Éducatifs.

 

[1] V. Jankélévitch, (1964),  L’ironie, Paris, Flammarion, Champs. https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/diogene-le-cynique-ou-la-mauvaise-141670, consulte le
20 aout 2019

[2] https://www.nofi.media/2018/05/la-dette-dindependance-dhaiti-du-17-avril-1825/53209

[3] https://www.cairn.info/revue-bulletin-de-l-institut-pierre-renouvin1-2012-1-page-157.htm

[4] https://www.universalis.fr/encyclopedie/jean-claude-duvalier/

[5] https://mappemonde-archive.mgm.fr/num3/lieux/lieux04301.html

[6] Patrick Saint-Pre, (2018), L’immigration haïtienne au Chili a augmenté de 114% en 2017, dans le
Nouvelliste.

[7] La
constitution de 1987 de la République d’Haïti

[8] La
constitution de la République d’Haïti de 1987.

[9] Claude Ryan, (2004),  L’autorité politique et le service du bien
commun dans les conditions d’aujourd’hui, https://journals.openedition.org/ethiquepublique/2045

[10]
Idem

[11]
Op. Cit.

[12] Charles Seignobos, (2014),  la a méthode historique appliquée aux sciences sociales,
https://books.openedition.org/enseditions/492?lang=fr

[13] Herve
Touboul, Le social chez Marx,
https://journals.openedition.org/leportique/2715, 2014.

[14]Dictionnaire
Larousse, (2018)

[15] Ayner
Greif, (      ),  qu’est-ce que l’analyse institutionnelle traduction de Marc Lenormand

[16]
Gaston Bernier (1991), Établissement et institution Gaston Bernier https://www.erudit.org/fr/revues/documentation/1991-v37-n2-documentation01683/1028451ar.pdf

[17]Op.
Cit.

[18] Idem

[19] Michel Joras, (2011), Éthique et crises, Genèse d’une
économie de la conformité éthique ?

[20] Dictionnaire
Larousse (2018)

[21] Op. Cit.

[22]Cite par Michel Joras (2011),  dans, Éthique et crises, Genèse d’une
économie de la conformité éthique ?

[23]Etienne Cerexhe, (2006), La Libre Belgique

[24] Constitution de 1987 de la
République d’Haïti

[25]Arnaud Fossier et Eric Monnet, (2009), Que faire des
instituions : Les institutions, mode
d’emploi, Traces, Revue des sciences humaines, https://journals.openedition.org/traces/4183

[26] Idem

[27] Serge Vallon, (2006), Qu’est-ce qu’une
famille ? Fonctions et représentations familiales, https://www.cairn.info/revue-vie-sociale-et-traitements-2006-1-page-154.htm

[28] Anne Muxel, (2001), Famille et
politique la chaîne des générations
https://www.cairn.info/l-experience-politique-des-jeunes–9782724608380-page-51.htm

[29]Anne
Muxel, (2001),  L’expérience politique
des jeunes, Paris, Presses de Sciences Po.

[30]
Idem

[31] Gérard
Fourez (2006),
L’institution-école
et les politiques de l’école
, https://www.cairn.info/eduquer–9782804150464-page-97.htm

[32] Paul Ricœur,  (1985), Avant la
loi morale : l’éthique
, Les enjeux, le rôle social de l’école, dans Encyclopédia Universalis,

[33]
Op. Cit.

[34] Ministère de l’Education
nationale et de la formation professionnelle (MENFP),
(2018), Plan décennal d’éducation et de formation
(PDEF) Octobre 2018-Septembre 2028

[35] Philippe
Perrenoud et Cléopâtre Montandon (1988) Les transformations de l’école :
entre 
politiques d’institutions et pratiques des acteurs. https://www.unige.ch/fapse/SSE/teachers/perrenoud/php_main/php_1988/1988_16.html

[36] Brian D. Denman, (2005),  Dans Politiques et gestion de l’enseignement supérieur

[37] L’UEH, (2018),  ses états
généraux, L’université, c’est quoi ? Dans,  Le Nouvelliste

[38] Kenold Moreau, (2013), Mission de l’université
dans la société haïtienne
, dans, 
le Nouvelliste

[39]
Op. Cit.

[40] Ministère de l’Education
nationale et de la formation professionnelle (MENFP),
(2018), Plan décennal d’éducation et de formation
(PDEF) Octobre 2018-Septembre 2028

[41]
MSRI (2012), l’autonomie universitaire en France,  http://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/cid55933/comprendre-l-autonomie-des-universites.html

[42] Notes
de 2019 du Secrétariat général de l’UEH

[43]
Idem

[44] Kénold Moreau, Ph.D (2018)  Mission
de l’université dans la société haïtienne, dans le Nouvelliste

[45] Cite par Luc Ngwe, Hilaire de
Prince Pokam Albert Mandjack et Ernest Folefack, (  ), L’université et les universitaires dans les
mutations politiques et éducatives au Cameroun.

[46] Cite par
Laennec Hurbon, (2006), Fritz Fontus, Les Églises protestantes en
Haïti. Communication et inculturation,
https://journals.openedition.org/assr/3517

[47] Joses
Jean-Baptiste, (2013), Vers le bicentenaire du protestantisme en Haïti

https://www.lenouvelliste.com/article/123173/vers-le-bicentenaire-du-protestantisme-en-haiti

[48] Op. Cit.

[49] Lewis Ampidou
Clormeus, (2014),  L’Église catholique face à la diversité religieuse à
Port-au-Prince(1942-2012), 
https://journals.openedition.org/assr/26016

[50] Laennec Hurbon, (2012), Religions, politique et
mondialisation en Haïti
https://books.openedition.org/editionsmsh/8335?lang=fr

[51] Ambroise Dorino
Gabriel, (2010), Le sens du vodou haïtien dans la lutte religieuse, identitaire et
politique d’Haïti
 https://journals.openedition.org/assr/26016

[52]
Jean Price Mars, (1928), Ainsi Parla l’oncle

[53] Dïmitri Bechacq, (2014),  Le
secteur vodou en Haïti Esthétique politique d’un militantisme religieux
(1986-2010)
https://www.cairn.info/revue-histoire-monde-et-cultures-religieuses-2014-1-page-101.htm

[54] Claude Souffrant, (1969), vaudou et
développement
chez Jean Price-Mars, dans 
Revue présence africaine, http://classiques.uqac.ca/contemporains/souffrant_claude/vodou_Jean_Price-Mars/vodou_texte.html

[55]
Idem

[56] Kenold Moreau, Ph.D (2018)  Mission de l’université dans la société
haïtienne, dans le Nouvelliste

[57] http://www.lemondepolitique.fr/cours/droit_constitutionnel/etat/definition.html

[58]
Idem

[59]
Op. Cit.

[60] http://sociol.chez.com/socio/grandsdomaines/sociopoli.htm,
Qu’est-ce que la sociologie politique?

[61] Emile
Durkheim, ()  Les règles de la méthode
sociologique

[62]
Claude Moise (2012),  Comment gouverner
selon le régime politique de la Constitution de 1987? http://www.haiti-perspectives.com/pdf/1.2-comment.pdf

[63] Op.
Cit.

[64]
https://www.laculturegenerale.com/systemes-politiques/ , La culture générale

[65] Alexis
de Tocqueville (1856), Égalisation des conditions et démocratie,  http://www.ac-grenoble.fr/disciplines/ses/Content/telecharger/EDS/AdeTocqueville.pdf

[66] Alexis
de Tocqueville (1856), Égalisation des conditions et démocratie,  http://www.ac-grenoble.fr/disciplines/ses/Content/telecharger/EDS/AdeTocqueville.pdf

[67]
Alexis de Tocqueville (1856), Égalisation des conditions et démocratie,  http://www.ac-grenoble.fr/disciplines/ses/Content/telecharger/EDS/AdeTocqueville.pdf

[68]
Op. Cit.

[69] Ministère de l’Education nationale et de la formation professionnelle
(MENFP),
(2018), Plan décennal d’éducation et de formation (PDEF) Octobre
2018-Septembre 2028.

[70]
Note du MENFP : Il s’agit, par convention, d’une unité spéciale qui prend
en compte l’utilisation faite par les autres de la «production imputée de services
bancaires»
(SCN 93).

[71] Didier Ottaviani, (2003),  Foucault –
Deleuze : de la discipline au contrôle

[72] Didier Ottaviani, (2003),  Foucault –
Deleuze : de la discipline au contrôle

[73] Michel Joras, (2011), Éthique et crises,  Genèse d’une économie de la conformité
éthique ?

[74] Cite par Michel Joras, (2011), Éthique et crises,  Genèse d’une
économie de la conformité éthique ?

[75]
Idem

[76]
Le Moniteur, (2013), Arrêté définissant la Règle déontologique applicable aux
agents de la fonction publique, # 63

[77]
idem

[78]
Enex Jean-Charles, (2015), Conférence sur l’éthique dans la fonction
publique,  prononcée lors de la fête des
employés de l’administration publique. http://www.omrh.gouv.ht/Media/2-DocumentsStrategiques/PRESENTATION%20ETHIQUE%20FONCTION%20PUBLIQUE%20HAITIENNE.pdf

[79]
Le Moniteur, (2014), Loi  portant
prévention et répression de la corruption, # 87

[80] Cite
par Faoudel (2008), Crise de l’autorité et totalitarisme selon Hannah Arendt
(1906-1975), le totalitarisme, conséquence de la disparition de l’autorité

[81]
Idem

[82] Cite
par Faoudel (2008), Crise de l’autorité et totalitarisme selon Hannah Arendt
(1906-1975), le totalitarisme, conséquence de la disparition de l’autorité.

[83] Petit
Dictionnaire Larousse

[84] Richard BalmeJean-Louis Marie et Olivier Rozenberg, (2003), Les motifs de
la confiance (et de la défiance ) politique : intérêt, connaissance
et conviction dans les formes du raisonnement politique, https://www.cairn.info/revue-internationale-de-politique-comparee-2003-3-page-433.htm

[85] Idem

[86]
Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif (CSCCA), (2019)
Rapport sur les dépenses des fonds petrocaribe.

[87] Kenold Moreau, PhD (2013)  Mission de l’université dans la société
haïtienne, dans le Nouvelliste