LES SCÉLÉRATS SE DÉMASQUENT ET LEUR AUDACE S’ACCROÎT JOURNELLEMENT… JE SUIS ASSEZ FORT POUR [LEUR] TENIR TÊTE ET LES RÉDUIRE, SOYEZ-EN BIEN PERSUADÉ ».

Dimanche 3 février 2019 ((rezonodwes.com))– Je suis très concerné par la situation actuelle en Haïti, surtout la situation économique. La dégringolade de la gourde est inquiétante et donne de la sueur froide. J’ai pris le soin cette semaine d’écouter un banquier qui est un grand connaisseur du système financier haïtien, Guy Laude et un économiste chevronné qui n’a pas sa langue dans la poche, Eddy Labossière.

Ces deux messieurs ont dressé un tableau sombre de la situation et explique que les mesures d’austérité qui doivent être prises, ni la BRH ni le gouvernement ne sont pas en mesure de les prendre parce qu’ils n’ont pas de couilles. Dans ce texte, nous aimerions parler de la dévaluation de la gourde. Nous aimerions expliquer aux jeunes pourquoi la BRH n’intervient pas en tant qu’organe de contrôle pour stopper la chute vertigineuse de la gourde. Avant d’entrer dans les détails, essayons de voir quelle est la mission la BRH qui a été créée par un décret en 1979 :  

« Selon la loi organique de la BRH, le Conseil d’Administration arrête les règlements internes de la banque dont il définit la politique générale et le fonctionnement. Il a le pouvoir d’énoncer, de diriger et de superviser la politique monétaire. Il autorise l’impression de billets et la frappe de monnaie et détermine les volumes des émissions en accord avec la loi. Il fixe les conditions générales et les plafonds des opérations de crédit de la BRH et détermine les conditions générales et les modalités d’exécution des opérations sur devises. Il recommande les limites quantitatives au montant du portefeuille des prêts et des investissements effectués par les établissements bancaires. Il détermine les types et catégories de prêts et d’investissements que les institutions financières peuvent effectuer.

La législation en vigueur assigne quatre rôles fondamentaux à la BRH, lesquels peuvent être énoncés comme suit:

  • défendre la valeur interne et externe de la monnaie nationale;
  • assurer l’efficacité, le développement et l’intégrité du système de paiements;
  • assurer la stabilité du système financier;
  • agir comme banquier, caissier et agent fiscal de l’État.

La Banque Centrale utilise divers instruments dans la mise en œuvre de la politique monétaire, dont l’objectif fondamental demeure la stabilité des prix. Son principal canal de gestion monétaire est depuis plus de deux ans la vente aux banques de la place des bons qu’elle émet. Elle a également recours à des interventions directes sur le marché des changes pour acheter ou vendre des devises, selon l’objectif de court terme poursuivi. Quand les circonstances l’exigent, la BRH peut également recourir à des variations dans le taux de réserves obligatoires dont le niveau n’a cependant pas changé depuis l’introduction des bons BRH en novembre 1996. » 

D’après ce que nous venons de lire, les cinq membres du Conseil de la BRH devraient être en prison à l’heure actuelle et jugés pour crime de lèse-patrie. Pour comprendre la situation, il faut savoir comment on nomme les membres du Conseil de la BRH. La mafia économique, surtout son bras armé constitué des banques commerciales se réunisse et décide qui ils vont placer au sein du Conseil. Ils envoient leurs recommandations à la présidence qui s’exécute. Ainsi, au lieu de travailler pour le bien du pays, le Conseil de la BRH a allégeance aux spéculateurs de la place, aux banques commerciales et aux hommes d’affaires.

Il faut souligner que ces messieurs sont rémunérés par la mafia économique. Un gouverneur de la BRH, après son mandat de trois ans a les moyens pour vivre bien pour le restant de sa vie s’il est discipliné. On devrait également questionner le travail fourni par les consultants de la BRH. Imagine que quelqu’un est consultant et que tu fais des recommandations qui ne sont jamais prises en compte, le mieux à faire est de démissionner. Malheureusement, ce mot n’existe pas dans notre vocabulaire en Haiti. Je connais quelques consultants de la BRH qui donnent la perception d’être des gens de bien, mais au fond je me demande s’ils sont sérieux et s’ils sont conscients qu’ils participent à la dégradation de la situation économique.

Parlant de la dévaluation de la gourde, certains économistes de la place disent que la gourde dégringole parce qu’Haiti ne produit pas assez et exporte peu. C’est une analyse qui est faussée à la base. Depuis la fin des années où le FMI avait fait pression sur les militaires pour leur demander de baisser les droits tarifaires sur les produits importés, le paysan haïtien et l’industrile n’arrivent pas à tenir la compétition avec les fermiers et les industriels étrangers qui produisent pour Haiti.

Ainsi, la production nationale a dépéri. Mais à l’époque, le dollar s’échangeait à moins de dix gourdes et jusqu’à 2000, il n’était même pas à 40 gourdes, et en 2006 sous Préval, le dollar est passé à un certain moment de 40 gourdes à 33 gourdes. Juste pour vous dire que cette histoire de production ne tient pas et n’est pas la principale cause. Et puis, regardons un pays comme la Japon qui produit et exporte beaucoup, il faut 112 yen japonais pour un dollar aujourd’hui. Quelles sont les raisons fondamentales de la dégringolade de la gourde aujourd’hui ? Pour répondre à cette question, il faut retourner au début des années 90 avec Lesly Delatour comme Gouverneur de la BRH.

Delatour était un économiste chevronné, un Chicago boy qui était venu en Haiti pour mettre en application une politique d’ajustement structurel. Ce Delatour était malgré tout un progressiste. Progressiste dans la mesure où il avait établi le programme des lauréats qui avaient permis à nos plus brillants diplômés issus de toutes les facultés de faire des études graduées en économie et en finance pour ensuite intégrer la BRH. Malheureusement, les lavalassiens, après la mort de Delatour, n’ont pas continué avec ce programme et préféraient gérer la BRH lavalassement. Lesly Delatour avait pris trois décisions qui nous a amené à cette situation où nous sommes aujourd’hui :

  1. Il a formalisé le marché de change que Prosper Avril avait essayé de contrôler tant bien que mal.

      2- Il a retiré le plafond monétaire qui est devenu illimité.

  1. Il a élevé le taux usuraire qui était au maximum à 21%.  

La raison principale de la dévaluation de la gourde est la spéculation. Les banques commerciales ne font qu’acheter et échanger des devises, ce qui ne devrait pas se faire si la BRH faisait son travail. Avant de parler de la spéculation, parlons un peu des dépôts. Les dépôts en gourde dans les banques commerciales ne rapportent rien tandis que le taux de prêt en gourde est très élevé. Les dépôts en dollars sont bien rémunérés relativement tandis que le taux de prêt est très bas en dessous de 10% ou légèrement supérieur à 10%.

Le prêt en gourde vacille entre 18 à 22%. Les mafiosi des banques commerciales s’amusent à stocker le dollar et quand il y a rareté de dollar sur le marché, elles fixent le taux d’échange à la hausse. La BRH étant qu’organe de contrôle n’intervient pas pour stopper cette situation. Et quand la BRH injecte des dollars dans l’économie pour faire baisser la pression sur la gourde, ce sont les mêmes banques commerciales qui récupèrent ses dollars pour continuer à faire des transactions. Dans quel pays au monde, les banques commerciales et des acteurs financiers sont responsables du marché de change ? En République Dominicaine, on ne peut rien acheter en dollars. Toute transaction doit être faite en peso. C’est la Banque Centrale qui se charge du marché de change.

Pour stopper cette dégringolade, il faut certe produire pour faciliter la consommation des produits locaux et fortifier la gourde, mais cela ne fait que représenter 20 à 30% dans l’appréciation de la monnaie locale. La BRH doit se donner pour tâche de fixer le taux de change journellement au lieu de fixer un taux de référence. Voilà une autre aberration. Vous avez lu plus haut que la BRH devrait réguler le marché de change, hé bien, ce sont les banques commerciales qui déterminent le taux du jour, et la BRH fait la somme des taux affichés dans les différentes banque et additionne les différents taux et les divise par le nombre de banques pour arriver à un taux de référence.

En somme, la BRH encourage les spéculateurs à faire leur sale besogne et faire de l’argent au détriment de la population qui fait les frais. Un Conseil d’Administration responsable prendrait les mesures nécessaires pour qu’en trois ans ou en quatre ans, le dollar passe à cinq gourdes ; ceci est possible, plusieurs pays l’ont déjà fait. La BRH peut le faire de façon arbitraire. Il n’est plus question ici d’offre et de demande. Je vous ai déjà dit en 2006 sous Préval II, le dollar était passé de 40 gourdes à 33 gourdes en une semaine. Il y a un manque de volonté de la part de la Banque Centrale et de l’exécutif. Il faut voir maintenant à quel prix la BRH n’arrive pas à établir une politique monétaire viable ? Les membres du Conseil sont soudoyés et travaillent au bénéfice de leurs patrons du secteur privé.

Il y a un autre problème également. Si le gouverneur de la BRH était sérieux et honnête, il aurait dit à l’exécutif qu’il ne va pas financer le déficit budgétaire et forcer ce dernier à appliquer une politique d’austérité. Là encore, le gouverneur a peur de perdre son boulot. L’exécutif doit réduire ou éliminer les dépenses inutiles pour avoir un budget léger. Comme le prône l’économiste Nesmy Manigat, l’Etat haitien peut fonctionner avec une douzaine de ministères. Pourquoi doit-on avoir des secrétaires d’Etat qui ne quasiment font rien ? Il faut réduire le train de vie de l’Etat. Tout cela a une incidence sur la gourde. Maintenant, comment peut-on remédier à cette situation. Le banquier Guy Laude propose ceci : Il faut laisser les acteurs économiques faire leurs transactions en dollar et les taxer à 50% et réduire la taxe sur les transactions en gourde de moitié ou à 20, 25%. Il faut se demander également ce que la BRH fait avec le revenu de segniorage. « Le revenu de segniorage est le profit réalisé par un gouvernement grâce à l’impression d’argent qui est littéralement la valeur nominale de l’argent moins le coût de sa fabrication physique. Les messieurs de la BRH favorisent la corruption. »

Il y a un autre aspect de la question qu’il ne faut pas négliger et l’économiste Eddy Labossière l’a soulevé dans une interview à Radio Caraïbes. Certains acteurs financiers pour des raisons politiques peuvent contribuer  à la dévaluation de la gourde également. Nous devons être très prudents. Le peuple doit manifester devant la BRH pour pressurer le Gouverneur de la BRH qui n’est qu’un informaticien qui n’est pas un financier et les membres du Conseil de faire leur travail de contrôle. A la BRH, il y a des têtes bien faites. C’est la seule institution en Haïti qui a autant de professionnels qualifiés, mais malheureusement, ces professionnels n’ont pas moyen de mettre leurs compétences au service du pays. Pour les intérêts mesquins de deux douzaines d’hommes, toute une population souffre et fait les frais. Avec Jean Baden Dubois, la BRH est devenue un Bar Restaurant Hôtel. Cette situation n’a pas débuté avec Jean Baden Dubois. J’ai le franc parlé avec des anciens directeurs de la BRH qui m’ont expliqué certaines choses.

Il est temps que les économistes et les analystes économiques fassent leur travail dans ce pays. Au début de l’année, Kesner Pharel a reçu un spéculateur à son émission, l’un des hommes responsables de cette situation actuelle, il a dit un tas de conneries, mais je ne sais pas pourquoi le journaliste ne l’a pas stoppé. Haiti est un pays qui n’est pas dirigé. C’est la loi de la jungle qui s’applique. Avec les dernières mesures prises par la BRH pour augmenter les fonds de garantie, les banques commerciales qui n’accordaient pas de prêts aux petites et moyennes entreprises vont « serrer le boulon » de ces derniers. Il faut un véritable déchouquage dans ce pays et les banques commerciales ne doivent pas être épargnées. Elles sont pour beaucoup dans le délabrement de l’économie puisqu’elles ont la mainmise sur le marché financier.

J’espère tout simplement que les Haitiens vivant à l’étranger puissent établir une banque de la diaspora haitienne en Haiti. Ce qui sera difficile avec la mafia économique locale, mais nous devons nous battre pour qu’un tel projet puisse devenir réalité. Avec ma licence en économie et plus de cinq ans d’expérience dans la finance, je comprends les enjeux et je ne cesserai de pointer du doigt les anomalies. A quoi servent les économistes et les experts en finance en Haiti ? A rien. A part de quelques-uns qui disent la vérité et qui sont impuissants, la grande majorité se met au service du secteur privé pour « toupizi » le peuple appauvri. Nous espérons que les économistes consciencieux puissent continuer à sonner la sonnette d’alarme afin que la BRH et l’exécutif puissent faire leur travail. En attendant que la BRH puisse devenir une véritable banque centrale, on peut passer là-bas pour boire, manger et dormir. Quel bordel !

Kerlens Tilus   02/02/2019
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