Propos recueillis par Ricot Marc Sony
Psychologue, poète, et professeur de littérature, Darly RENOIS est né a Jérémie et vit à Dame Marie. Fondateur de
Koz’art, un organisme qui met en exergue l’art haïtien et qui sensibilise les jeunes de cette commune à l’importance de la lecture, il a été l’un des invités à la troisième édition du festival Pawoli, pour son premier recueil de poèmes < Retay Mo > paru chez < Edisyon Freda >, une maison d’édition créolophone
1- Vous êtes ici aux Gonaïves pour la vente signature de votre livre < Retay Mo > qui est un recueil de poèmes. Comment les lecteurs ont-ils accueilli votre livre ?
Jusqu’à maintenant je suis archi satisfait de la réponse du public, vu le mépris affiché par la jeunesse haïtienne actuelle pour le livre. Cela me donne sans coup férir le courage d’être satisfait et de résister. Je n’écris pas pour être vendu mais pour être lu. Merci à tous ceux et celles qui ont acheté mon livre. Je suis heureux de voir < Retay Mo > dans la vision des gens de différents sexes et de différents âges.
2- Vous avez publié votre livre dans une maison d’édition qui publie seulement des œuvres en créole. Quel est votre rapport avec la langue créole ?
Je suis né en créole. J’ai été bercé en créole. Mes premiers pas, je les ai effectués en créole. Je respire, avant toute autre langue, le créole. Je ne dis pas que je néglige les autres langues mais, le créole m’est indispensable. Janm renmen di l » Kreyòl nan san mwen, kreyòl nan nanm mwen… kidonk kreyòl se oksijèn mwen »
3- Pourquoi persistez-vous à écrire en créole alors que cette activité n’est pas du tout lucrative pour les auteurs de langue créole ?
Écrire pour moi n’est pas avant tout une question d’argent, cela n’a jamais été mon cas. Je lutte avant tout pour devenir un poète important, un poète confirmé. Quelqu’un d’utile à travers mes écrits, capable de permettre aux gens de prendre conscience de nos misères, de nos déboires, afin d’agir positivement, pour participer dans la résolution des problèmes de mon pays, du monde, de l’univers.
4- Comment voyez-vous le secteur de l’édition en Haïti ?
A mon humble avis c’est un secteur qui mérite d’être repensé. Elles ne sont pas nombreuses les Maisons d’édition qui s’intéressent réellement à la promotion des auteurs. Rares (peut être 2 ou 3) sont celles qui organisent des activités (conférences, causeries, ateliers) pour mettre en valeur leurs auteurs. Certaines s’intéressent beaucoup plus à soutirer du profit des œuvres qu’elles ont éditées au détriment de l’auteur.
5- Il y une vague de jeunes écrivains (es) qui publient leurs écrits en Afrique. Comment vous voyez cela ?
L’écrivain n’est pas borné, son œuvre est mondiale (même teintée de réalité locale.) Aussi, les mauvaises expériences avec certaines maisons d’édition, la recherche d’un travail de meilleure qualité, le prix également, sont autant de paramètres qui expliquent ce choix.
6- De manière générale, quel regard portez-vous sur la littérature en langue créole ?
Un regard d’écrivain amoureux d’une langue de révolte, une langue riche et moins ennuyeuse que certaines autres. Il ne faut pas avoir peur de produire des œuvres en créole. Car, c’est une langue magique.
Propos recueillis par Ricot Marc Sony