par Kerlens Tilus
Dimanche 12 mai 2019 ((rezonodwes.com))– Nous vivons une réalité macabre en Haiti. On n’est pas obligé d’être un politologue ni un sociologue pour être en mesure d’appréhender et de comprendre les faits sociaux. Tout citoyen avisé, doué de raison et qui respecte la vie est en mesure de dire en peu de mots ce qui se passe dans le pays. Les gens qu’il faut, ne sont pas à la place qu’il faut.
Il y a une sorte de laisser-aller et de défaitisme où certains se disent que les choses ne changeront jamais. La méchanceté et l’insouciance, c’est ce qui explique cette torture que nous, Haitiens, sommes en train de subir. Nos frères et sœurs conzés et collabos s’allient à l’international, principalement les Etats-Unis d’Amérique pour asphyxier le pays. J’aime observer, j’aime poser des questions et j’aime fouiller. Un grand nombre d’intellectuels haitiens, surtout ceux qui vivent aux Etats-Unis d’Amérique croient qu’il faut nécessairement une intervention directe des Blancs pour permettre à Haiti de sortir de l’ornière du marasme. Ces individus ne croient pas que les Haitiens ont la capacité d’arriver à l’autodétermination, c’est-à-dire, se libérer eux-mêmes et se relever. Le message qu’il faut véhiculer un peu partout aujourd’hui est simple et clair : Haiti souffre parce que l’establishment américain veut le maintenir dans la crasse et dans la pauvreté.
Depuis 1986, nous observons que tous les gouvernements qui se sont succédé ont eu le support des Américains pour réduire le pays à néant avec la mauvaise gouvernance et la corruption. Aujourd’hui, tout esprit avisé sait que les Etats-Unis d’Amérique créent l’instabilité par des personnes interposées et supportent les bandits légaux ; supportent des hommes d’affaires trafiquants de cocaïne, trafiquants d’armes et blanchisseurs d’argent. Nos dirigeants sont dressés par les Américains pour tenir le peuple dans la servitude.
Je sais qu’il y a des frères haitiens qui auraient bien aimé me vendre comme Joseph ou me réduire en silence. Mais, je dois leur dire que la mort m’est un gain. Du moment qu’on n’est pas disposé à faire le sacrifice ultime, on ne peut pas s’engager dans une véritable lutte pour permettre à Haiti de recouvrer sa liberté des mains des grandes puissances. Certains intellectuels haitiens ont cette tendance à prôner que notre mal réside seulement dans notre incapacité à nous unir et à mettre en place de structures viables pour construire un pays indépendant, prospère où il fait bon vivre. Ils refusent de mettre en cause nos bourreaux, ces pays qui nous ont occupés et qui continuent à considérer notre pays comme leur basse-cour. Historiquement, nous avons des données qui nous permettent de dire et de confirmer que le Core Group (les Etats-Unis d’Amérique) travaille contre les intérêts d’Haiti et au détriment des Haitiens. Nous attendons ces savants et ces asservis qui vont nous contrecarrer. Nous ne demandons pas l’aumône ; nous ne demandons pas à nos amis-ennemis de nous aimer, mais nous leur demander tout simplement de nous respecter. Nous pouvons passer toute une génération à réfléchir sur comment faire pour aider Haiti à se développer, mais si nous n’arrivons pas à comprendre que nous sommes l’objet d’un complot et que nous sommes prisonniers d’une mafia internationale qui délègue son pouvoir à une mafia locale pour nous terroriser, nous ne serons jamais en mesure de poser l’équation du dilemme haitien et de la résoudre.
Les Haïtiens ne savent pas s’ils sont prisonniers d’un système pourri et s’ils sont l’objet de moqueries de la part de ces pays qui se disent amis d’Haiti. Nous pouvons ne pas aimer le comportement des ténors de l’establishment américain, mais nous ne pouvons aller nulle part si nous n’arrivons pas à négocier avec ces messieurs. Aujourd’hui, nous devons semer la bonne nouvelle : Haiti sera libre et prospère quand
1) nous arriverons à négocier avec le Département d’Etat et la Maison Blanche pour trouver une entente qui nous permettra de mettre hors-jeu les assassins et les malfrats en Haiti qui travaillent pour eux ;
2) quand nous arriverons à faire front commun pour combattre les ennemis de l’intérieur (Haitiens, Syro-Libanais, Juifs) ;
3) quand nous arriverons à construire cette communauté d’intérêts et valoriser nos ressources humaines et matérielles ;
4- quand nous arriverons à réaliser que nous sommes les seuls maîtres de notre destin ;
5- quand nous arriverons à réaliser que la force réside dans l’unité ;
6- quand nous arriverons à comprendre que la haine ne nous mènera nulle part ;
7- quand nous ferons place à la connaissance, la science et les valeurs positives, au savoir-faire et l’éducation. Nous aurions pu ajouter d’autres points, mais nous nous arrêtons là. Le peuple haïtien est exposé à une violence structurelle depuis 1806. Mais, nous ne saurons utiliser la même arme de combat de nos bourreaux. Nous évitons de faire de l’amalgame et nous ferons de notre mieux pour mettre le focus sur les « mèt afè » et non les collabos et conzés qui finiront par être neutralisés.
Nous avons pris le soin de faire une longue introduction pour mettre nos compatriotes intellectuels, professionnels et journalistes dans le bain de la réalité réelle et de la vérité. Selon la Banque Mondiale et d’autres organismes internationaux, la grande majorité de nos professionnels sont en dehors du pays et le pays ne peut pas se développer sans la contribution de ces derniers. Les journalistes haitiens les plus compétents vivent en dehors du pays. Certains oublient même qu’ils sont journalistes. Nous comprenons aujourd’hui pourquoi la presse est réduite à une peau de chagrin. La compétence et l’honnêteté font défaut à la presse haitienne. Nous ne mettons pas tout le monde dans le même panier comme le pense Lilianne Pierre-Paul.
La presse haïtienne en décomposition ne peut pas être ressuscitée sans une prise de conscience collective des journalistes et sans l’apport des journalistes haitiens résidant dans la diaspora. Quand je grandissais, je connaissais de bons journalistes qui n’étaient pas riches, mais qui pouvaient vivre de leur plume et de leur talent sans arnaquer. Ils ne pouvaient se passer de leur micro et de leur plume. Ils avaient la vocation d’être journalistes et respectaient les règles du métier. Des évènements regrettables qu’on a créés de toute pièce ont porté ces journalistes à laisser le pays pour se réfugier ailleurs. Rares sont ceux qui continuent à travailler et à gagner leur vie comme journalistes. Nous voulons dire à tous ces compatriotes journalistes de jeter un regard sur le pays et de réaliser combien leur absence et leur mutisme ne jouent pas à son avantage.
Présentement, nous observons qu’il y a un vide sur les réseaux sociaux comblés par des analphabètes fonctionnels et des idiots qui font la gorge chaude. Tout le monde est analyste politique, tout le monde est journaliste. Les choses ne peuvent pas être ainsi. Il faut le spécialiste qu’il faut à la place qu’il faut. L’essor des réseaux sociaux permet de libéraliser la parole. Mais, cela pose un grand danger également. Des imbéciles croient qu’ils peuvent tout dire. Aujourd’hui, j’ai lu un texte du professeur Louis Naud Pierre sur le problème de « kout lang ». Avec un tweet, un post, on peut détruire toute une vie. Nous savons que tout individu a le droit de s’exprimer librement, mais tout le monde ne peut pas être journaliste. Je suis un bloggeur prolifique qui a étudié la communication et qui n’est pas étranger au journalisme, mais je ne saurais dire que je suis journaliste. Aujourd’hui, Haiti souffre à cause des usurpateurs de titre. Les journalistes haitiens de la diaspora doivent se mobiliser et se faire entendre. Au nom de Dieu, nous ne pouvons pas assister à ce carnage qui suit son cours au pays natal sans rien dire. L’internet, les réseaux sociaux nous offrent la possibilité d’établir des médias en ligne pour informer, éduquer et faire avancer le débat nécessaire sur la construction du pays. Offrir à son pays deux à trois heures de temps par semaine pour écrire un article, intervenir à la radio devrait effleurer l’esprit de tout journaliste haitien vivant dans la diaspora. Le vide que votre départ a laissé dans le pays est comblé par des inconscients qu’on appelle « machann mikwo ». Ils n’ont aucun souci de dire la vérité et travaillent pour ces prédateurs de la communauté internationale, de la classe possédante et les conzés et collabos au pays.
Pendant que je mets au banc des accusés la presse haitienne, je reconnais également que dans les conditions actuelles, il est quasiment impossible d’avoir une presse libre. Le journaliste, même quand il était animé de bonne volonté pour dire les choses comme elles sont, mais quand il pense que la justice est moribonde et qu’il est à la merci des bandits, il doit se raviser. Nous saluons le courage de certains journalistes qui n’ont pas peur de dire la vérité et qui savent que leurs jours sont comptés. Exercer la profession du journalisme en Haiti demande du courage. Nous ne pouvons pas demander aux patrons de presse de bien rémunérer les journalistes, nombre n’a pas de moyens et de support. Aujourd’hui, il est difficile d’être honnête quand on vit en Haiti. Nous devons retirer la pression sur les patrons de médias et les journalistes conséquents en Haiti. Si j’étais en Haiti, je serais déjà mort et enterré. Jounalis k ap reziste yo ann Ayiti ap mache ak sèkèy yo anba bra yo, e yo konn sa, e tout moun konn sa. Le peuple doit connaitre la vérité ; le peuple doit pouvoir comprendre pourquoi il ne peut pas manger trois fois par jour, pourquoi il n’y a pas d’emplois, pourquoi il n’y a pas d’hôpitaux, pourquoi il n’y a pas de bonnes écoles accessibles à tous, pourquoi il n’y a pas de bonnes universités accessibles à tous, pourquoi on ne veut pas combattre la corruption, pourquoi les criminels sont arrogants et ne sont pas en taule, pourquoi paie-t-il des dirigeants alors qu’ils ne peuvent pas diriger, pourquoi ne peut-il pas vivre en paix, pourquoi y-a-t-il tant d’instabilité.
Il revient aux journalistes de répondre à ces questions. Il revient aux journalistes d’investiguer pour comprendre le pourquoi des choses. Nous pouvons avoir une presse vibrante en Haiti. Ce qu’il nous faut aujourd’hui est un dialogue inter-journaliste haitien. Avant même de parler de vision commune, de parler de plan de développement, parlons du comment de la refondation de la presse. Je ne donne pas des ordres. Je suis un citoyen qui est fatigué de voir des gens mourir de faim, fatigué de voir des gens souffrir, fatigué de rester indifférent face à la souffrance de mes frères. Je n’écris pas pour être populaire. Je me cause bien des ennuis. Je ne vis pas dans la peur, mais je suis conscient que je peux mourir à n’importe quel moment, mais cela m’importe peu pourvu que je peux aider mon pays à vivre des jours meilleurs. Si nous arrivons à établir un dialogue avec des patrons de presse en Haiti pour voir dans quelle mesure on peut mettre en place des émissions de conscientisation pour dire la vérité aux Haitiens et pour leur expliquer ce qui se passe réellement. Imaginer que chaque journaliste qui vit en dehors du pays se résout à écrire chaque jour un petit texte d’un ou deux pages comme une sorte d’éditorial pour aborder un sujet quelconque et nourrir l’esprit de nos frères de l’intérieur. Imaginer que la Radio Kiskeya puisse trouver une dizaine de stations de radio qui soient prêtes à prendre les mêmes engagements pour dénoncer les abus, la corruption, les dérives et faire l’éducation à la citoyenneté, on éliminerait non seulement les « machann mikwo », mais les bandits à cravate seraient combattus.
La presse haitienne se retrouve sur le lit de mort depuis Avril 2000 avec l’assassinat de Jean Léopold Dominique, l’un des meilleurs journalistes haitiens de tous les temps. Je n’ai pas à porter de jugement sur lui, mais il a prouvé, de par son engagement qu’il aimait le pays. La réflexion que fait tout journaliste en Haiti est simple : Si Jean Dominique, un journaliste de renom est mort et n’arrive pas à se reposer en paix parce que ses assassins sont toujours dans la ville, et moi qui suis un simple professionnel, comment puis-je exercer ma profession sans être inquiété. Les auteurs intellectuels de l’assassinat de Jean Leopold Dominique sont ceux qui mettent Haiti à genoux aujourd’hui. Nous ne devons pas accepter qu’ils nous réduisent au silence. Un journaliste est un éclaireur, un avant-gardiste, un médiateur, un éducateur et un agent de changement. Acceptons de vivre dans un exil provisoire pour éduquer le peuple. Le peuple a soif de connaissances. Les jeunes ont besoin de bons modèles. Fòk nou sispann di jan sa te bon lontan, fòn ka di jan sa ka bon e fòn ka brase lide ansanm pou nou di kijan nou ka fè la vi vin bel pou tout Ayisyen. Il y a beaucoup d’initiatives qui sont entreprises dans la diaspora. Durant ces cinq dernières, on a assisté à l’apparition de nombreuses stations de radio en ligne dans la diaspora haitienne. Nous saluons ces initiatives. Maintenant, nous encourageons ceux qui ont fui Haiti de penser à contribuer à la construction de la masse critique. Le mouvement qui doit et qui peut sauver Haiti n’est pas un mouvement politique à proprement parler, mais c’est un mouvement citoyen pour redonner à l’homme haitien sa dignité perdue et permettre à Haiti de redorer son blason.
Nous ne pouvons rien attendre des politiciens, des hommes d’affaires haitiens, des ténors de la société civile, de la grande majorité des intellectuels haitiens, des leaders religieux. Ils collaborent tous avec l’Oncle Sam et ils savent tous que c’est le sauve qui peut qui est prôné. Si un individu n’a pas le courage de dénoncer la méchanceté, l’injustice, surtout celle subie par ses frères et sœurs, il n’est pas « moun ». Les journalistes peuvent informer, former, divertir, éduquer à distance et pourquoi pas reformater l’âme des Haitiens et contribuer à santiboniser l’âme collective. Nous, Haitiens vivant à l’étranger sommes bien placés pour défendre ce pays et dénoncer l’inacceptable. On ne peut pas réduire au silence des milliers de gens qui entonnent le cri de la liberté. A quoi sert-il de vivre bien, d’être en sécurité si ses frères sont vilipendés et si son pays est une latrine ? Chaque groupe a sa part de responsabilité dans ce sinistre que vit Haiti. Aujourd’hui, j’interpelle les journalistes haitiens de la diaspora. Regroupez-vous ! Essayons de comprendre le sous-développement, l’instabilité et pourquoi le savoir, l’intelligence et la connaissance sont combattus. Ceci est un début. Nous allons poursuivre ce débat sur des stations de radios, dans les médias en ligne, sur les réseaux sociaux. Journalistes haitiens de la diaspora, à vos marques, le peuple doit être éduqué. Et, il revient à vous de mettre la pression sur les dirigeants, les élites moribondes et de porter les jeunes et les bien-pensants à joindre leurs flambeaux en faisceaux pour projeter une lueur nouvelle sur l’écran d’Haiti. Tant vaut la presse, tant vaut la nation ! Nous n’avons pas que des journalistes « machann mikwo ». Il est temps que les journalistes bien-pensants de la diaspora s’allient à ceux qui font un travail extraordinaire en Haiti pour favoriser le renouveau haitien. Que la presse haitienne retrouve sa fierté d’antan !
Kerlens Tilus 05/10/2019
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