[ … »Nous exhortons le gouvernement haïtien à redoubler ses efforts pour lutter contre la corruption et pour rendre justiciable tous les individus impliqués dans le scandale du PetroCaribe »]

par Gumais Jean-Jacques

Samedi 16 février 2019 ((rezonodwes.com))– Le vote stratégique du Président de la République, Jovenel Moise, contre le régime de Maduro en janvier dernier, aurait pu être une aubaine et une source de grandes opportunités pour le peuple haïtien.

Cela permettrait non seulement un repositionnement réaliste d’Haïti sur l’échiquier mondial, compte tenu de la montée du néoconservatisme à travers le monde, mais aussi ouvrirait la voie pour un rapprochement haitiano-américain beaucoup plus bénéfique en jouant le jeu du pragmatisme géopolitique, vu le degré de l’influence imposante de l’oncle Sam dans la région et sa détermination géostratégique de limiter la poussée expansionniste chinoise.

Malheureusement, cette possibilité de voir les retombées positives d’un tel repositionnement et rapprochement vient d’être assombrie par le réalisme américain, qui s’illustre pour exiger de l’administration de Moise, un procès PetroCaribe en vue de soigner son image en Haiti et de préserver son leadership moral à travers le monde.

En effet, la réalité de la conjoncture tendue en Haiti vient à un moment où le vote contre Maduro démasque l’attentisme complice américain et son jeu de deux poids deux mesures quand il s’agit de se pencher sur des dossiers concernant Haiti. Par leurs démarches très diplomatiquement exprimées dans de simples appels au dialogue, les américains récompensent le vote anti-Maduro.

Celui-ci étant déjà le prix payé par le Président Moise pour rester en vie après les événements du 6 et Juillet 2017 ne peut être négocié pour le bénéfice de la population haïtienne puisqu’il a fallu l’intervention « proconsulaire » de l’Ambassadeur Keneth Merten, qui en ayant rappelé les opposants haïtiens à la raison électorale simpliste, a en même temps apporté son soutien salvateur à une administration impopulaire et embourbée dans des scandales de corruption.

Cependant, rattrapés par une réalité politique aussi préoccupante sur le terrain et pressés par de nombreux observateurs américains et commentateurs internationaux, l’Administration Trump a tout de suite compris qu’il est important de rectifier tactiquement le tir dans son appréciation de la conjoncture haïtienne et dans son support à l’administration Moise qui ne cesse de provoquer des troubles politiques chaotiques et de violentes manifestations de rues occasionnant des pertes en vies humaines et des dégâts économiques majeurs.

[ … »Nous exhortons le gouvernement haïtien à redoubler ses efforts pour lutter contre la corruption et pour rendre justiciable tous les individus impliqués dans le scandale du PetroCaribe »].

Cette déclaration vient toute juste après le discours raté du Président Moise, qui d’un coup, pousse le Département d’Etat à rappeler tout son personnel diplomatique et mettre Haiti sur la liste des pays interdits de catégorie quatre, présentant des risques de sécurité majeurs pour les voyageurs américains.

A cet effet, Washington joue la carte de la prudence diplomatique et veut être pris au sérieux dans son rôle de leadership moral au niveau mondial et surtout comme étant le principal acteur international très influent dans les affaires haïtiennes.

En invitant premièrement, le gouvernement haïtien à combattre véritablement cette culture de corruption dans la gestion des affaires de l’Etat, Washington veut que les choses passent du stade de la démagogie lassante à l’engagement sincère par des actions concrètes de justice contre les tenants de ce système corrompu..

Ensuite, en pointant du doigt le scandale de PétroCaribe dans cette déclaration, Oncle Sam veut jouer carte sur table avec le Président de la République, conditionnant le support américain à la tenue du Procès de Petro Caribe et en même temps retourne la balle de pression sur les épaules de l’Exécutif, sachant que la moindre déviation de la part du gouvernement, entraînant sa destitution, ne pourra porter préjudice à la présence américaine en Haiti en cas d’insatisfaction populaire et la non résolution de cette crise systémique aiguë.

En définitive, le réalisme américain témoigne une certaine velléité sympathique à l’endroit de la cause haïtienne. Il exprime également le droit de réserve sur l’implication de l’ambassade américaine dans le cautionnement des dérives politiques haïtiennes et leur supposée complicité impérialiste, constamment décriée par certains intellectuels et citoyens haïtiens.

En toute logique, cette déclaration américaine vient de lancer le compte à rebours pour ce pouvoir déjà sur la sellette et dessine malheureusement les présages d’une éternelle stratégie de rebondissement mitigée des relations Haitiano-Américaines, jusqu’ici définies par des rapports d’ordre interventionniste et de charité humanitaire totalement inefficiente et inefficace.