« Des parlementaires soutenant la politique du PHTK sont prêts à voter Jean Michel Lapin en échange de forte somme » critique le sénateur Ricard Pierre minimisant l’appel au dialogue mille fois réitéré par le président Jovenel Moise, pour, selon lui, la consommation de l’international.

Contrairement aux Gonaives, le 1er janvier dernier, le pouvoir de Port-au-Prince n’a pas pu faire débarquer à l’Arcahaie des centaines de partisans pour venir gonfler la foule afin d’ovationner Jovenel Moise qui, dans chaque partie de son discours du 18 mai, a été contredit et hué. Selon les contestataires, les actes posés par le président, depuis tantôt deux années, ne suivent pas ses paroles. Le président est passé pour un « menteur professionnel«  traduit l’expression des slogans lancés à la face du président et son Premier-ministre de facto en attente de confirmation au parlement infesté de « corrompus et de bandits légaux », dénoncent les internautes

Au même instant, à Port-au-Prince, l’appel lancé par des organisations politiques dont la Force de l’Opposition progressiste, l’Ensemble des Organisations de l’Opposition, le Secteur démocratique et populaire résonne dans les rues de la capitale bondée de détritus. Des centaines de militants ont gagné les rues pour exiger le départ du Chef de l’État, Jovenel Moise. Au Champs de Mars, la marche a été dispersée par les forces de l’ordre dont des unités en tenue de paon faisaient les délices des yeux du président en déplacement à l’Arcahaie

Port-au-Prince, samedi 18 mai 2019 ((rezonodwes.com))–Des rassemblements épars se dessinaient, tôt ce samedi, au Carrefour de l’Aéroport. Dans la foulée des attroupements, des agents de la Police nationale d’Haïti montaient la garde dans l’environnement du Viaduc, ironiquement appelé « car wash ».

À mesure que la présence policière se renforçait, des militants politiques retranchés dans des quartiers difficiles de la capitale affluent la périphérie de l’échangeur. Des véhicules, transportant des pancartes aux propos acerbes au pouvoir en place, s’immobilisaient dans le périmètre de l’intersection et galvanisaient la foule.

Le Sénateur du Sud’Est, pourfendeur
des Tèt Kale, entouré de ses garde rapprochés, s’introduisait dans la foule. À
l’Avenue Martin Luther King, Ricard Pierre, ne transcendait pas sur la position
de ses pairs de l’opposition.

‘’Ma présence s’inscrit dans la ligne droite d’un combat à engager contre l’inacceptable. Si le Président de la République, Jovenel Moise, est incapable de remplir sa mission, qu’il tire la révérence. Le comportement de la Gourde face au dollar américain, révélateur d’une gouvernance critique, doit interpeller’’, s’époumone Ricard Pierre.

Les sénateurs proches du pouvoir qui s’activaient à voter l’énoncé de la politique générale du Premier ministre nommé, ont été dans le viseur de l’élu du Sud’Est.’’ La nouvelle a eu écho même dans les salons. « Des parlementaires soutenant la politique du PHTK sont prêts à voter Jean Michel Lapin en échange de fortes sommes’’, déplore Ricard Pierre.

Des figures de l’opposition politique ont également fait acte de présence sur le macadam. Serge Jean Louis, dirigeant de la Force de l’Opposition progressiste s’est montré intransigeant à l’équipe en place. ‘’ Les revendications sont connues de tous. Départ de Jovenel Moise, arrestation des corrompus cités dans le rapport Pétro Caribe, mise en place d’un gouvernement de transition sont inévitables’’, a défendu Serge Jean Louis.

Sur le parcours, les manifestants ont usé de stratégies habituelles au mouvement des rues. Des carcasses de véhicules renversées sur la chaussée, des piles d’immondices dressés sur la voie publique ont entravé la circulation. Au Champs de Mars, les agents du Corps d’Intervention de Maitien d’Ordre ont fait usage de gaz lacrymogène pour disperser la foule. Des débordements, des heurts ont suivi l’opération des policiers.

À Port-au-Prince, les opposants au pouvoir ont célébré à leur manière le 216ème anniversaire de la création du bicolore. Une fête qui, une nouvelle fois, n’a pas réuni tous les haïtiens sous le même drapeau vu que d’autres, y compris Jovenel Moise lui-même, cherchent leur légitimité sous un autre drapeau.

Rappelons que durant la période de l’Occupation américaine (1915-1934), il n’y a pas eu de célébration de la fête du 18 mai en Haïti.

Hervé Noël
vevenoel@gmail.com

crédit-photos : Matiado Vilme