Médiocrité et cupidité couplées d’ignorance et d’indécence, les dirigeants haïtiens de cette dernière décennie ont tout mis en branle pour salir l’image de l’ancienne perle des Antilles, terre de liberté, terre de fraternité, premier peuple noir qui a brandi les pancartes de protestation contre l’esclavage, les injustices sociales et les comportements inhumains

par Carly Dollin

Dimanche 30 décembre 2018 ((rezonodwes.com))– Les dirigeants actuels ne sont pas à la dimension des nobles missions qui leur sont confiées, celles de défendre cet héritage sacré légué par nos héros et qui a donné de la matière à la conception et l’élaboration du fameux document des Droits de l’Homme et du Citoyen.

La fête de la victoire de Vertières remportée au prix du sang de nos héros n’a pas été célébrée cette année 2018, soit 215 ans après, par ceux qui profitent de manière cupide et dédaigneuse de cette geste historique qui continue d’étonner les beaux esprits du monde civilisé. Des canadiens, des Américains, des frères et des voisins de la Caraïbe, voire des Français ont vu, à juste titre, dans cet acte l’une des rares merveilles de l’histoire du monde. Des « amis » du monde occidental y reconnaissent le sens sacro-saint et inimaginable d’une telle réalisation.

Mais malheureusement, au lieu d’en faire un héritage mondial, ils semblent plutôt être animés jusqu’à présent d’un orgueil chthonien en créant toutes sortes de stratégies pour garder ce peuple courageux dans la misère abjecte et dans la cacophonie en négociant de manière déloyale avec des crapules politiques qui sont prêts à tout, car ils ne méritent pas en fait les prestigieuses positions dont ils jouissent. Ils ne représentent le plus souvent pas des interfaces dignes et valables, à même de défendre les intérêts supérieurs de la nation.

Mafieux, dealers de drogue, voleurs, tueurs, corrompus, malfaiteurs, …. nos honorables dirigeants (présidents, sénateurs, députés, maires, etc.) sont étiquetés de tous les attributs malsains et déshonorables. A tort ou à raison, aucun pays ne peut nous prendre au sérieux quand ce sont de telles images que nous véhiculons sur la scène internationale. Evidemment, il ne faut pas chercher à embellir un porc. Il ne faut pas espérer sortir de la farine d’un sac de charbon. Le canard, aussi haut qu’il vole, emportera toujours la boue des marécages. Nous ne pourrons pas nous perdre dans des conjectures pour raconter des histoires hollywoodiennes pour nous faire paraitre beaux aux yeux de nos voisins.

Pour avoir de nobles et dignes dirigeants, la décision responsable et intelligente doit être prise au moment où nous pouvons montrer notre souveraineté et jouer nos rôles, à part entière, notamment à travers les urnes.

On ne doit plus jouer avec le destin, l’avenir et la vie de nos enfants, avec le courage de notre jeunesse en banalisant nos décisions de vote. Les élections constituent un projet vénérable au cours duquel l’acteur le plus important est le peuple. Peu importe les mauvaises intentions de ceux qui s’érigent en des orgueilleux ennemis séculaires pour nous trainer dans la merde, il y a une légitimité, une participation et des choix judicieux qu’ils ne peuvent oser modifier.

Vox populi, vox Dei. Le peuple doit participer activement dans les décisions publiques, en toute conscience et en toute liberté pour redonner dignité à cette perle qui a subi trop d’affront par ses traitres fils et par ses faux-amis de l’international. Il est temps pour Haïti de voir ressuscitées les valeurs (sens de la dignité, le respect de l’autre, le respect des biens publics, le respect de la vie,…).

L’année 2018, un bilan mitigé.

D’un côté, on pourrait placer l’année 2018 en tête de liste parmi les années les plus tristes qu’ait connus Haïti au cours des deux dernières décennies. La plupart des indicateurs macroéconomiques ont écrasé les records. Une chute vertigineuse sans précèdent de la monnaie locale (77,1354 gourdes pour un dollar, source BRH). Un taux d’inflation à son plus haut niveau avoisinant les 15% (source IHSI), une opacité et un gaspillage immenses des ressources de l’Etat (Fonds Petrocaribe, transferts de la diaspora,…), une absence de coordination et de cohérence flagrante de l’exécution des projets publics, un déficit exacerbant  de la balance commerciale, une énorme perte de plusieurs centaines de millions de dollars à cause de la contrebande.

La vanne de la mauvaise gouvernance économique a débordé. Les indicateurs sociaux sont encore plus inquiétants. Une forme d’insécurité inimaginable avec des gang en connivence avec des élus. Martissant, La Saline, Cité Soleil, Cité l’Eternel … on dirait que ces zones se jettent dans une compétition sans merci avec promesse de médaille et de prix à décerner pour les crimes les plus spectaculaires. Même des villes hospitalières réputées par le passé comme étant des « lieux de refuge pour ceux qui cherchaient un abri pour vivre en paix, ont été définitivement le bastion de bandits et d’assassins de grand chemin.

De nombreux cas de kidnapping, semble-t-il avec la complicité de nouveaux et d’anciens notables politiques de la cité, ont été enregistrés cette année à la cité d’Anacaona, ville très paisible jusqu’à l’année 2016. L’affront de voir un drapeau noir et rouge s’ériger dans toutes les rues de la deuxième ville du pays a encore choqué tous les esprits ; même ceux qui ont donné leur premier cri vital après 1986 n’arrivent pas à digérer cet affront. Cet acte a rappelé des souvenirs amers d’un régime sanguinaire qui a muselé la parole, assassiné la compétence et emprisonné la liberté pendant vingt-huit ans.

Merci PetroChallenge

Nous admettons d’un autre côté que cette année a été marquée par un réveil brutal, une résurrection tant rêvée d’une jeunesse haïtienne, d’un peuple berné, traumatisé, humilié, méprisé et oublié pendant trop longtemps dans les projets de construction d’une société juste et équitable.

A l’instar de nos aïeux, la jeunesse a poussé des cris en soprano, basse, alto et ténor pour dire NON aux pratiques malsaines et inefficientes de ce système politique et économique prédateurs. Cette face de la médaille, tellement porteuse d’espoir, a plus que compensé toutes les malversations, les désordres et les torts causés par les sans-scrupules qui assurent la mauvaise gouvernance de notre pays. Oui, c’est l’une des rares fois depuis deux décennies que l’on a expérimenté de manière pragmatique le fameux adage « la voix du peuple, c’est la voix de Dieu ».

Depuis les évènements du 6-7 juillet, le peuple dicte ses lois. Le peuple a su utiliser à bon escient des canaux de communication très puissants pour synchroniser ses actions et exprimer ses révoltes et ses frustrations face à ce système en putréfaction. Petrochallenge a été un projet phare, digne des fils et des filles de ceux qui ont réalisé à la face du monde l’impossible acte de rupture d’avec l’esclavage. Des parlementaires profiteurs se sont rétractés de leurs pratiques de dilapider sans réserves des ressources de l’Etat. Ils ont mis fin, disent-ils, à des baux déloyaux qui appauvrissaient les caisses publiques. Des hauts cadres de l’Etat ont fait les frais de leur incompétence et de leur insouciance en perdant leurs postes honorifiques.

La présidence s’est rétractée dans l’exécution de ses programmes bidons, changé le ton et le contenu de ses discours pour définitivement témoigner, par principe ou par crainte, du respect pour le peuple (Nou Pale, m tande nou !). Le mouvement PetroChallenge, comme toute œuvre humaine, contient certaines faiblesses, mais il en constitue une initiative intelligente et efficace qui a produit de fructueux résultats. Suite à ce mouvement, le taux d’arrogance des « honorables » que ce soit dans leurs discours ou dans leurs actions a amplement cassé. Les tons ont changé dans les paroles et dans les véhicules arrogants labélisés OF qui troublaient la paix publique avec des sirènes à toute heure du jour. D’ailleurs, ces extravagants empressements, pour arriver à quelle destination et à quelles fins ?

Le coup de grâce, nous
l’attendons impatiemment là où le peuple détient l’autorité légale et exclusive
de participer activement dans les affaires publiques, dans l’avenir de la
nation, le bien-être des enfants et de la jeunesse. Ce sera le moment
d’enterrer la médiocrité, l’indécence, la cupidité, l’incompétence et l’arrogance
qui ont trop perduré dans cet espace occupé par onze millions de personnes en quête
de bonheur et de bien-être.

Nous ne pouvons plus continuer à
jouer avec notre destin lors des élections, comme s’il s’agissait d’une partie
de dominos ou de cartes. C’est un moment de grande responsabilité et de preuve
de maturité pour faire les choix intelligents de nous laisser mener et diriger
par le savoir, le savoir être et le savoir-faire.

Nos gestes et nos actions ne sont pas naïfs

Le respect des valeurs et des symboles religieux, historiques, économiques témoigne d’une attitude de responsabilité et augure la dimension des hommes et des femmes à assurer la bonne gouvernance dans un pays. L’oubli par un haut cadre d’honorer les symboles de la nation est sanctionné de crime de lèse-patrie.

Les gestes de mains des joueurs suisses Xherdan Shaqiri  et Granit Xhaka ayant mimé l’aigle du drapeau albanais pour fêter leurs buts lors du dernier mondial de football, ont embarrassé la FIFA et ont constitué une étincelle pour raviver l’incendie diplomatique entre la Serbie et l’Albanie. Le talentueux footballer français Eric Cantona, l’un des plus brillants de sa génération, a été à plusieurs reprises exclu de la sélection française en raison de son comportement irrévérencieux face aux valeurs aux symboles républicains…

Vous pouvez révolter contre un
autre peuple par des propos et même à travers des actions barbares, il peut
vous ignorer. Mais, le geste de piétiner ou de brûler son drapeau serait
synonyme de déclaration de guerre. Hilary Clinton a perdu les élections de 2016
juste parce qu’elle avait violé certains principes sacrés de la nation étoilée,
en face de qui d’ailleurs !

C’est extrêmement grave de voir un président se perdre dans des éclats de rires quand une haïtienne désacralise en sa présence, par manque de culture malgré elle, notre fameuse Dessalinienne. Institution et symbole sacrés qui rappelle les sacrifices titanesques consentis par nos héros pour nous offrir la liberté après plus de 300 ans de pratiques bestiales, inhumaines et barbares de ces nations qui veulent passer aujourd’hui pour championnes de l’équité, de la fraternité et de la justice.

C’est encore impensable de noter que ces chefs qui nous gouvernent ne comprennent pas la portée de la geste historique de Vertières. Opération ingénieuse qui a conduit à la fin de l’inhumanité pour enfin dormir, manger, fêter et vivre en paix.  Espérons qu’ils sauront être animés au moins d’un sens d’hypocrisie pour ne pas laisser passer sous silence le 1er Janvier 2019.

Carly Dollin
carlydollin@gmail.com